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CONFÉRENCE

(31 août 1878.)

Le mot intuilion, qui n’est pas encore d’un usage très commun, est un mot parfaitement formé, qui appartient à notre bonne langue, et, comme tous ceux qui expriment un fait très simple, il est plus facile à comprendre qu'à définir.

C'est ici même, Messieurs, si je ne me trompe, c'est à la Sorbonne qu'il a fait son entrée dans l'enseignement officiel, vers 1817, avec tout l'éclat qu'avait alors la parole de M. Cousin.

L'intuilion, c'est l'acte le plus naturel et le plus spontané de l'intelligence humaine, celui par lequel

1. Extrait des Conférences pédagogiques failes aux instituteurs délégués à l'Exposition universelle de 1878, à la Sorbonne (août 1878). — Conférence de clôture par M. F. Buisson, inspecteur général de l'instruction publique (hors cadre), sur l’enseignement intuitif.

For LAÏQUE. 1

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immé “are », qui se fait en pau coup d'œil.

S'agit-il d’une réalité matérielle? Les sens la. per. coivent aussitôt. C’est le cas le plus simple. $S’ agit-il 53 d'une idée, d'une vérité, de réalités enfin qui ne tombent pas sous les sens? Nous disons encore que nous les saisissons par inluilion, lorsqu'il suffit à notre esprit qu'elles se présentent à lui pour qu'il les affirme sans le secours du raisonnement | et de la discussion... C'est l'âme humaine apercevant spontanément ce qui existe en elle ou autour d'elle. [

De là, trois sortes d'inltuitions ou plus exactement trois domaines dans lesquels l'intuition peut s'exercer sous des formes diverses, mais toujours avec les mêmes caractères essentiels : l'intuition sensible, c'est celle qui se fait par les sens; l'intuition mentale proprement dite, celle qui s'exerce par le jugement sans l'intermédiaire ni de phénomènes sensibles ni de démonstration en règle; enfin l'intuition morale, celle qui s'adresse au cœur et à

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la conscience, 4 Inluilion morale. — Mc je ne puis qu'es- : :

quisser très rapidement la troisième partie de mon

sujet. Ce n'est pas la moindre, mais c’est peut-être. la plus facile. Je veux parler de l'intuition morale, Et, ne pouvant embrasser tout le sujet, je vous demande la permission d'en prendre seulement les deux points extrêmes : l'intuition s'appliquant à l'éducation morale el religieuse d'une part, à l'édu-

calion sociale et civique de l’autre.

L'INTUITION MORALE. Gas

à aussi, Mure il ya matière à intuition; là ssi il y a, au fond de l'âme humaine, des vérités qui sont simples et que nous demandons à l'instruc- Lion primaire de faire saisir, aussi bien que les vérités de sens commun et que les réalités sensibles. « Il y a deux choses dont la majesté nous pénètre d’admiration et de respect, disait le philosophe Kant : le ciel étoilé au-dessus de nos têtes, et la loi du devoir au fond de nos cœurs. »

… Menez un soir quelques-uns de vos élèves les plus âgés et les plus sérieux, menez-les à quelques pas de la dernière maison du village, à l'heure où s'étei-

gnentles bruits du travail et de la vie. et faites-leur , lever les yeux vers ce ciel étoilé, Ils ne l'ont jamais . vu. Ils n’ont jamais été saisis de cette pensée des ‘4 mondes innombrables, et de l'ordre éternel, et de l'éternel mouvement de l'univers. Éveillez-les à ces

idées nouvelles, faites leur apparaître ce spectacle de lPinfini dent lequel se prosternaient les pre- miers pâtres de l'Asie et devant lequel tremblait comme eux le génie de Pascal.

4 Ouvrez-leur les yeux à ce ciel plein de mondes, qui revient tous les soirs nous rappeler ce que c'est que de nous, en nous mettant face à face avec le - vérilable univers. Cela aussi, Messieurs, c'est une . leçon de choses. — Vous ne savez pas l'astronomie ? — Qu'importe! I ne s’agit pas de science, il s'agit de faire passer dans l'âme de ces enfants quelque chose de ce que vous sentez. Je ne sais quelles choses vous leur direz, mais je sais de quel ton vous leur parlerez, et c'est l'important; je sais comment ils vous écouleront; je sais que, longtemps encore après que vous aurez cessé de parler, ils penseront à ce que vous aurez dit, et je sais aussi qu'à partir

de ce jour-là, vous serez pour eux autre chose que Fe

le maître d'orthographe et de calcul.

EL quant à l'autre majesté dont parle le philo

sophe, quant à celle majesté du devoir et de la

conscience, est-il besoin de vous dire avec quelle

puissance d'intuilion vous pouvez la leur faire saisir, contempler, admirer, adorer? Est-il besoin de vous dire qu'à chaque heure de la classe, qu'en dehors de toutes les classes, el par votre parole et par votre exemple, il vous appartient de leur donner l'intuition de ce qu'il y a de plus noble dans la nature humaine? Croyez-vous que celte partie de votre tâche soit secondaire? Non, assurément.

Peut-êlre craignez-vous au contraire, qu'elle ne vous entraine bien loin, qu'elle ne vous fasse sortir de votre rôle!

Pour moi, Messieurs, je ne le crains pas.

Je n’admettrai jamais que l'instituteur sorte de sa sphère, quand il donne le meilleur de son âme soit à l'éducation du sens moral et religieux — qui, comme tous les autres, a besoin d'être cultivé — soit à l'instruction civique, à l'éducation du citoyen. Je n'admettrai jamais qu'on lui dise que sa tâche est finie avec le dernier livre qu'il ferme et avec la dernière leçon qu'il fait réciter.

Sans doute, dès qu'on touche à ce domaine, la matière est délicate, les difficultés sont grandes, nombreuses. Il yen a qui vous viennent du dehors, des circonstances, des relations, des préjugés, des méfiances, de divers obstacles : ce sont celles qui m'inquiélent le moins pour vous. Celle qui me préoccupe surtout, c'est la difficulté d’être toujours sur ce terrain à la hauteur où vous voudrez être, de parler toujours dignement de ces grandes choses,

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