‹ La foire aux artistesChapitre 4 sur 85 · PREMIER TABLEAU · texte numérisé non relu

PREMIER TABLEAU

Un salon chez madame de Nouvelle-Boche. — Madame de Nouvelle- Roche reste chez elle le mercredi de chaque semaine. — On y joue la comédie de société. Plusieurs dames sont déjà arrivées.

n domestique, annonçant. — Le comte de Châteaubrelan !

Madame de Nouvelle-Roche se lève nonchalamment et présente au gentilhomme ses trois doigts les plus effilés. — L'héritier des

Châteaubrelan s'incline par deux fois. Cravate blanche.

Gilet brodé. Chaîne de femme. Raie irréprochable qui lui

n LES MARQUIS D'OCCASION

sépare le crâne en deux parties égales. Moustache cirée, assez semblable aux antennes d'un insecte.

MADAME DE NOUVELLE-ROCHE, d'une VOIX flûtée. — VOUS

voilà, vilain oublieux... Je devrais vous gronder. Je vous reconnais à peine depuis quinze grands jours qu'on ne vous a vu...

cîiateaubrelan, avec à-propos. — C'est l'avantage que vous avez sur moi, madame; quand on vous a vue une fois, il est impossible de vous oublier...

madame de nouvelle-roche, minaudant. — Taisez-vous, ou je vais vous gronder.

chateaubrelan. — Vous avez là un ravissant éventail, ravissant !

le domestique, annonçant. — Le baron des Petites- Affiches! Le prince de Monte-Calico! Le marquis de Bois- Karadec !

madame de nouvelle-roche. — Combien je suis charmée, messieurs... que vous êtes aimables...

le baron. — Madame!

le marquis. — Madame !

le prince. — Madame !

(Ils vont s'asseoir.)

cîiateaubrelan. — Bonsoir, marquis... Vous avez un délicieux transparent, délicieux!

le marquis. — Il me coûte quinze louis.

le domestique. — Le comte et la comtesse de Mérovin-

gienl le chevalier de Ravaillac! le baron Borgia ! M. Godefroy de Bouillon !

madame de nouvelle-roche. — Combien je suis charmée, messieurs... c'est fort aimable à vous...

le comte de mérovingien, à part. — Cette femme-là fait merveilleusement les honneurs d'un salon.

ONE dame. — Si on commençait la comédie?

madame de la nouvelle-roche. — Cinq minutes, chère belle... Ah! chevalier, on ne va pas dans les coulisses!...

le chevalier, riant pour montrer ses dents. — Hé! hé! hé! (// reste la bouche ouverte.)

madame de nouvelle-roche. — Le chevalier est terrible ! il se ferait rouer pour voir un bout d'épaule.

chateaubrelan. — Qu'est-ce qu'on joue ce soir?

madame de nouvelle-roche. — Lisez l'affiche.

chateaubrelan. — Madame, cette affiche est adorable. ..

madame de nouvelle-roche. — C'est le baron de Nouvelle-Roche qui s'est amusé à la faire lui-même... Il a toujours eu beaucoup de goût pour l'enluminure.

chateaubrelan, à part. — C'est peut-être pour ça qu'il a épousé sa femme !

le baron borgia, lisant. — // ne faut pas courir deux lièvres à la fois, proverbe de M- le vicomte de Saint-Sansradis, suivi de

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