Évangile selon Uvi dit Mallhia, M
LE VAGABONDAGE BT LES FUGUES CHEZ lESGHOU 187
pour inviter les pauvres à venir recevoir un peu de nourriture, ieschou bar-Iossef et ses disciples durent souvent stationner, parmi les briberesses et les gueux de Tostière, devant les mappahs de Hiërusalem.
Ne les surprenons*nou8 pas, mastiquant, sans attendre la fin du schabbath, le grain des gerbes laissées, après la moisson, au coin du champ pour le pauvre de la route ?
Les évangélistes ne nous montrent-ils pas le Fils d'Élohim cherchant sa vie à la branche du figuier et s'irritant, jusqu'à la malédiction, de n'y point trouver de fruits ?
Il faut voir les choses comme elles sont. Cette belî- Iraille, plus ou moins suivie d'estropiats, dont Ieschou bar-Iossef était le grand Coêsre et qui allait de bourg en bourg demander la caristade, serait, si elle revenait sur la terre et s'aventurait dans la France « très chrestienne », fortement houspillée par les archers de Técuelle, voire par les cagots les plus galonnés du temps.
Ce qu'était le costume du <c Roi », on peut, dès lors, rimaginer sans peine. Le bleu talith^ la pèlerine à trois trous (deux pour les bras, un pour la tète), lavée par la pluie, brûlée par le soleil et souillée par la poussière, les franges des quatre coins, les zizith bleues et blanches, effilochées ou perdues, le chalouky la tunique à manches, bâillonne use et encrassée, le sudar^ le turban de coton ou de lin, maculé par la sueur, les sandales de peau d'hyène ou de peau de chameau avachies et percées, enfin cet accoutrement misérable aggravé par la barbe inculte, par les longs cheveux du portrait byzantin, par ces cheveux inspirés et prophétiques qui furent peut-être habités!
Que ceux qui ont vécu dans les sociétés sémitiques, que ceux qui ont vu passer sur les routes de l'Algérie, de rÉgypte ou de la Palestine, dépenaillés, guenilleux, pan-
nositeux, minables, les marabouts, les santons, les derviches, les hommes'dieux contemporains, guérisseurs, eux aussi, de paralytiques, de lunatiques et de possédés, disent si ce portrait est poussé au pittoresque. C'est celui que nous brosse d'Isaac Lakedem son biographe inconnu :
« N'ayant point de ressource en maison ni en bien,... Son habit tout difforme Et très mal arrangé. »
Or Isaac La Kédem c'est un peu leschou bar-Iossef.
A voyager ainsi le ventre vide, sans savoir « où reposer sa tête » et pareillement halbrené, on use de plus fortes organisations que celle du Fils d'Élohim. La misère « fait le lit de la tuberculose » aussi sûrement que Talcool. L'épanchement pleurétique, que vida la lance du mercenaire, tel fut l'aboutissement de la vie errante du « divin voyageur ». Elle ne put, d'autre part, qu'aggraver son affection cérébrale. Et l'on peut dire de lui ce que Henry Meige dit de ses Juifs vagabonds : c La misère, les souffrances et les privations de toutes sortes, les fatigues excessives ont dû contribuer pour une large part à l'éclosion des accidents nerveux^. »