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Totaux. ..
L'examen de la courbe de la planche V relative au mouvement saisonnier de la paral3'sie générale accuse, de la façon la plus nette, Vexacerbation printanière. Mai et juin sont les deux m^is où la ligne se maintient le plus élevée; elle redescend très brusquement en juillet, se maintient à un niveau très bas en août et septembre et montre une tendance à se relever très faiblement d'octobre a novembre. Nous sommes donc là en présence d'une maladie cérébrale organique qui semble être influencée, dans ses manifestations extérieures, je ne dis pas dans sa genèse, bien entendu.
UENCE
AISONNIÈ
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par la constitution météorologique spéciale d'où part le mouvement général qui anime la nature au printemps. Nous avons déjà fait remarquer, plus haut, que cette phase se révélait par tout un ensemble de phénomènes plus ou moins complexes, plus ou moins bien définis, comme une époque d'élection pour les poussées irritatives diverses et pour l'apparition paroxystique de certains désordres de la santé.
On peut concevoir, d'après cela, que cette provocation ait surtout lieu de s'exercer sur les individus préalablement préparés, par un état hyperhémique des centres nerveux, à la cong-estion irritatire et à la prolifération du tissu conjonctif intra-nerveux constituant le processus pathogénique de la paralj'sie générale.
Il n'est pas invraisemblable, d'après ces données, qu'il puisse exister un rapport entre V effervescence vernalc et la poussée congestivc qui met le feu aux poudres, c'est-à-dire force la maladie à sortir de sa période d'incubation ou exacerbe une disposition morbide qui som meillait.
PROGRESSION CORRÉLATIVE DE LA FOLIE ALCOO- LIQUE ET DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE.
On ne peut qu'être frappé, en étudiant le rapport d'accroissement de la folie alcoolique et de la paralysie générale, des analogies saisissantes constatées dans leur marche comparative. On voit cette dernière se solidariser en quelque sorte avec la première, l'imiter dans l'ensemble de son allure et, surtout, dans la participation, de jour en jour plus grande, de l'élément féminin dans la fréquence de ce genre de folie. Il est utile de remarquer, toutefois, que la présente statistique s'adresse plus spécialement à la classe ouvrière où la femme, dans ses habitudes de vie, dans son régime, dans ses écarts d'h3'giène, arrive à copier l'homme de plus en plus près.
Dans les classes élevées, la proportion de rencéphalite interstitielle diffuse est loin d'être la même. M. Ritti, dans un très récent compte rendu sur son service de la maison nationale de Charenton, division des dames, dont la condition sociale est généralement supérieure à celle des femmes qui passent par l'Infirmerie
Paul Garnier. 4
'JO ÉTUDli STAÏISTIQUK.
spéciale, donne la proportion de 6 p. lotx, et la sclec/iou mascidnie conserve là à peu près tous ses avantages. Rien ne saurait mieux montrer d'ailleurs où il convient de chercher les facteurs étiologiques de la paral3'sie générale.
lu usure nerveuse intensive liée au surmenag'e et V intoxication alcoolique, deux conditions causales, portées à leur plus haute puissance dans les grands centres urbains, telles paraissent être les deux influences pathogéniques essentielles de la paralysie générale ce qui n'exclue pas la participation étiologique des excès vénériens, non plus que de la S3'philis,. Partout où l'un de ces deux facteurs acquiert toute son importance, on voit, cette affection se' développer, s'accroître incessamment et envahir un sexe qu'elle épargne presque complètement là où ce facteur n'intervient pas. Que ces deux asents viennent à s'associer et à combiner leur action nocive et on aura ce qui existe dans les grands centres, à savoir un foyer de paralysie générale. Aussi peut-on prétendre que cette alfection, qu'on a avec quelque raison appelée la maladie du siècle, est le produit des mœurs sociales et de l'h^'giène spéciale aux grandes villes. 11 s'agit là en un mot, avant tout, d'une folie urbaine, cQst-i\-dire d'une folie acquise par
FOLIE ALCOOLIQUE ET PARALYSIE GÉNÉRALE. 5l
suite de conditions qui se trouvent réalisées au sein des grandes agglomérations humaines.
Rare et presque introuvable au sein des populations rurales, menant une vie sobre et paisible, inconnue chez certaines peuplades restées indemnes de l'empoisonnement alcoolique, la paralj^sie générale règne en maîtresse et multiplie sans cesse le nombre de ses victimes, là où l'existence est tourmentée, fébrile, agitée, faite de luttes ardentes pour la conquête hâtive de la fortune ou de la renommée, pour la satisfaction de toutes les ambitions, là, enfin, où le surmenage cérébro-spinal vient créer des besoins nouveaux et fait rechercher l'emploi de stimulants qui doivent tenir en haleine, stimulants au premier rang desquels est Talcool, donnant, par l'excitation qu'il développe, l'illusion de la force.
C'est d'après de telles données qu'on a pu dire, avec quelque apparence de raison, que le développement de la folie est en raison directe du degré de civilisation d'un peuple, bien que ce soit là déplacer, quelque peu, ce mot de son sens véritable, l'intensité des échanges sociaux et de l'activité humaine n'étant point forcément synonyme de civilisation, qui est le perfectionnement de l'éducation morale d'une nation, le développement progressif des facul-
tés sociales des individus qui la composent. Ce qu'il faut observer, c'est qu'il n'y a pas de force prodiiilc sans déchels et que plus est rapide le mouvement en avant de la machine sociale, plus nombreux sont ces déchets. Dans ce courant qui entraîne irrésistiblement les peuples vers le progrès, il 3^ a, comme en toutes choses, le compte à faire des bénéfices et des pertes et il paraît à beaucoup que ceux-ci sont tels qu'ils peuvent faire oublier celles-là. Si les chiffres que nous produisons sont à prendre en considération, il ne faut point pour cela trop inédire de son temps et il convient, d'ailleurs d'ajouter qu'il n'}^ a rien là d'essentiellement spécial à Paris, Ce que nous }• constatons doit se retrouver et se retrouve, en effet, à des degrés divers dans toutes les circonstances où le contact social est exceptionnellement avivé.
Je disais au début : « Oui, la folie augmente, mais où, pourquoi et comment? » Eh bien, il me semble qu'il est possible de donner une réponse valable à cette interrogation.
La statistique le prouve, c'est à l'alcoolisme d'abord et à la paral3^sie générale ensuite qu'il convient d'attribuer le fait de cet accroissement rapide de l'aliénation mentale dans ces dernières années, car le chiffre des vésanies proprement dites resie à peu près stationnaire.
En donnant plus haut le bilan de la folie alcoolique je n'ai pas entendu le limiter au nombre des malades internés avec l'étiquette : Délire alcoolique^ alcoolisme subaigu, alcoolisme chronique, et qui seuls, cependant, figurent à ce chapitre, la responsabilité de l'alcool dans le développement des troubles de l'intelligence. Cette responsabilité s'étend évidemment bien plus loin. Sans parler des conséquences dégénératives engendrées par l'alcoolisme des ascendants, que de cerveaux primitivement faibles lui doivent l'appoint d'excitation grâce auquel s'est développé un délire où ont éclaté des affections cérébrales que leur symptomatologie spéciale fait classer dans des groupes nosologiques déterminés.
Combien de fois n'arrive-t-il pas de surprendre cette complicité de l'alcool sur le fait! Et quand on dresse le tableau des méfaits de l'alcool, dans cette étiologie générale, comment ne s'arrèterait-on pas à ce tableau comparatif de la folie alcoolique et de l'encéphalite interstitielle diffuse ! J'ai cru devoir superposer dans la planche VI les tracés de l'une et de l'autre, afin de mieux faire saisir la solidarité qui donne à leur progression une allure presque absolument uniforme. On voit les coordonnées des deux courbes offrir une sorte de parallélisme,
s'élever et s'abaisser à des époques contemporaines. Les deux affections, au point de vue de leur fréquence relative, marchent de concert, participant aux mêmes oscillations et témoignant, par cette uniformité d'allure, d'une dépendance bien significative. S'il est vrai qu'il puisse y avoir, dans cette simultanéité, la traduction des influences d'un même milieu, il semble bien aussi c|u'il faille faire intervenir l'action directe de l'alcoolisme sur la fréquence corrélative de la paralysie générale.
Je crois que le graphique dont je viens de parler peut ajouter à nos notions sur l'étiologie de la parah'sie générale. Je suis de ceux qui pensent que l'intoxication alcoolique est, avec le surmenage, le facteur pathogénique le plus puissant de l'encéphalite interstitielle diffuse sans vouloir nier pour cela l'influence des excès vénériens, lesquels rentrent, d'ailleurs, dans ce surmenage cérébro-spinal dont je parle. Déjà, en i885 (i), à propos de la statistique de l'Infirmerie spéciale, j'ai pris soin de faire remarquer cette étroite solidarité, en notant pour l'alcoolisme des oscillations de fréquence qui se répercutaient fidèlement sur l'allure de la paralysie générale.
(i) Planés, loc. cit.
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Ainsi, en laissant parler les chiffres avec leur brutale clarté, nous voyons la folie alcoolique former aujourd'hui, à elle seule, près du tiers des cas d'aliénation mentale observés à l'Infirmerie spéciale, puisque, en 1888, la proportion a été, en compte rond, de 3o p. 100. De plus, après avoir noté son rôle provocateur dans l'explosion de diverses modalités délirantes chez les prédisposés, nous découvrons, à l'aide de signes peu douteux, son action sur le développement de la paral3'sie générale, dont la fréquence paraît se subordonner étroitement au degré de fréquence des cas d'alcoolisme. De telle sorte qu'il suffit de regarder à Vétiage de la montée alcoolique, passez-moi l'expression, pour prévoir une indication correspondante à l'échelle de fréquence de la paralysie générale.
De tels résultats ne sont assurément pas de nature a démontrer que les faibles digues élevées jusqu'à présent contre ce flot montant de l'alcoolisme aient eu une utilité bien réelle. Le péril apparaît plus grand que jamais et la marche envahissante de l'alcoolisme, dédaigneuse des frêles obstacles qu'on lui oppose, poursuit imperturbablement son cours.
Il ne faut pas cesser de le dire, des mesures plus résolument préservatrices sont attendues par tous ceux que préoccupent et qu'effrayent,
i\ bon droit, les ravages causés par cette intoxication. On a comparé souvent les effets désastreux qu'exerce l'alcool ,comnie poison ethnique, à ceux qu'engendre l'abus de l'opium chez les Asiatiques. Pour celui qui peut suivre de près les conséquences de cet empoisonnement dans une ville comme Paris, cette comparaison ne saurait paraître une exagération de ses méfaits.
Parmi les moyens susceptibles de conjurer le danger, il en est un qui m'avait toujours semblé offrir d'assez sérieuses chances d'efficacité, je veux parler de la diminution du nombre des débits de boissons alcooliques.
On a cependant cité, à cet égard, des expériences qui ne sont pas toutes encourageantes. Dans certains pa3^s, on n'aurait rien obtenu par cette mesure restrictive. J'avoue ma grande surprise et je ne puis me résoudre à croire à son inefficacité. Il faudrait donc supposer que la facilité et la multiplicité des occasions de boire ne jouent aucun rôle dans le développement de l'alcoolisme. Gela ne me paraît pas possible. Si l'on se base sur ce que l'on observe à Paris, et il me semble qu'ailleurs les constatations doivent être à peu près analogues, on peut hardiment affirmer que Valcoolismc à domicile est relativement rare. C'est aux abords du comptoir du marchand de vins que l'ouvrier
58 KTUDE STATISTIQUE.
de nos grandes villes s'intoxique avec l'entraînement de la malsaine camaraderie d'estaminet. Je suis convaincu que dans l'empoisonnement par l'alcool une bien petite part est à faire à cette préméditation qui réunirait des buveurs au domicile de l'un d'eux et créerait une sorte d'alcoolisme en chambre. La provocation a boire s'établit avant tout, au dehors, d'individu à individu, et la sollicitation est le plus souvent en raison directe du nombre des occasions qui s'offrent, c'est-à-dire de la multiplicité des débits de boissons.
En France, le nombre de ces débits de boissons a augmenté dans des proportions considérables depuis la loi du 7 juillet 1880, qui permet d'ouvrir un débit sur la simple déclaration et en dehors des garanties qu'exigeait la loi du 20 décembre i85o. Or, c'est principalement depuis ces dernières années que la folie alcoolique multiplie ses ravages.
Pour expliquer l'attitude des pouvoirs publics, on fait valoir que l'État doit sa protection à une industrie nationale, mais s'il est démontré, et je crois que cette démonstration n'est plus à faire, qu'une telle industrie est effroyablement pernicieuse pour la vitalité d'un pays, n'est-il pas vrai qu'elle perd, par là même, ses droits à ce bienveillant appui? En face du
FOLIE ALCOOLIQUE ET PARALYSIE GÉNÉRALi;. 3()
péril toujours grandissant, les scrupules devraient s'apaiser dans l'intérêt supérieur de la morale et de la santé publiques.
Pour mieux préciser les résultats statistiques que je viens d'exposer, je crois utile de les résumer dans les conclusions suivantes :
I. La statistique démontre que le nombre des aliénés, à Paris, s'est accru, en ces dernières années, dans de fortes proportions, la fréquence de la folie ayant augmenté, de 1872 à 1888, de 3o p. 100 environ.
II. L-aliénation mentale est plus commune chez l'homme que chez la femme (H. 55,6 1 p. 100 — F. 44,38 p. 100, statistique générale de la Préfecture de police).
III. Le rapport d'accroissement de la folie pour les deux sexes, dans la période triennale 1886- 1888, se traduit ainsi : H. 59,35 p. 100 — • F. 40,64 p. 100.
IV. La folie considérée dans l'ensemble de ses modalités et envisagée sous le rapport de son mouvement mensuel atteint régulièrement, chaque année, son maximum de fréquence en juin et semble être favorisée dans ses manifestations extérieures ou le développement des périodes d'accès, aussi bien chez l'homme que chez la femme, par une influence saisonjîièi^e vernale.
V. L'augmentation des cas d'aliénation mentale dans ces dernières années est, avant tout, le fait de deux t3'pes morbides dont la fréquence est en très rapide progression : la folie alcoolique Qi la paralysie générale. Les ps3Thoses essentielles, comme la manie, la mélancolie, le délire chronique, ou psjxhose systématique progressij'e, restent à peu près stationnaires et sont, en général, deux fois plus communes chez la femme que chez l'homme.
VL La progression de la folie alcoolique est à ce point rapide que sa fréquence est aujourd'hui deux fois plus grande qu'il }' a quinze ans et que les séquestrations dont elle est responsable ont augmenté de 25 p. loo, dans le cours de cette dernière période triennale (i88G-88^.
Elle forme aujourd'hui, à elle seule, près du tiers des cas d'aliénation mentale observés à l'Infirmerie spéciale.
VIL La femme a sa participation proportionnelle dans cette augmentation et cette participation tend il devenir de plus en plus considérable. Représentée il y a quinze ans par un sixième^ elle est aujourd'hui d'un cinquième.
VIIL La folie alcoolique est soumise, dans son degré de fréquence, à de fortes variations
mensuelles. Ce n'est pas à l'époque des moi les plus chauds qu'elle atteint ses plus hauts chiffres, sa recrudescence paraît se rapporter à une influence saisonnière vernale, le trimestre du printemps étant le plus chargé ai^ec maximum mensuel en juin.
IX. L'observation des modalités délirantes de l'alcoolisme prouve que les réactions qui se développent sous son influence sont de jour en jour, plus violentes, plus attentatoires à la vie des personnes, conséquences qu'il est légitime d'attribuer à la toxicité des alcools d'industrie actuellement en usage.
X. La paralysie générale, qui est, avec la folie alcoolique, la forme morbide dont l'accroissement est le plus accéléré, ligure pour 12,27 P- dans le total des malades examinés au Dépôt. En quinze ans, sa fréquence a plus que doublé.
XL Elle tend à devenir proportionnellement plus commune qu'autrefois chez la femme; le rapport, qui était, il y a quinze ans : H. 78,26 p. 100 — F. 2 1,74 p. 100, est aujourd'hui : — H. 71,17 p. 100 — F. 28,82 p. 100.
XIL Comme l'aliénation mentale en général, comme la folie alcoolique, mais plus encore que toute autre forme morbide, la paralysie générale provoque le plus d'admissions au
printemps. Sa recrudescence se place en mai et est très nettement vernale.
XIII. La comparaison entre les graphiques qui marquent l'accroissement simultané de la folie alcoolique et de la paralysie générale établit que leur progression si rapide est nettement corrélative. Dans la solidarité de leur marche envahissante paraît clairement se traduire l'influence étiologique de l'alcoolisme sur le développement de l'encéphalite interstitielle diffuse.