‹ La foire aux artistesChapitre 11 sur 85 · LAMBERT THIBOUST · texte numérisé non relu

LAMBERT THIBOUST

Sans paraître maniaque, Tu chéris ta position.

Tu ne veux pas qu'on attaque La collaboration.

{Tous trois forment la chaîne et dansent autour de la table.)

lambert, essoufflé. — Ouf ! Il s'agit de travailler maintenant... A propos, cherchez donc quelque chose pour

Lassagne... Si on ne lui faisait plus de rôles, ce serait un Lassagnessinat. (Il rit.)

delacour. — Nous en causerons. C'est à quatre heures qu'arrivent les collaborateurs de la Revue de fin d'année : Clairville , Henri de Kock , de Jallais , Dutertre , Colliot , Xavier Veyrat, Scribe et quelques autres.

siraudin. — Eh bien ! prenons rendez-vous pour mercredi. (// écrit sur son calepin.) Une idée pour mercredi.

lambert. — Et passons à La douzaine d'huîtres.

siraudin. — Voilà la chose. M. Veauminet... un rentier de province... un mercier retiré... vient à Paris pour chercher un gendre à sa fille Poulotte. Il veut à toute force un Parisien pour gendre... C'est son idée, à c't homme !... c'est sa toquade... Il veut un Parisien, quoi !... Au lever du rideau, il va se mettre à table... le théâtre représente une chambre d'hôtel meublé... un couvert est mis sur le guéridon... C'est alors qu'il raconte la chose au public... gnoufl gnouf! comme quoi il a fait mettre dans les Petites-Affiches un avis à cinq sous la ligne... « Un mercier retiré désire trouver un gendre beau, bien fait, spirituel... »

lambert. — Et vacciné. Ça réussit toujours.

siraudin. — Au milieu du monologue, le garçon lui apporte une douzaine d'huîtres... Veauminet la dévore et s'aperçoit trop tard qu'ils étaient treize à table!... Il se

lamente... C'est un mercier superstitieux... Bien sûr il lui arrivera quelque chose... A toi, Delacour !

delacour. — Veauminet avait son neveu pour commis. Ce neveu, il l'a renvoyé parce qu'il faisait la cour à Poulotte...

lambert. — Il faut abréger ça. Il me semble que Veauminet peut raconter son histoire pendant toute la pièce. 11 commence, mais paf! voilà un monsieur qui arrive de la part des Petites- Affiches. Une scène, puis Veauminet continue. Un autre bonhomme arrive encore. Il se débrouille avec lui , puis il reprend son histoire et toujours comme ça. Quand la pièce est terminée , Veauminet veut toujours continuer son histoire, et le rideau tombe au moment où , parlant au public , Grassot s'écrie : « Enfin , messieurs, pour vous terminer... » Tu comprends?

delacour. — Oui, faudra voir. (Il écrit en marge : à creuser.)

siraudin. — Aucun de ceux qui se présentent pour gendres n'est parisien...

lambert. — Et il est obligé de donner sa fille au garçon de l'hôtel.

delacour. — Ce garçon d'hôtel pourra être son neveu qu'il avait renvoyé et qui est reconnu de Poulotte.

siraudin. — Alors, pour que ça finisse bien, son neveu lui avoue qu'il ne lui a servi que onze huîtres ..

delacour. — Parce qu'il en a mangé une dans l'escalier.

lambert. — Et l'oncle, en l'embrassant, s'écrie : « C'est égal , voilà la douzaine au complet ! » ou quelque chose comme ça...

delacour. — C'est très-drôle.

siraudin. — Ma foi! mes enfants, je crois que ça marchera carrément.

delacour. — Ça manque de situations. Il faut fouiller, messieurs. On ne fait pas une pièce comme on avale un verre d'eau. Etudions bien le scénario. Songeons-y chacun de notre côté et revoyons la machine.

lambert. — J'aime ce sujet, parce qu'il y a de la fantaisie... et un petit côté littéraire.

siraudin. — J'entends des pas... on vient...

delacour. — ■ Ce sont les collaborateurs de la Revue...

Air : Des deux maîtresses.

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