‹ La foi laïqueChapitre 92 sur 111 · DÉFENDONS-NOUS · texte numérisé non relu

DÉFENDONS-NOUS

grands journaux répètent, que « dans une petite ville de l'Ouest » une troupe d'enfants des deux

-sexes d’une douzaine d'années, « une colonie sco-

laire de Paris », ont scandalisé les populations en chantant « une chanson de régiment du genre le plus obscène » et que, logés « dans le petit séminaire volé à la mense épiscopale », ils « vivaient là dans une promiscuité conforme à la loi naturelle ».

Je dis qu'au lieu de laisser passer l’entrefilet, il fallait exiger de l'Écho de Paris l'insertion d’une note reclificalive. Il l'aurait refusée? Je ne le crois pas. Mais l'eût-il fait, il se serait mis dans son tort, et toute la presse le lui aurait dit.

Est-il bien sûr, d’ailleurs, qu'il fût impossible d'intenter une action ? Jelaisse les juristes répondre. Mais, au cas même où la loi ne le permettrait pas ce qui serait étrange — le bruit seul de cette protestalion aurait suffi pour empêcher la fable de se propager, accompagnée de ces mots : « Personne n'a nié le fail ».

La Croix raconte qu'une institutrice de la Somme s'est oubliée devant ses élèves jusqu'aux plus gros-

sières inconvenances, et elle en donne le détail. Est-ce qu'au nom des institutrices de la Somme, ou l'administration, ou l'Amicale n'aurait pas pu poursuivre si le fait est faux? Et, si par malheur il était vrai, ne devrait-on pas faire savoir la sanction qui l'a suivi? Mais personne ne dit mot. Silence dont on prend acte : on liendra donc la chose pour certaine. Et je la voyais l’autre jour relatée dans une feuille épiscopale de l'autre bout de la France.

Il faut en finir avec ce parti pris de silence. C'est très beau de hausser les épaules. On ne veut

pas se commettre avec des Basile du dernier ordre, c'est parfait. Mais, en attendant, quarante mille

sacristies et trente mille palronages, sans compter les comités monarchiques et autres, font lire et relire les propos dé ces Basile au fond des campagnes. EL nous nous élonnons ensuite que lant de pauvres gens se fassent une idée si étrange de l'école laïque !

Non, la belle sérénité des administrations d’autrefois, l'imperturbable assurance qui leur défendait d'entrer en controverse avec les journaux n'est pas de mise aujourd’hui. Aujourd'hui .que la presse dit tout, il faut se donner la peine de tout contredire.

Le droit de réponse est inscrit dans la loi. Il faut :

en user.

Si le journal, pour l’éluder, évite de prononcer un nom propre, l'Amicale est là, à défaut de l'administration. Et elle est armée de droits, — qu'on ne lui conteste plus qu'à Rodez, — pour défendre l'hon-: neur professionnel de la corporation.

L'important, c'est qu'on nous sache résolus tous, instituteurs, publicistes, administrateurs, parlemenaires, à nous servir de la presse pour confondre l'imposlure, comme on s’en sert pour la semer. Nous avons laissé grandir, par l'impunité, une industrie répugnante, mais fructueuse. Nous ne nous bornerons plus à la mépriser. Il faut la détruire. Si déplaisante que soit cette besogne, nous la ferons, Et partout où un drôle ira déposer sa petite infamie, il faut qu'il nous trouve devant lui, jusque dans le dernier village, pour lui crier, preuves en main, le mot de Pascal : Mentiris impudentissime!.

Page 1