CHAPITRE IH UL PÂRALOGIE THÉMATIQUE CHEZ lESCHOU BAR-IOSSEF
(( Sauf quelques variations tenant au milieu social, à l'éducation, etc., écrit Séglas,les aliénés d'autrefois comme ceux d'aujourd'hui, ceux de pays, de langues différentes expriment tous au fond leur délire de la même manière*. »
En effet le langage de leschou bar-Iossef se retrouve identiquement le même chez les théomégalomanes des asiles contemporains.
Chez ceux-ci, les discours sont d'abord variés, puis ils deviennent monotones, le sujet tournant constamment dans un même cercle d'idées.
C'est ce que Kussmaul appelle la paralogie thématique.
Chez leschou bar-Iossef, les discours subirent la même évolution. Tout d'abord ils présentèrent une très grande variété de thèmes, d'idées, d'images et de style. Le lecteur pourra en juger s'il veut bien se reporter au ft Sermon sur la montagne».
Quelle complexité dans ce discours, d'ailleurs si prodigieusement surfait ! Promesses de bonheur à ceux qui l'écoutent, ordres aux disciples de le révéler au monde,
1. Séglas. Les Iroablei da langage chez les aliénez. Paris, RuefT, 1892, p. 2.
règles morales relatives à l'observation de la thora, au meurtre, aux injures, aux offrandes, à la concorde, à l'adultère, à la paillardise, au divorce, aux serments, à Taumône, à l'amour des ennemis, à l'humilité dans l'aumône, dans le jeûne et dans la prière, au pardon des offenses, à l'inutilité de l'épargne, à l'insouciance de la vie, à l'abstention de tout jugement, à la mendicité, aux faux prophètes, à l'obéissance qu'on lui doit. C'est un farrago où l'ivraie est mélangée au bon grain, une ripopée de surmoût et de vin vieux, un labyrinthe où l'on cherche en vain le fil directeur de la pensée. C'est une mosaïque où mille inscriptions s'enchevêtrent, sans qu'on puisse distinguer la plus importante des plus accessoires.
Trois ans s'écoulent. La même mosaïque apparaît à nos yeux. Mais, en ces trois années, elle a singulièrement vieilli. Le vent et la pluie ont écorché la pierre. Beaucoup de cubes sont tombés, laissant voir la grisaille du mur; et on ne lit plus de la rédaction première que les devises capitales, celles que l'ouvrier a le plus soignées, et l'on s'aperçoit que tout le reste n'était que du remplissage et ne servait qu'à dissimuler les affirmations lapidaires d'un orgueil tyrannique et obsédant :
« Je suis le véritable cep, et mon père est le vigneron ; tout sarment qui ne porte point de fruit en moi, il le tranche et il émonde le sarment fécond^ afin que celui-ci donne plus de fruit. Vous êtes déjà émondés à cause de la parole que Je cous ai dite. Demeurez en moi, et moi en vous. De même que la branche ne peut d^ elle-même porter fruit si elle nest attachée au cep, vous semblablement si vous ne demeurez