PRENDRE POUR LIMITE L'ÉTABLISSEMENT DE LA PUBERTÉ
— Le passage à l'adolescence est sans contredit un des phénomènes les plus importants si ce n'est même le plus important de l'existence humaine. Cette fonction physiologique qui modifie si profondément la constitution et physique et morale n'a pas lieu à la même époque, au même âge dans les deux sexes. La jeune fille est apte plus tôt que le jeune garçon à remplir la grande loi à laquelle la nature les a destinés.
L'époque, en effet, à laquelle la menstruation s'établit chez la femme, en d'autres termes le moment de la puberté, varie dans des limites assez étendues : quelques jeunes filles sont réglées à II ou 12 ans, d'autres ne le sont pas encore à 17 ou 18 ans.
Le climat exerce à cet égard une action accélé-
ratrice ou retardatrice à laquelle on a souvent accordé une importance exagérée. Il est certain néanmoins que dans les climats chauds l'apparition des règles est un peu plus précoce que dans les climats froids. En France, l'âge moyen de la première apparition menstruelle peut être fixé à 15 ans. Dans les pays du Nord et dans les climats très chauds, cet âge moyen est de 16 à 17 ans ou de 10 à 12 ans.
Le tempérament de chaque personne doit aussi être pris en considération : La jeune fille nerveuse, irritable est réglée avant celle qui est lymphatique. La jeune fille forte, robuste est pubère avant celle qui est faible et cacochyme. Dans les villes, chez les jeunes personnes qui sont présentées de bonne heure dans le monde, qui fréquentent les bals, les spectacles, dont les sens sont prématurément et vivement excités, l'apparition des règles est plus précoce que chez les jeunes filles des campagnes.
Les garçons ne sont guère pubères avant 1 âge
de 15 ou 16 ans.
L'excitation avant l'âge des organes génitaux dans l'un et l'autre sexe, la débauche qui active, stimule et iait évoluer hâtivement l'organisme, peuvent avancer l'époque de la puberté.
Il semble donc bien difficile de fixer exactement l'âge auquel un enfant devient pubère. Il y a trop de conditions différentes, trop d'imprévu pour pouvoir établir cette limite.
En théorie la chose serait possible- à la rigueur, mais la pratique, l'observation journalière sont loin de confirmer ces données de la science. Ce-
pendant laissant de côté les faits individuels, négligeant les questions de saison, de climat, d'éducation, de tempérament, etc.. ne tenant compte que de ce qui se passe en France, on peut, prenant une moyenne, fixer l'âge auquel un enfant cesse d'être enfant pour devenir jeune homme ou jeune fille 315 ans pour les deux sexes, retardant ainsi un peu la puberté des filles, avançant au contraire la puberté des garçons.
La loi Romaine se guidant sur des principes d'ordre social, considérait la femme comme pubère à 12 ans (i). Relativement à l'homme, il paraît qu'autrefois il n'y avait pas d'âge fixe : chaque année, à la fête des liheralia (17 mars) un certain nombre de jeunes gens, d'après l'indication de leur père ou de leurs agnats, prenaient la toge verte. Ils étaient dès lors considérés comme pubères. Dans le droit de Justinien, l'homme est considéré comme pubère à 14 ans accomplis.
Notre droit Français a basé l'article 144 du Code Napoléon, sur une question de puberté : « La femme avant 15 ans révolus (2), l'homme avant 18 ans, ne peuvent contracter mariage. » La société, en effet, étant intéressée à la perfectibilité de l'homme, cette perfectibilité serait compromise s'il était permis à des êtres à peine affranchis de la stérilité de l'enfance de perpétuer dans des générations imparfaites leur propre débilité.
(1) Instit. pr. quib. mod. tut. fui. I, 22.
(2) Rè-ûoliis: le mariage ne peut être célébré qu'autant que le premier jour de la 19'' année pour le futur, et de la 16^ pour la future, est commencé.
Pour la loi, la puberté est donc 15 ans pour la femme, 18 ans pour l'homme,