‹ La foire aux artistesChapitre 62 sur 85 · LES SERVICES D'ARGENT · texte numérisé non relu

LES SERVICES D'ARGENT

il faut bien les reconnaître, sont, en France, les seuls services réels.

L'intérêt qu'on vous porte , les recommandations , les démarches, toutes choses qui sont comptées comme services en Angleterre, n'ont aucune valeur parmi nous.

Ceci posé, calculez un peu ce qu'il faut de génie pour se procurer le nombre d'amis qui doit suffire à l'existence d'un homme !

L'emprunteur part de ce principe : Qu'on ne peut guère refuser trois fois de suite vingt francs à un ami.

Puis, la formule du refus est une et brutale. La formule de l'emprunt, au contraire, est flatteuse, touchante et variée.

Formule n° I :

« Cher ami,

« Deux louis jusqu'à demain pour ne pas rentrer chez moi. J'attends chez ton concierge. »

ov

Formule n° 2 :

« Très-cher, j'ai sur le dos une voiture et une femme. Vingt-cinq francs sont de rigueur. Je viendrai te prendre demain matin pour déjeuner

» Post-Scriptum. — Ne descends pas. La femme ne veut pas être vue. »

Vous envoyez les vingt-cinq francs, et, en regardant par la fenêtre, vous apercevez votre ami qui s'en va tranquillement à pied.

Formule n° 3 :

« Vous avez toujours été si gracieux et si bienveillant pour moi que je n'hésite pas à venir vous demander un petit service. La terrible bouillotte m'a mis complètement à sec. Il me faut à tout prix cent livres pour quelques jours. Je sais que vous êtes en fonds. J'aime si peu à emprunter que j'ai préféré m'adresser à vous qu'à tout autre. Vous me comprendrez, etc.

Formule n° 4 :

« Mon ami, le journalisme est un sacerdoce. Envoyezmoi, de grâce, tout ce dont vous pouvez disposer. Clichy me guette. On est à mes trousses. Faites pour moi ce que nous ferions tous pour vous. Un refus serait une offense, mais je connais trop votre cœur, etc., etc. »

Nota. — Sur cent cinquante emprunteurs, il y en a un qui rend.

Défiez-vous cependant de celui qui,

Vous ayant rendu cinq francs une première fois, vous emprunte vingt francs le lendemain ;

Qui, vous ayant rendu vingt francs, vous en emprunte quarante ;

Et ainsi de suite.

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