‹ La folie de Jésus (volume 2)Chapitre 161 sur 298 · Dugas. Uimaginaliont Paris, Doin, 190a^ p · texte numérisé non relu

Dugas. Uimaginaliont Paris, Doin, 190a^ p

PHYSIOLOGIE DU LAIfGAGE 2ÎT

Le» iiKligène? de la Nouvetle-Zélande »'eno]it pas plus de douze.

MèiUfe réduction qua>nt au nombre des vocables. Les paysans de l'Europe n'usent guère que de trois cents mots^ alors ^e'un anglais cultivé en emploie quatre mille eH qu'o» en trouve huit mille dans le* vocabulaire de Milton,« quinze mille dans celui de Shakespeare, vingt mille dans ceux de Voltaire et de Gœthe.

L'évolution de la phonation hti parallèle à l'évolution de la pensée.

Dans la série animale, les phénomènes psychologiques apparurent dans l'ordre suivant :

1^ Les sentiments dans leur mode rudimentaire (bienêtre, mal-ètre, attraction, répulsion) ;

2'^ Les sensations ;

3*» Les images ;

4*^ Les idées;

5<^Les associations d'images et d'idées (jugements);

&> La réduction, par le syllogisme, de plusieurs jugements à m» seul (raisonnement).

Or la phonation fut successivement sentimentale, sensorielle, imagée, idéologique, associatrice, syllogistique.

Sentimentale, elle se réduisait à des cris.

Sensorielle, à des vocables imita tifs, à a une peinture plus au moins complète des choses nommées, telle qu'il était possible aax organes vocaux de l'effectuer par un bruit imitatif des objets réels ^ »

Idéologique, à des vocables conventionnels^ un mot d'origine exclafiftative ou imitative étant employé pont désigïker un objet différent de celui qui lui avait donné naissance, mais présentant avec lui certaines analogies.

1. De Basses. Traité de la formation mécaniqae de» langues^ t. II, p. 13-

Elle devint enfin associatrice et syllogistique par l'articulation des mots.

La phonation fut purement sentimentale ou exclamative jusqu'à Tapparition des oiseaux. Chez eux, grâce au développement des muscles inspirateurs sous Tinfluence du vol, elle devint plus puissante, plus aisée, se haussa jusqu'à l'harmonie imitative. Le kakatoès caqueté en apercevant des poules. Le Turdus polyglottus imite le chat qui miaule. Le corbeau, le geai, la pie, le merle, le mino des lies de la Sonde, les diverses variétés de perroquets apprennent à reproduire le langage de l'homme.

Tels furent les débuts de la phonation sensorielle.

Abondante chez les oiseaux, la phonation le resta chez les singes. Elle le resta aussi chez l'homme primitif, ainsi qu'en témoignent les dialogues inclus dans les anciens poèmes.

A ce stade, elle était surtout imagée, emplissant delà magie de ses évocations le Ramayana^ le Mahabharata^ Viliade, VOdyssée.

Puis, en même temps qu'elle perdait de son exubérance, elle devint idéologique. C'est le règne des cosmogomies, des livres sacrés, des codes de morale.

Enfin elle atteignit au syllogisme et, par la diminution progressive de son débit, de ses interjections et de ses harmonies imitatives, elle aboutit au langage laconique et incolore, mais précis et substantiel, au langage algébrique de l'homme de science.

La phonation des premiers âges se retrouve encore parmi nous. Dans les palabres des sauvages, dans les acclamations et les huées de la place publique, dans les vociférations des débagouleurs de faubourg, chez MmeÂngotqui dégoise ses invectives et chez Marie Bonbec qui défile son chapelet, nous retrouvons la parole exclamative, imitative, imagée et abondante de nos pères. Chacun de nous,

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en observant la foule, peut y déchiffrer son histoire et Newton lui-môme eut pu distinguer, dans la rumeur du marché de Cambridge, des paroles révélatrices de son ascendance cérébrale, la voix de ses ancêtres, la chanson de son passé.

Les langues contemporaines ont gardé trace de l'évolution précédemment esquissée.

A côté des mots abstraits qu'y a introduits la science nous y rencontrons les interjections, les onomatopées, les vocables figuratifs des périodes antérieures.

En ce qui concerne les interjections, leur étude a per mis de faire la preuve que les langues ont une commune origine physiologique.

Les interjections et les mots qui en dérivèrent sont presque identiques dans les langues les plus diverses.

Les Grecs expriment la douleur par g ! g !, les Latins par Heu! Heu I les Français par Hélas !

Les Zoulous, les Thibétains et les Grecs expriment la joie par Halala^ les Hébreux par Hallel! les Espagnols par Ollé!

Les Australiens expriment le dégoût far paoh, les Gallois par piPj les Bas Latins parpuppup, les Français parpouah.

Ce cri de dégoût engendra les mots suivants :

Poop (putride) en timor,

Pujci (sale) en tupi,

Putridus (putride) en latin,

Puh (corruption) en quiçhé.

Pu (viande pourrie) en zoulou,

Putika (civette) en sanscrit,

Puer eX putois en français.

D'autres mots, qui n'ont plus qu'une valeur conventionnelle, si ce n'est pour les littérateurs qui connaissent leur métier, furent, au début, des vocables imitatifs.

1^ I.JL -FCNLIE DE iésVS

Le pata-paial «des HindouB, l^ patatras! des Français engiendira, en sainscrit, le verbe pat q^ii veut dire tomëer.

Le miam-miam du petit parisien se retrouve, eda sari- Aftm, dans le y^vh^nyam^ et, en australien, dans le verbe gnani-ang qui, Tun et l'autre, signifient manger.

Le français et hd tamil expriment le bruit du vent «dans les feuilles par deux mots presque identiques immanuru et fnun^murt.

Enfin «certain hyménoptère au vol bruyant esi désigné, en australien, en zoulou et en grec, par <ies mots qti'oa croirait dérivés les uns des autres si Ton ne savait que ces langues n'omt entre elles aucune parenté : Bumberou^ bulula^ bombulios : c'est le bourdoMdes Françafts.

Et maintetiant veut-on savoir comment au vocable sensoriel .a SAicoédé le vocable ifliagé, puis le vocable idéologique. Il suffit de se reporter au moi iympoM., Le tympan de Toreille fut ainsi désigné eci raison de sjl resseiR^ blanoe avec le tympan&n. Or .œ mot lui-même a une origine purement imitaiive, c'est le imm-lani des Âfiicains^

Cette évolution de la iphonaftion dans le règne «nioial, AOJIÊ& la voyions se reproduire idans Tindividu, car, ici encore, la loi de Sernes est applicable : l'onèo génie reproduit et résume la phylogénie.

Le langage du « petit d'homme », pour parler comme les loups de Rudyard Kipling, dti <c petit d'iionune » au moment où il vient de naître, présente les plus grandes analogies (Epikouros et Lucrétius l'avaient déjà renarqué) avec celui des mammifères inférieurs» Ce n'est qu'un complexus de cris.

1. L*écriture a subi la môme évolution. Imitative dans Thiêpoglyphe qui -peproduksaât Tobjeit, leitte est devenu» significative par la rèducUon des croquis. Vioir sur toutes ces questions : Zaborowsld. Vorigine du langage. Paris, Alcan, sans date, et Eugène-Bernard Leroy. Le langage. Pans, Alcan, 1906.

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Puis il devient sensoriel et imitatif , le bébé se mettant à reproduire les bruits qu'il entend, à la condition qu'ils soient simples (papa, maman, dodo, dada).

Puis il devient imagé et abondant : c'est le délicieux babil des bambins.

Enfin il atteint l'étage des idées, les associe, formule des jugements et extériorise le raisonnement scientifique.

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