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CHAPITRE II

LÀ LOGORRHÉE CHEZ lESGHOU BÂR-IOSSEF

Chez les dégénérés, qui sont des sujets arrêtés dans leur développement, révolution de la phonation est incomplète. Ces sujets s'expriment comme les animaux, les hommes primitifs, les sauvages ou les enfants.

Les plus inférieurs (idiots) ne font que pousser des cris ou répéter machinalement, à la façon du perroquet, les mots qu'ils entendent.

Les dégénérés moyens ont un langage riche en images, mais pauvre en idées. Le champ de leurs comparaisons est étroit. Leurs jugements manquent de solidité et d'ampleur et ils sont incapables de mener à bien le raisonneraient scientifique.

Certains ne peuvent articuler le son CH, le son J, le son K ou le son R.

D'autres n'ont à leur disposition qu'un petit nombre de mots.

D'autres sont enclins aux explosions verbales, reliquat de la phonation émotionnelle.

D'autres enfin s'expriment avec l'exubérance des sauvages et des barbares. Le bavardage de nos javottes et de nos caillettes, la faconde de nos modernes Brummel, le lantiponnage du conférencier mondain, la garrulité

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de Torateur populaire ne sont souvent que la manifestation d'un arrêt de développement du cerveau. L'ondulation nerveuse, ne trouvant pas de neurones où se fixer, boute hors et s'écoule en un flux de bouche dont la fluidité est en raison inverse de la richesse en substances alimentaires. Les moulins à paroles, les clabaudeurs de salon et les gazettes de quartier, qui dépensent en une enfilade de paroles vaines le plus clair de leur énergie cérébrale, sont souvent des dégénérés dont une microcéphalie apparente révèle la mesquinerie intellectuelle.

Le même fait s'observe chez les paranoïaques, qui sont eux aussi des dégénérés, et souvent, chez eux, il s'aggrave de la contraction, de l'occultation momentanée d'un certain nombre de neurones corticaux, phénomène de circuit interrompu^ qui a pour corollaire nn phénomène de court-circuit. Que ce court-circuit porte sur les neurones sentimentaux et on a Vé/notion^ sur les neurones sensoriels et on a Vhallucinationy sur les neurones idéophores et on a Vhypermnésie, sur les neurones moteurs supérieurs et on a Vagitation et les impulsions.

Les neurones moteurs supérieurs intéressés peuvent être ceux de la phonation. L'agitation et les impulsions sont alors purement oratoires : on observe la lalomanie^ la logorrhée y les explosions verbales.

Dans la lalomanie, le sujet exprime a par des périodes pathétiques des pensées décelant une profonde pauvreté intellectuelle^ ».

Dans la logorrhée (polyphrasie de Kussmaul) la parole n'est pas seulement abondante, elle est extrêmement rapide, si rapide même que le sujet n'a pas le temps d'exprimer sa pensée : ses discours sont elliptiques et, en apparence, incohérents.

1. Séglas. Lti troubles du langage chez les aliénés. Paris» Rueff, 1892, p. 67.

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Chez les paranoïaques logorrhélques, la phonation est un besoin de tous les instants. Leur verbe s'écoule avec la régularité d'un fleuve. C'est, dans la première période de leur vésanie, un monologue à voix basse, puis un monologue à voix haute dans la solitude, puis un monologue à voix haute en public, parfois un dialogue où l'interlocuteur a la plus grande peine à placer un mot.

La logorrhée est fréquente chez les fous et les demi- "fous mystiques.

L John Wesley pouvait prêcher jusqu'à dix heures de suite en plein air *.

IL Heniieite Couesdon s'exprimait avec une telle volubilité que trois sténographes, en se relayant, avaient quelque peine à la suivre *.

III. Dagonet rapporte l'observation suivante : Mme T. se croit chargée d'une mission divine. Debout sons un arbre du préau de Tasile où elle est internée, elle se met À improviser des sermons emphatiques. Elle s'exalte peu à peu et finit par devenir réellement éloquente... « Dieu est en moi, s'écrie-t-elle, il m'a fait part de treize révélations. Je vous les dirai, je ne me gênerai pas de les crier tout haut par-dessus les toits, afin que tout le monde m^entende et que les pécheurs se convertissent. Écoutez I Dieu parle par ma voix I Je suis la dispensatrice de l'amour de Dieu, de son serment et de sa miséricorde! »

Elle parle ainsi pendant des heures ^.

La lalomanie et la logorrhée se retrouvent chez Girolamo Savoralona, Thomas Mûnzer, Bockelson, William Hacket et Emmanuel Swedberg. Elles existaient aussi chez leschou bar-Iosscf.

1. Haggi. Du soliloque chez les aliénés. Il mamconiio modenio, IS9S, a* S.

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