‹ La folie chez les enfantsChapitre 2 sur 64 · DE LA FOLIE · texte numérisé non relu

DE LA FOLIE

Folie chez les enfants ! N'éprouve-t-on pas en lisant ces mots un sentiment de profonde tristesse ! Est-il donc vraiment possible que cet âge joyeux, insouciant du passé et de l'avenir, ne vivant que pour le présent, ignorant encore les chagrins de l'existence, soit frappé du plus redoutable fléau qui puisse atteindre l'être pensant ? Se peut-il que l'entant à peine au début de la vie, dont les facultés ne sont encore qu'à l'état d'ébauche, qui n'a encore et ne peut avoir ni opinion, ni idée bien arrêtée soit déjà soumis aux tristes lois qui régissent l'humanité toute entière ?

Pendant de longues années on s'est refusé à croire que l'enfant pût être atteint dans l'exercice de ses facultés intellectuelles, affectives et morales ; pendant de longues années aussi on a voulu voir dans ces phénomènes qui se manifestent par des excentricités, par des modifications du caractère, par des actes plus ou moins répréhensibles, plus ou moins redoutables pour le sujet comme

P. MoREAD de Tours. Folie. . 1

pour autrui, que des défauts d'éducation, des moeurs mauvaises résultant le plus souvent d'exemples journaliers, des instincts fâcheux que l'on doit corriger et punir, au lieu d'être pris pour ce qu'ils sont, pour des symptômes de maladie qu'il faut traiter physiquement et moralement.

De nos jours le doute n'est plus permis : oui, l'enfant peut être atteint de folie, et cette affection présente dans le jeune âge les mêmes caractères généraux que ceux que l'on observe chez l'adulte.

Quelques auteurs anciens avaient entrevu le désordre mental de l'enfance et en avaient même signalé plusieurs cas. Mais il faut arriver au commencement de ce siècle pour trouver quelques descriptions pUis complètes, plus exactement observées. De nos jours, des travaux importants ont paru sur ce sujet, étudiant les uns une forme, les autres une autre, et nous-méme, dans des mémoires antérieurs nous avons appelé, l'attention sur certaines manifestations du délire général ou impulsif des plus dangereuses, le suicide et l'homicide.

Il n'existe, à notre connaissance du moins, aucun travail d'ensemble sur ce sujet. Nous nous sommes efforcé de combler cette lacune en réunissant et en groupant tout ce qui a trait aux affections mentales et nerveuses de l'enfance.

Mais avant d'aborder la question dans ses détails, il est un point capital qu'il nous faut fixer tout d'abord : A quel âge convient-il de faire cesser l'enfance ?

C'est là une question très controversée, et qui offre dans sa solution une réelle difficulté à cause des nombreux facteurs qu'elle renferme.

Elle se présente sous trois points de vue bien distincts.

1° Faut-il se baser sur l'état physiologique et prendre pour limite l'établissement de la puberté :

2° Faut-il prendre l'âge administratif, c'est-àdire considérer l'âge auquel l'administration fait passer les enfants dans les services d'adultes ?

3" Faut-il enfin prendre l'âge fixé par la loi comme l'âge de discernement ?

Etudions ces trois points et de l'ensemble de cette étude nous déterminerons l'âge auquel il convient, dans le cas particulier qui fait l'objet de ce travail, de faire cesser l'enfance.

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