DEUXIÈME TABLEAU
La chambre d' Anita, rue Pigale. — Murailles enrubannées. — Alcôve sombre, lit capitonné. — Plusieurs glaces. — Encombrement d-e potiches.
Anita est occupée à sa toilette. Après s'être frottée de cold-cream, la belle et naïve enfant se couvre d'une poudre odoriférante qui lui donne la blancheur de la neige. Elle ajoute par une légère couche d'encre de Chine à l'abon-
dance de ses sourcils et encadre ses yeux d'un pastel espagnol qui en rehausse l'éclat, tout en les élargissant d'une manière démesurée. Les pommettes de ses joues de vingt ans prennent ensuite une légère couleur incarnat (fraîcheur à \ fr. le pot) :
Car toujours la peinture Embellit la beauté !
Anita se pose devant une armoire à glace et se contemple avec satisfaction. Elle va prendre sur le fauteuil voisin un corset de soie rose et l'inonde d'essence de violettes.
A ce moment, la porte s'ouvre. Entre M. Anatole. Torse pélasgique, pieds carrés, mains énormes ; une armoire qui marche ; grosses lèvres, teint rubicond, œil bête et rond, barbe touffue.
anita, lui sautant au cou. — C'est toi m'amour?
m. anatole. — Credié ! que tu sens bon ! les chiens doivent te suivre... Ah çà! pars-tu ou ne pars-tu pas?
anita. — J'ai mon muffe d'Allemand qui ne veut pas m'emmener! Qu'est-ce qui aurait pensé ça d'un serin qui faisait du sentiment à la tranche !
m. anatole. — T'as peut-être pas assez pleuré?
anita. — Pour combien lui en faut-il donc? Je me suis fendue d'un litre de pleurs... En v'ià une scène à l'ognon. Puis, je m'en bats l'œil, j'aime autant rester... On n'est pas assez rigolo dans son pays ! . . .
— Athanase! s'écria le prince, j'ai l'estomac bouleversé.
Lâche-moi vite cette drôlesse, et passons à mon fidèle ami, le vicomte de Castelfondu...
— Voilà, dit Athanase.