‹ La foi laïqueChapitre 83 sur 111 · Le Radical, 16 décembre · texte numérisé non relu

Le Radical, 16 décembre

caré, M. Faguet, M. Hanolaux, membres de l'Académie francaise, MM. Edmond Perrier et Painlevé, de l'Académie des sciences; M. Henri Poincaré, membre de l’une et de l'autre, sans hésiter, répondent en prenant la plume. EL chacun d'eux se mel en devoir de rédiger ses vingt leçons : histoire, littérature, sciences, instruction civique. Elles paraissent, quatre par semaine, en un charmant petit fascicule à bas prix pour pouvoir pénétrer partout. La collection n'aura que vingt numéros.

Lizez-les, si vous voulez avoir le régal de pages exquises et par surcroît un spectacle touchant : celui de grands esprits et de nobles cœurs aux prises avec le problème de l'éducation populaire. Je ne trahirai pas un secret et je ne diminuerai pas, certes, leur mérite, si j'ajoute que plusieurs ont trouvé la tâche difficile, ont remis plusieurs fois leur ouvrage sur le chantier.

Le résultat? Vous l’apprécierez. Et n'y en eûtAl pas d'autre que la beauté de cel enseignement, sa pureté d'inspiration, sa haute sérénité et sa simplicité lumineuse, quelle lecon de démocratie! Et comme se vérifie là une formule familière à Félix Pécaut : « En fait d'enseignement il n'y a d'assez bon pour le peuple que le meilleur dans l’excellent! »

Cel exemple me fait rêver. Qui sait si ce petit groupe d'hommes éminents qui se conduisent en braves gens ne pourrait pas rendre à l'école un service plus grand encore?

Et, laissant flotter ma songerie, je me suppose

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auteur d’un de ces petits manuels scolaires, prétexte à tant de tapage. Et j'imagine que nous sommes une vingtaine imitant M. Masson. Nous allons trouver ces académiciens devenus maîtres d'école. Et nous leur tenons à peu près ce langage :

« Nous avions essayé dans nos manuels scolaires de faire un peu pour l’école du jour ce que vous faites pour l’école du soir.

« Là, nous étions tenus plus que vous, messieurs, par l’âge de nos élèves et par la loi, à un respect absolu de la neutralité. Nous devions avoir sans cesse sous les yéux le mot très précis et très rigoureux de Jules Ferry: aux instituteurs : « Demandez- « vous si un père de famille, je dis un seul, assis- « tant à votre classe, pourrait raisonnablement être « blessé de ce que vous allez dire. Si oui, ne le « dites pas! »

« Avons-nous réussi à remplir celte condition? Nous pouvions le croire, puisque la plupart de nos ouvrages sont en usage depuis plusieurs années sans avoir suscité aucune protestation. Mais un jour un relentissant mandement des évêques a mis à l'index quelques-uns des plus répandus parmi ces petits livres, en prévenant que les autres ne valaient pas mieux el que lépiscopal se réservail sur toute celle littérature suspecte le droit de velo.

« Nous ne venons pas vous demander d'intervenir entre les évêques et nous. Nous ne songeons ni à faire lever l'interdit ni à solhciler un 1mprimalur.: Notre ambilion n’a jamais élé de faire des livres qui répondent aux exigences de l'école confessionnelle. Nous écrivons pour l'école laïque.

« Mais à tous ceux qui acceptent l’école laïque, avec la règle si sage, si libérale, si républicaine de

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la neutralité scolaire, nous voudrions être sûrs d'offrir une œuvre irréprochable.

« Voulez-vous, messieurs, nous y aider?

« Voici nos pelits livres. Parcourez-les. Et, armés du seul pouvoir que vous donne notre démarche, dites-nous, dites au public si vous y trouvez dans l'ensemble ou dans les détails quelque atteinte au principe de la neutralité.

« Nous vous prenons pour arbitres. C'est une question de fait dont nous vous faisons juges.

« Il y a deux séries de questions.

« Les unes concernent l'instruction morale et civique. Aurions-nous dans quelque phrase, à notre insu, blessé des convictions ou froissé des susceptibilités respectables d'ordre moral ou politique, social ou religieux ?

« Dans ce cas, n'hésitez, pas à nous signaler les passages faulifs. Et, comme ils seraient là contre notre gré, nous ferons ce que fit Paul Bert en pleine bataille, quand il supprima de la préface de son pelit livre une phrase incriminée, donnant ainsi une preuve de loyauté que Jules Ferry se plut à citer à la tribune du Sénal, aux applaudissements des républicains.

« La seconde série de questions est moins grave el plus délicate, Il s'agit de l'histoire.

« Là aussi, nous sollicitons votre appréciation. Choisissez les points d'histoire controversés. EL si vous estimez que sur tel de ces points nous avons dépassé la mesure. péché par insistance ou par omission, veuillez prendre un instant la plume à votre tour, EL montrez-nous par ces exemples comment un maître devant des enfants de douze ans peul enseigner lPessentiel de l'histoire à Ia fois sans

renoncer à tout ce qui en fait la valeur et sans céder à l'esprit de parti. Tracez-nous entre ces deux devoirs la ligne de démarcation. Fixez le point où la conscience du maître doit craindre d’empiéter

sur celle du père de famille.

« Il est bien entendu que nous ne vous demandons pas de résoudre un problème insoluble, de nous révéler une manière d'enseigner l’histoire qui puisse avoir l'approbation du clergé catholique : il nous faudrait pour cela commencer par faire planer sur l'histoire humaine tout entière l'affirmation absolue de la mission divine de l'Église et de son droit divin, c'est-à-dire qu'il faudrait renier le principe même de l'État laïque et de l'école laïque.

« Mais en restant dans les limites de la conception républicaine de la souveraineté nationale opposée à la souveraineté de l'Église, nous tenons à pousser jusqu'au scrupule, jusqu'à l'extrême minutie le respect des croyances et des incroyances de toute sorte, en d’autres termes le respect de la liberté de conscience.

« Et c’est pourquoi nous nous adressons à vous, messieurs, qui avez fait un premier pas pour venir au secours de l’école populaire.

« Adjoignez-vous, pour procéder à cet arbitrage, ceux que vous jugerez bon de consuller, nous ne récusons personne.

« Nous nous en rapporlerons avec la même Confiance à M. Denys Cochin qu'à M. Léon Bourgeois, à M. Ribot qu'à M. Lavisse. Si Pasteur et Berthelot vivaient, nous voudrions les voir ensemble à votre têle. Pourquoi? Parce qu'il ne s’agit là que d'une question de probité. Elle est, ilest vrai, extrêmement

délicate. C’est ce qui nous fait souhaiter de la soumettre à l'autorité la plus haute, la plus libre et la moins officielle.

« Acceptez, messieurs, cette généreuse entremise entre les combattants enfiévrés. Libre à ceux qui la redouleront de ne pas l'accepter. Mais pour l'immense majorité des Français, libres penseurs fervents ou fervents catholiques, votre témoignage sera d'un si grand poids qu'après que vous l'aurez rendu, la guerre ne sera plus possible... »

… À quand notre visite au Seuil de la Vie?

(Janvier 1911.)

Je dis bien : notre hérésie. Car on n’en a qu'une à nous reprocher. Et, sous un déluge d’accusations diverses, c’est la seule qui compte.

Le grand public, qui suit d’une oreille distraite les aigres doléances de l'Église contre l'École, peut s'en laisser imposer par ces histoires sans fin qu'il na pas le temps de vérifier. Des instituteurs ont insulté la religion; des livres d'histoire calomnient l'Église; des manuels d'instruction civique enseignent le mépris de la vieille France; des livrets de morale blessent les croyances religieuses. Tout cela fait masse, et l’on finit par croire qu'il y a, quelque chose derrière cel élalage de griefs menus, menus, mais innombrables.

Eh bien! non, il n'y a rien.

Car s'il ne s'agissait que de ces quelques chicanes de mots dont on nous rebat les oreilles — une épithèle trop dure pour Louis XIV ou pour Napoléon, un jugement sévère sur l’'Inquisition, un détail contesté dans le massacre des Albigeoiïis ou

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