ACTE TROISIÈME
BERNARD
Tu ne peux pas?
MÉDÉRic, très net.
Non.
BERNARD
Comment?
MÉDÉRIC, en fermant son sac.
Puisque vous y tenez tant que ça, il vous sera facile de la savoir.
(// fait mine de se retirer.)
BERNARD, affolé.
Alors, tu ne veux pas?... tu ne veux pas?
MÉDÉRIC
Je peux pas, m'sieur le maire !... Et puis, je vous demande pardon, mais il se fait tard et j'ai à...
BERNARD
Ecoute... voyons, Médéric...
MÉDÉRIC, d'un ton résolu.
C'est tout vu, n'insistez pas, ou vraiment je croirais des choses...
BERNARD, d'abord maître de lui^ puis complètement éperdu.
Qu'est-ce que tu croirais?... Voyons, Médéric, tu es un brave homme.. .je ne t'ai jamais fait que du bien., tu ne peux pas me refuser ça... c'est idiot !... c'est ridicule ! Qu'est-ce que tu t'imagines donc?.,. Écoute... donnemoi cette lettre, tu me rendras service... et en échano-e... tiens. ..je te donnerai... ce que tu voudras... tu entends... ce que tu voudras... Veux-tu de l'argent ?
282 LA PETITE ROOUE
MÉDÉRic, révolté.
Vous êtes fou ?. ,
BERNARD, COTltuiUant .
Cent francs !... mille francs!... dix mille fanes. ..j'ai besoin de cette lettre... dix mille... vingt mille... plus si tu veux... tout ce que tu voudras... {Puis furieux^ voyant l'attitude de Médéric.) Ah 1 nom de Dieu !... je suis le maire du pays après tout... et je t'ordonne de me la rendre !
MÉDÉRIC, comme lui lançant un défi.
Ah ! ça c'est autre chose.
BERNARD, hops de lui.
Si tu ne me la rends pas tout de suite... je te... je te brûle la cervelle...
(// va prendre le revolver qui est sur la table.)
MÉDÉRIC
Eh bien ! essavez l
BERNARD
Prends g-arde !
MÉDÉRIC
Vous ne me faites pas peur... tirez si vous l'osez... (Bernard affolé, lève son revolver, ajuste Médéric.)
MÉDÉRIC
Malheureux î... voulez-vous laisser ça...
(// le désarme d'un coup de son haton sur le poignet. Le revolver tombe, Médéric se précipite dessus et le braque sur le maire.)
Je vais aller répéter à la justice ce qui s'est passé ici... et puis la donner, votre lettre... vous entendez !.. . Sûr qu'il y a là-dedans des choses...
(// recule vers la porte, faisant face à Bernard, en tenant toujours le revolver braqué sur lui.)