‹ La foire aux artistesChapitre 55 sur 85 · LE DEUXIÈME DUMAS · texte numérisé non relu

LE DEUXIÈME DUMAS

ou Dumas aux champignons, est un produit artificiel. C'est un homme charmant, bon, dévoué, ému jusqu'aux larmes des misères qu'il rencontre, travailleur infatigable, d'un esprit facile et entraînant ; mais de ces qualités et de ces vertus, il n'a que le reflet. C'est le plus ingénieux des singes; il a remarqué ce qui faisait bien chez les grands hommes ; il tâche de l'imiter, — et il y réussit. Mais, en somme, le Dumas aux champignons est à la grandeur d'âme ce qu'un frère Lionnet est à Frederick Lemaître.

Ce fut une singulière parade que celle des premiers numéros du Mousquetaire. Paillasse promettait bien des choses, mais il n'a tenu aucune de ses promesses, pas même celle qu'il se faisait à lui-même, et qui était d'avoir des abonnés nombreux. Quel vacarme! quel charivari! comme il allait tout enfoncer! — et aussi comme il n'a rien enfoncé du tout, — si ce n'est ses lecteurs.

Quoi de plus curieux que ces interminables causeries qui commençaient invariablement le journal?

« Chers lecteurs,

Respirons, s'il vous plaît,

Ah!

Y êtes-vous?

Oui?

Et moi aussi.

Je vous ai promis de vous tenir au courant de tout ce que je ferais.

Je vais m'exécuter.

Voyons...

Qu'ai-je fait hier?

Ah ! je suis allé porter des secours à deux orphelins.

L'un, un garçon charmant que je vous recommande, m'a entouré de ses deux petits bras et m'a dit :

Merci !

L'autre m'a serré la main.

Eh bien!

Vous me croirez si vous voulez, j'ai pleuré....

Oui, pleuré!

Cela vous étonne?

Ah ! un enfant sans sa mère, c'est comme une mère sans son enfant.

C'est la douleur, c'est l'abandon.

Songez-vous quelquefois à votre mère, chers lecteurs? etc., etc....»

Le reste n'était pas moins intéressant.

Ce genre de littérature s'appelle du galidumas.

Ce qui étonne et fait rêver, c'est que Dumas aux champignons ait trouvé quelques fanatiques disposés à se repaître de semblables lectures.

C'est en vain qu'on a imprimé des milliers de fois :

Dumas seul est un mythe, parce que Dumas n'est jamais seul.

Si Dumas était seul, il ne serait pas.

Dumas a eu soixante-quatorze collaborateurs connus. Soyez convaincu qu'il est marié en soixante-quinzièmes noces.

Son nom sur un livre remplace la vieille formule : par une société de gens de lettres.

Non-seulement Eugène Sue et Frédéric Soulié , mais encore tous ceux qui n'ont signé que leurs propres écrits, lui sont supérieurs...

Cela n'a rien fait. Il y a une couche de la société qui croira éternellement au Prussien Royomir, au serpent de la rue Lacépède, et à Alexandre Dumas !

Le Mousquetaire a vu passer bien des rédacteurs...

Mais ils voulaient de l'or, c'est ce qui l'a tué I

Il est bon d'apprendre au public que c'est une usage généralement établi de recevoir une somme d'argent en échange de son travail. Ainsi le présent article est arrangé de façon à me valoir 75 francs payables sur copie à la caisse du Figaro. C'est du reste, le seul argent qui me serait venu du Mousquetaire.

A 75 francs l'article, en admettant qu'on en fasse huit par mois, vous voyez qu'on peut vivre, si l'on a de la fortune avec cela.

Le Mousquetaire promettait un payement sérieux à ses rédacteurs; mais, — comme Péponnet, — il ne passait pas de papier. Il n'y avait rien d'écrit; de façon que, — au bout de six mois, — les rédacteurs n'ayant jamais touché un sou, ou du moins n'en ayant touché qu'un, s'en allaient comme ils étaient venus, mangeant leurs fonds avec leurs revenus. Et, chose étrange, incroyable, abracadabrante, Le Mousquetaire avait

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