Le Radical, 6 janvier
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dans les guerres de religion — il ne serait pas bien difficile d'en avoir le cœur net. On ne saurait batailler bien longtemps sur ces pointes d'aiguille.
Mais supposez loutes ces petites querelles réglées et une rédaction adoptée à laquelle personne n'ait rien à redire, en serail-on plus avancé? Au contraire. C’est à ce moment-là qu'il faudrait, de part el d'autre, avouer sur quoi porte le véritable conflit.
Nombre d'évêques l'avaient déjà dit clairement, mais sans trop insister. Voici un père Jésuite qui, dans le dernier numéro des £tudes religieuses de la S. J.'; déchire tous les voiles et montre netlement pourquoi l'Église n'acceptera jamais l'école laïque, même neutre, surtout neutre.
lui suffit, pour cela, d'analyser « l'œuvre scolaire de Jules Ferry » et d'en dégager « la significalion philosophique ».
Dès 1876, au Grand Orient de France, Jules Ferry, commentant une devise maçonnique, avait soutenu « que la fraternilé est quelque chose de supérieur à tous les dogmes, à loutes les conceptions métaphysiques, non seulement à toutes les religions, mais à toutes les philosophies; que la morale sociale à ses garanties, ses racines dans la conscience humaine; qu'elle peut vivre seule, qu'elle peut enfin jeter ses béquilles Théologiques et marcher librement à la conquête du monde ».
C'est l'idée même qu'il a plus lard traduite en lois scolaires. EL de là « l'antagonisme foncier » entre l'Église et l'École laïque.
L'auteur l'explique en deux mots. Que lui importe
1. Article sur Jules Ferry, par M. l'abbé Yves de la Brière, dans les £tudes religieuses, 5 décembre 1910.
que l'instituteur, dans tout son enseignement, soil irréprochable, qu'il ait « le respect sincère des croyances de chaque enfant »? Le mal est bien plus profond : il consiste à enseigner la morale sans enseigner la religion! « Le seul fait de garder le silence sur Dieu, l'âme, l'immortalité, sur l'origine transcendante, l'obligation et la sanction divines du devoir moral, équivaudra forcément à une affirmaion posiliviste. »
Vous demandez pourquoi? Parce que l'enfant qui sortira d'une école laïque sera conduit « par la force même des choses » à penser « que la morale se suffit à elle-même, que le devoir moral existe et s'impose indépendamment de toute certitude relative à Dieu législateur et rémunérateur éternel ». Bref, conclut notre auteur, « lui aussi, le petit écolier, il rejeltera volontiers les béquilles théologiques! »
La voilà, l'hérésie de la laïcité! Cet enfant, comme son maître, aura l'audace de croire que le devoir moral existe en soi, vaul par soi, mérite d’ « être aimé » el respecté pour lui-même!
Il ira plus loin, non seulement « on lui insinuera », comme dit le pieux écrivain, mais on lui enseignera, suivant le mot de Jules Ferry et de Michelet, une autre fraternité que celle de l'Eglise, une fraternité française, une fraternité humaine.
Oui, l’école osera lui apprendre à vivre fraternellement avec des enfants ayant des croyances diverses. Et il ne songera pas même à s'en enquérir ou à s'en étonner. Il grandira dans la conviction que le régime normal, c'est la liberté de conscience.
L'école, au lieu d'en faire avant tout un bon catholique, en aura fait d'abord an bon Français, que rien n'empêchera, sans doute, d'être catholique,
protestant ou libre penseur, mais qui trouvera tout naturel que d’autres ne le soient pas.
Tel est le motif pour lequel, conclut le docte . jésuite, « quand bien même l'instituteur ne com- « mettrait jamais une calomnie formelle contre « l'Église en enseignant l'histoire, ni aucune attaque « directe contre les vérités divines en enseignant la « morale, l'école laïque demeurerait néanmoins « redoutable et malfaisante, par le seul fait d'être « neutre au sens même où le voulait Jules Ferry, « par le seul fait de propager une morale qui ignore « Dieu et l'immortalité, par le seul fait d'inculquer, « avec les principes de la Révolution, un esprit de « défiance inquiète envers toute autorité qui, du « dehors, s'impose à la conscience. »
Comme Sleeg avait donc raison quand il nous disait : « Tout ce que l'Église demande à l'École, c'est de renier les principes sur lesquels repose la sociélé moderne! Rien de plus, rien de moins! »
Aussi est-ce à Sleeg que s'en prennent — avec raison, comme à notre porte-parole le plus autorisé — loutes les feuilles soucieuses du salut de la France. EL, à lravers les inepties, les injures ou les propos de sacrislie, commence à se dégager nettement l'argumentation dans laquelle va se résumer la campagne des évèques.
C'est un dilemme. L'Église nous donne le choix entre deux solutions.
La première serait de lui accorder la vraie neutralité. Comment? Rien de plus simple. Républicains, vous professez le respect de la liberté de conscience. Sachez que pour les catholiques la liberté de conscience, c'est la hberté d'obéissance.
Le clergé veut, par exemple, que les pères de famille crient à tue-têle contre des livres scolaires qu'ils n'ont pas lus, qu'il leur est défendu de lire, — et pour cause : s'ils les avaient lus, ils ne pourraient plus crier si fort. Il ne s’agit pas de savoir s'ils ont tort ou raison; ils crient par ordre. Cest une forme de la liberté. Donnez-leur satisfaction. Ils ne laisseront leurs enfants à l'école que si le curé le permet. Or, le curé ne le permettra que si l’école prend les livres qu'il lui indiquera. Acceptez-vous que, désormais, l'école laïque, dûment délaïcisée, n’enseigne plus rien qui n'ait reçu l'approbation dé l'Église ? A ce prix, on la tolérera « comme un pis aller », dit le plus charitable des évêques. |
Sinon, prenez l'autre solution, qui vaut mieux pour tout le monde. C'est celle de notre jésuite, celle de M. Groussau, celle que préconiseront demain avec une parfaite uniformité tous les ordres du jour de toutes les assemblées catholiques : plus d'école d'État; séparation de l'école et de l'État; répartition proportionnelle des fonds publics entre les écoles laïques et les écoles religieuses, au prorala du nombre de leurs élèves. C’est ce qu'on nomme « la R. P. scolaire ».
À la bonne heure! Enfin, voilà la question bien posée.
Il est temps que le Parlements’'en saisisse el qu'il réponde d’un mot définitif : la République persiste dans son hérésie.
P.-S.— En achevant ces lignes, j'apprends l'arrêt de la Cour de Paris'. Après ceux de la Cour de cas-
1. Arrêt de la Cour d'appel de Paris, affaire du cardinal de Luçon. (Manuel général du 16 janvier 1911, p. 215.)
sation‘, il marque une date décisive dans l’histoire de la lutte scolaire.
Honneur aux Amicales! Elles ont prouvé au gouvernement qu'il aurait eu le droit de défendre les instituteurs.
En le faisant à sa place avec tant de vaillance et avec une si belle foi dans la justice du. pays, les Amicales ont du même coup gagné une autre victoire : elles ont conquis pour les associations de fonctionnaires un droit et un rôle absolument nouveau dont on mesurera plus tard la portée...
1. Arrèts du Set du 9 décembre 1910 sur les livres scolaires. (Manuel général du 24 dée. 1910, p. 178.)
C'est le titre d'un récent article de M. de Mun (Gaulois, 31 janvier). Je n'ai rien lu depuis longtemps qui m'ait fait plus réfléchir, et plus douloureusement. Veut-on me permettre de dire pourquoi?
« L'école laïque n’est pas une œuvre d'enseignement. C’est une œuvre de querre, el de querre doublement odieuse, parce qu'elle s’allaque aux petits enfants. »
Cette phrase n’est pas cueillie dans /a Croix ou dans un Écho paroissial. Elle est signée de l’illustre académicien. Elle est même, hélas! le résumé de son article.
L'article a deux parties. La première est le récit humoristique d'une séance de la commission de l’enseignement, où tous les adversaires de l’auteur sont peints comme des grolesques, au moins, La seconde commence par ces mots : « Parlons sérieusement », C'est là que le grand orateur catholique parle comme on vient de voir des écoles publiques de son pays.