‹ La foire aux artistesChapitre 56 sur 85 · UN CAISSIER · texte numérisé non relu

UN CAISSIER

Ce caissier se nommait Hirschler. Il appartenait à la race qui ne mange pas de porc pour éviter la lèpre, — quand il n'y aurait qu'à se laver pour obtenir le même

résultat. Heureux caissier que cet Hirschler! comme il était calme et sans soucis ! les bras croisés du matin au soir! Bonne place!

Et ce journal se faisait à la Maison-d'Or... 0 ironie !

Michel, le fidèle serviteur du père Dumas, s'était installé dans la cuisine. Il s'était arrangé un lit avec des numéros invendus du journal. C'est là que ce bon domestique fumait chaque jour un nombre de pipes indéterminé. Il avait donné l'ordre d'introduire auprès de lui les actrices qui se présenteraient pour des réclamations.

MJSCONI

Fondé de pouvoirs et agent d'affaires du père Dumas, était remarquable par sa tenue. Il avait pour spécialité de s'interposer entre le caissier et les rentrées. C'est Rusconi qui s'écria un jour en plein bureau :

— Il faudrait si peu de chose pour que le journal eût du succès... Si seulement tous les créanciers de monsieur venaient s'abonner!

Les premiers rédacteurs du Mousquetaire furent : Philibert Audebrand, Alfred Asseline, docteur Casimir Daumas, Georges Bell , B.-H. Révoil , frère de madame Louise Colet, Edmond Viellot , Henry de La Madelène , Gaston de Saint-Valry, Henri Conscience, le capitaine Mayne Reed, et un garçon du plus grand avenir, nommé Aurélien Scholl.

Le jour où, faute de recevoir les subsides convenus, la rédaction en masse envoya sa démission, Dumas-nature, non content de ne pas avoir payé les gens qui lui avaient fait son journal pendant un an, les insulta le lendemain dans sa causerie avec son lecteur.

C'est que le père Dumas a la prétention d'être aimé !

Être logé, nourri et blanchi, il n'y tient que médiocrement ; mais admiré, encensé, hypercomplimenté — voilà son affaire!

Mon Dieu, donnez-lui l'adulation quotidienne !

En fait, il y a autour du Grand-Lama bon nombre de fanatiques. Il est si aimable quand il veut! Il vous empoigne à première vue. Puis, on est l'ami de Dumas, il vous tutoie. Il assure qu'il n'a rien de caché pour vous, que vous êtes son meilleur ami... On ente son petit amourpropre sur cette immense vanité , et le père Dumas vous autorise à porter dans la rue un des rayons de son auréole.

En somme, il y a peut-être un troisième Dumas, un Dumas aux pommes. Celui-là est le dramaturge par excellence, le romancier le plus entraînant... Il a une délicatesse d'invention, une habileté d'arrangement, un art dans le métier — qui sont presque du génie.. . Mais, avec ce diable d'homme, il est fort difficile d'arrêter son opinion. On peut dire sur son compte tout le bien et tout le mal possibles. . . Tout serait vrai !

c temps des diligences jaunes, Quand les voyageurs harassés Avançaient leurs têtes de faunes A travers les carreaux cassés, Ils apercevaient au passage Des bonshommes tout étonnés Qui, pour voir des gens en voyage, Sur leur porte allongeaient le nez..

Et en les voyant ainsi derrière les fenêtres, ou assis sur le seuil des maisons, ou arrêtés dans la rue pour se répéter ce qu'ils s'étaient dit la veille, on se demandait quelle pouvait être la vie de ces gens à l'horizon borné qui ne

comprennent le soleil et le ciel bleu que relativement à la récolte prochaine !

Il n'est personne qui, pour une raison ou pour une autre, ne soit allé passer quelques jours dans

Page 1