‹ La folie au théâtreChapitre 52 sur 185 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LE DOCTEUR, â Lioncl, tvès nettement.

Oui, Monsieur, je m'y oppose formellement !...

LIONEL, avec une grande émotion.

Ah î par exemple ! Et pourquoi vous y opposezvous ?... Pourquoi? Pour quelle raison?... De quel droit?...

LE DOCTEUR

Votre émotion, Monsieur, est très légitime !... Vous avez une grande affection pour votre frère, et vous souffrez de ne pas l'avoir avec vous, chez vous,,. Mais l'affection ne doit pas être poussée jusqu'à l'aveuglement !... Et si je vous rendais votre frère, ce serait une imprudence qui pourrait vous coûter cher, je vous en réponds...

(Au procureur.)

Ce sont des malades extrêmement dangereux; ils le sont pour eux, d'abord, et aussi — surtout — pour les autres, pour leur famille. Nous les appelons des délirants chroniques... des persécutés, si vous aimez mieux. Mais, peu vous importe ; en tout cas, ce sont des m.alades à enfermer !...

LIONEL, très nerveux.

Ah î Ah ! à enfermer... C'est bien ça... à enfermer... Et combien de temps avez-vous l'intention de l'enfermer?...

LE DOCTEUR

Oh î ça!...

(Geste d^ ignorance.)

LE PROCUREUR

Est-ce qu'on peut les guérir ?

LE DOCTEUR

Rarement.

LIONEL, avec une colère qui gronde^ se levant.

Enfîn, je comprends... Vous tenez mon frère, et vous ne voulez plus le lâcher...

LE DOCTEUR

Mais, Monsieur...

LIONEL, continuant.

... Vous avez mis dans votre tête cette décision implacable ; vous osez condamner un malheureux à perpétuité, comme si vous étiez sûr de votre science, comme si vous étiez infaillible !...

LE DOCTEUR

Si vous n'avez pas confiance en moi, faites contrôler mon diagnostic par un confrère. Moi, je ne crains rien.

LIONEL, marchant fébrilement dans la pièce.

Vous ne craignez rien, parce que les médecins sont comme les loups; ils ne se mangent pas entre eux... Je me méfie de tous les médecins... Je suis payé pour ça...

LE DOCTEUR

C'est votre affaire. Mais quand il faut décider si un homme est aliéné, à qui peut-on s'adresser, sinon à un médecin.

LIONEL

Pardon... il y a aussi les magistrats... La loi a établ un contrôle sur les médecins, heureusement ! ce contrôle est souverain, il est exercé par les procureurs...

(Désignant le procureur.)

Voilà pourquoi Monsieur est ici. Il est ici et il va juger...

C'est-à-dire?

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