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VI. Mouvements chimiques

L'acide carboaique, l'alcool, l'éther, le chloroforme, le trional, la morphine, la cocaïne déterminent, suivant la substance employée :

La contraction des amibes ;

La coatractioa des cellules motrices de la feuille de * Mimosa pudica ;

La contraction des prolongements des neurones des mollusques gastéropodes et des annélides ;

La contraction des prolongements des neurones des ganglions abdominaux et cérébroîdes de certains crustacés;

La contraction des cellules pyramidales de la souris, du cobaye, du lapin, du chien (J. Havet, Micheline Stefanowska, Robert Odier, Soukhanoff, Wright.)

D'autre part, ces substances déterminent le sommeil anesthésique chez les animaux et chez l'homme.

Les toxines de la fatigue déterminent la contraction des prolongements des neurones des cornes antérieures de la moelle du cobaye et du lapin (Jean Demoor), des cellules pyramidales de la souris, de la fibre musculaire (crampe). Elles déterminent d'autre part le sommeil normal.

De tous ces faits il semble résulter que le mécanisme du sommeil consiste dans la contraction du bioprotéon du neurone et dans la formation, au sein de ce bioprotéon, de neuro-diélectriques infranchissables au courant nerveux.

Cette contraction se produit ordinairement chez les animaux et chez l'homme à la tombée de la nuit. Elle est due à la diminution de la lumière et du bruit, à une habitude imposée par la durée du jour terrestre et transmise par hérédité, enfin et surtout à l'intoxication des neurones par un des poisons que l'organisme élabore pendant la veille.

Ce poison, Vhypnotoxine^ a été isolé par Henri Piéron et Legendre^

C'est une diastase, non dyalisable, soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool et détruite par le chauffage à 65<>.

Engendrée par le métabolisme des nucléoprotéides au cours du travail cérébral, l'hypnotoxine agit sur place. En effet les individus composant le monstre double s'endorment et se réveillent indépendamment l'un de l'autre.

1. Henri Piéron. Le problème physiologique du êommeit. Paris, Masson,

Lorsqu'on résiste au sommeil, l'hypnotoxine est en partie détruite dans le foie — d'où la somnolence de Tinsuffisance hépatique^ — , puis elle s'accumule dans le sang et la lymphe et détermine, d'une part un besoin de sommeil irrésistible, d'autre part une altération des éléments nerveux. On constate, dans les grandes cellules pyramidales et les cellules polymorphes des circonvolutions frontales, l'ectopie du noyau et du nucléole, la dissociation des granulations chromatophiles et la multiplication des cellules névrogliques qui, peu à peu, phagocitent le neurone. Ces lésions existent par plaques. Elles sont d'autant plus étendues que le besoin de sommeil est plus pressant. Elles finissent par entraîner la mort, qui dans le supplice chinois de l'insomnie forcée arrive au bout de dix-huit jours, au milieu de souffrances terribles. Elles se réparent pendant le sommeil.

Le sommeil est donc indispensable au bon fonctionnement du neurone. On peut le comparer au repos de l'appareil électrophorique de la torpille, qui, après plusieurs décharges, a besoin d'un certain temps pour en produire de nouvelles.

Le sommeil de l'homme dure en moyenne huit heures sur vingt quatre. Il atteint son acmé pendant la deuxième heure et diminue progressivement jusqu'au réveil.

Le sujet qui est sur le point de s'endormir éprouve d'abord une sensation de légèreté dans la tête, de pesanteur dans les jambes et de tension dans les yeux. Puis la sensibilité diminue et disparait, ainsi que la mémoire. L'association des idées se fait d'une façon incohérente. Certaines images s'illuminent jusqu'à l'hallucination (hallucination hypnagogique et rêve).

Chez le sujet endormi, la transmission de l'influx ner-

1. Elle est probablement aussi détruite par les produits thyroïdiens. D'où la somnolence des crétins et des myxœdémateux.

veux est plus lente qu'à l'état de veille. Les seuils de l'excitabilité réflexe s'élèvent, surtout pour les réflexes oculaires et les réflexes cutanés de défense, qui sont des réflexes cérébraux. Le phénomène de Babinski apparaît, ce qui prouve que la moelle n'est plus en communication fonctionnelle avec le cerveau.

Dans presque tous les muscles, le tonus est affaibli. La station debout est impossible. La paupière, n'étant plus soutenue par son releveur» recouvre le globe oculaire. On observe parfois la chute du maxillaire inférieur. Le voile du palais se relâche et forme anche dans le courant d'air expiratoire,ce qui produit le ronflement.

La tonicité de la vessie est diminuée.

Les mouvements gastriques sont affaiblis. Les mouvements respiratoires augmentent d'ampleur et diminuent de fréquence; ils sont ralentis d'environ un quart pendant l'inspiration. Ils revotent le type thoracique, le diaphragme travaillant moins qu'à l'état de veille.

Les mouvements cardiaques sont également ralentis, surtout vers trois heures du matin.

Il existe une vaso-dilatation cérébrale et périphérique, se traduisant par la turgescence de la face, le gonflement des paupières, la tendance aux œdèmes, surtout aux œdèmes des doigts, au prurit et aux érections. On constate un abaissement de la pression sanguine.

Il y a diminution de l'absorption de l'oxygène, qui est en partie emmagasiné, diminution de la production et de l'élimination de l'acide carbonique (de telle sorte que le quotient respiratoire est plus faible qu'à l'état normal), diminution de l'élimination de l'eau par la peau et les poumons, diminution (au début du sommeil) de la sécrétion lacrymale (d'où la sécheresse, l'aspect terne et les picotements des yeux: « le marchand de sable passe »), diminution de la sécrétion salivaire (d'où la sécheresse

de la gorge), diminution de la sécrétion urinaire. Les urines contiennent moins d'eau, de chlorure de sodium, d'acide urique, d'urée, de créatine, de sulfates et de toxines qu'à l'état normal.

A ces phénomènes de circuit interrompu correspond un phénomène de court-circuit intéressant les neurones moteurs du sphincter irien,de Torbiculaire des paupières et du petit oblique, d'où myosis et direction supéro-externe des yeux.

Enfin il se produit un accroissement des processus trophiques et accumulateurs.

On peut dire que la vie est un éternel sommeil, parce qu'il y a toujours, dans l'écorce cérébrale, un certain nombre de neurones en état de contraction. En effet, nous ne pouvons, dans le même moment, éprouver toutes les sensations, avoir tous nos souvenirs présents à la mémoire, faire se contracter toutes nos fibres musculaires. Ce que nous appelons la veille complète n'est donc que le premier degré du sommeil. Les autres degrés sont la distraction, la torpeur, la somnolence, le sommeil, la léthargie, la sopeur, le coma, le carus.

En revanche il n'y a pas de sommeil complet, un grand nombre de neurones affectés à la vie végétative et même de neurones mnésiques fonctionnant pendant la nuit. De là le rêve, de là l'appréciation du temps et ces réveils à heure fixe, à quelques secondes près, signalés par Vaschide*.

Plus les phytoblastes contractiles d'une feuille dormante sont jeunes, plus ils se rapprochent de l'amibe dans la série phylogénique et plus la fermeture de la feuille sous l'influence des différents modes du mouvement est rapide, complète et durable.

1. Vaschide. Le sommeii et les rêves, Paris» Flammarion, 1911.

De même plus le neurone est jeune, plus il se rapproche du leucocyte et de l'élément neuro-musculaire dans la série histogénique et plus le sommeil est facile, durable et profond. La cataplexie, commune chez les espèces inférieures : insectes, arachnides, crustacés, batraciens, reptiles, poissons, oiseaux, est rare chez les mammifères. L'enfant, le sauvage, le primitif, l'arriéré s'endorment vite, dorment beaucoup, dorment profondément. (La vie du fœtus se réduit au sommeil. Le nouveau-né dort 22 heures sur 24.)

Ces mômes sujets entrent plus facilement en état d'hypnose que l'homme adulte et bien portant. Les nègres et les mongols sont plus aisément hypnotisables que les aryens.

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