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INFLUENCE SAISONNIÈRE SUR LA FRÉQUENCE DE LA FOLIE ALCOOLIQUE

Si la croyance populaire place le maximum de fréquence de la folie à Tépoque de l'année où la température extérieure est le plus élevée, c'est une non moins grande tendance de l'opinion de rattacher à la période des fortes chaleurs une recrudescences des cas d'alcoolisme. Eh bien, les indications fournies par nos courbes annuelles sont en contradiction avec cette prévision, qui semblait pourtant avoir pour elle la plus, stricte logique, car il est

(i) Voir le rapport de M. Claudç (des Vosges). Paul Garnier. 3

assez généralement admis que l'extrême élévation de la température fait naître le besoin de boire.

De même que pour la folie, en général, il }■ a pour la folie alcoolique une recrudescence périodique annuelle, et 'cette recrudescence se place, non à l'époque des plus grandes chaleurs, mais au printemps, ainsi que le montre le tableau XIII :

Tableau XIII. — Mouvement mensuel et saisonnier de la folie alcoolique.

(Périodo triennale, 1886-1888.)

IIO.MMKS.

FEMMES

TOTAI,.

Mars

Avril

Mai

Juillet

Septeuibro

IGO

IGG

Si le chiffre des admissions pour folie alcoolique est régulièrement plus fort en avril (206) qu'en août (196), si le mouvement ascensionnel qui se prononce nettement dès le mois d'avril

INFLUENCE SAISONNIÈRE

pour ne s'arrêter qu'en juin, mois le plus chargé 2Do\ et commencer à décroître progressivement en juillet, accentuer encore cette diminution en août, c'est-à-dire à la date où l'élévation de la température est maxima et devrait avoir toute l'action qu'on lui suppose, c'est donc qu'il n'}^ a pas un rapport de cause à effet entre les fortes chaleurs et cette recrudescence périodique annuelle que nos graphiques accusent.

Le groupement trimestriel met bien en valeur cette prédominance du deuxième trimestre.

Tableau XIV. — Mouvement trimestriel ou saisonnier do la

folie alcoolique.

(Stiitisti(iU(' trionnalc, IRStî-lSSS.^

\ or

TlilNlESTriE.

TiiiMESTni-:.

TllIMESTliK.

TRIMKSI Ii E.

:38i) lOG

TOTAI X. . .

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Ces résultats concordent complètement avec ceux des années antérieures (i), ainsi que le montre le tableau XV :

(i) Planés, La folie à l'injirtneric spéciale. Thèse, Paris, i886.

]';tude statistique.

Tableau XV. — Mouvement trimestriel nu saisonnier de la

folie alcoolique.

(Statistique de rinfirmerie spéciale, 1874-1886.)

1er

TIUMESTRE.

TIlIMKSTnB.

TniMESTRK.

TBIMESTRE.

l.OGO

L'augmentation périodique et saisonnière des cas de folie alcoolique paraît donc un fait hors de contestation, et ce qui ne paraît pas moins certain, c'est que cette recrudescence se place sous la dépendance, non des fortes chaleurs de la saison d'été, mais bien des mêmes influences météorologiques qui, d'une façon générale, semblent faire de la saison du printemps, en quelque sorte, la période dangereuse de l'année, c'est-â-dire la plus favorable, sinon au développement des désordres de l'esprit, du moins à la production d'exacerbations rendant plus nombreuses les admissions dans les établissements spéciaux.

Cela veut-il dire qu'on boit plus au printemps qu'en plein été? Je crois qu'il serait téméraire de tirer cette seule conclusion des résviltats ci-

dessus. Des interprétations diverses peuvent en être données sans qu'on soit absolument autorisé a dire quelle est la plus valable. Il n'est pas interdit de penser que, sous l'elFet de ce trouble vague et général qui accompagne Veffervescence vernale, l'appétit pour les boissons alcooliques puisse naître et se développer plus aisément et cela surtout, bien entendu, chez le prédisposé. Cette manière de voir aurait pour elle tous ceux qui pensent qu'on s'alcoolise presque toujours en vertu d'une impulsion irrésistible et maladive.

L'influence saisonnière, avec son rapport probable de perturbation organique générale, viendrait ainsi faciliter l'éveil d'un besoin morbide, de même que, en d'autres circonstances, c'est un malaise vague, un état mal défini de dépression morale qui donnent l'élan à l'impulsion dipsomaniaque.

Peut-être existe-t-il, aussi, à l'occasion de cette effervescence vernale, une tolérance moins grande de l'organisme pour les boissons stimulantes. Relativement au degré variable de cette tolérance une autre remarque se présente à l'esprit.

Dans l'intoxication alcoolique, comme dans toute autre intoxication, il ne faut pas seulement se préoccuper de la dose ingérée, il faut

INFLUENCE SAISONNIÈRE. Sq

encore tenir compte d'un fait d'une importance capitale, à savoir, l'élimination, par les émonctoires naturels, du poison absorbé; c'està-dire qu'il est indispensable de donner toute son attention aux conditions susceptibles de ralentir ou d'activer cette élimination. Il ne peut être indifférent pour la trame organique que le poison séjourne longuement en son contact ou ne l'impressionne que très passagèrement.

Or, la suractivité de la fonction sudorale est incontestablement l'un des meilleurs agents d'une élimination rapide de l'alcool. Il est vraisemblable que l'ouvrier qui peine sous l'action d'une haute température et transpire abondamment doit à cette profusion sudorale, en même temps qu'à l'exhalation pulmonaire conjointement activée, le bénéfice de pouvoir absorber, sans trop de préjudices immédiats, des doses relativement considérables de boissons alcooliques qui, sans doute, suffiraient à développer des troubles graves, sans cette élimination rapide, sorte de soupape de sûreté.

Si l'on compare le deuxième trimestre de l'année "au troisième, c'est certainement à ce dernier que revient le premier rang, quant au degré de rh3'persécrétion sudorale et de l'activité concomitante de l'exhalation pulmonaire.

40 l'TUI)]': j>TATISTIQUi:.

Ce qui est certain, c'est que robservation clinique nous a depuis longtemps appris combien les sueurs profuses sont favorables à la prompte amélioration d'un accès de délire alcoolique aigu : la thérapeutique utilise même cette donnée par la prescription de boissons délavantes abondantes destinées a véhiculer au dehors, par la voie de l'élimination cutanée, l'alcool que l'on découvre dans le liquide sudoral.

On trouvera dans la deuxième partie de cet ouvrage quelques remarques et descriptions au sujet des modalités délirantes d'origine alcoolique observées à l'Infirmerie spéciale.

Qu'il me suffise de dire succinctement ici que l'alcoolisme se révèle de jour en jour plus agressif et que son histoire tend sans cesse à se di^amatiser.

Les réactions avec les alcools 'd'industrie, à peu près seuls en usage actuellement, se font plus promptes et plus violentes ; les suicides, les attentats envers les personnes se multiplient, et Ton note la grande fréquence de l'alcoolisme que Ton peut appeler foudroyanl.

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