RAOUL LE BARBIER
Se disant propriétaire-gérant du journal. Cheville ouvrière de l'établissement. Fort honnête homme, responsable des fredaines de toute la troupe. Fichu métier.
Roger de Beauvoir, Henry de La Madelène , Adolphe Gaïffe, et plus tard Charles Monselet, Angslo de Sorr et Edouard Martin composèrent la rédaction du Paris.
Monselet a caché là quelques-uns de ses plus charmants articles.
Le journal Paris n'a jamais eu qu'une affaire, et encore les rédacteurs, engourdis dans les délices de Capoue, ne se sont pas précisément montrés batailleurs.
Il avait été publié un article à propos de mademoiselle
BÉNITA ANGUINET
la prestidigitatrice, — article qui contenait sans doute une phrase un peu vive.
Le jour même, un monsieur se présente dans les bureaux.
— M. le directeur du journal ?
Arrive Le Barbier, gérant responsable.
— Monsieur, je suis le frère de mademoiselle Bénita Anguinet.
— Fort bien, monsieur.
— Je viens demander raison d'un article. . .
— Permettez , monsieur , cela ne me regarde nullement. Veuillez entrer dans le cabinet du secrétaire de la rédaction...
Le Barbier pousse le monsieur dans le cabinet d'Isidore Venet.
— Monsieur, je suis le frère de mademoiselle Bénita Anguinet.
— Belle personne! monsieur, beaucoup de talent.
— Mais, monsieur, je viens chercher une réparation...
— Une réparation ! adressez-vous au rédacteur en chef, s'il vous plaît. Donnez-vous la peine de passer chez M. le comte. . .
Isidore Venet introduit le monsieur dans le cabinet de Villedeuil, et referme la porte derrière lui.
— Monsieur, je suis le frère, etc.. etc..
— Monsieur, c'est à l'auteur de l'article que vous devez vous en prendre. Je vais vous l'envoyer.
Sortie de Villedeuil.
Ce fut alors une procession de gens qui passaient un à un dans le cabinet — sous prétexte de s'expliquer. Je ne sais plus trop comment la chose s'arrangea. Je sais
seulement qu elle s'arrangea pacifiquement, ce dont Venet témoigna sa satisfaction — la seule de la journée.
Le journal Pans fut supprimé par jugement correctionnel après une année d'existence.
Il était temps de le supprimer, car il allait mourir de sa belle mort, avec 700 abonnés.
Les deux journaux qu'il a fondés n'ont guère coûté à M. le comte de Villedeuil que cent cinquante mille francs, — le seul argent, a-t-il dit, qu'il ne regrettât pas.