CHAPITRE II
LES INSOMNIES CHEZ lESGHOU BAR-IOSSEF
Le sommeil étant dû à la contraction des neurones sous l'influence de Thypnotoxine et de la cessation des excitations intellectuelles, les causes de l'insomnie peuvent être rangées sous les trois chefs suivants :
1<^ Diminution de la contractilité des neurones par hétéro-intoxication (alcooliques), auto-intoxication (inanitiés, fatigués, vieillards) ou infection (diverses maladies, en particulier la tuberculose) ;
2^ Diminution dans la production de Thypnotoxine (inactivité) ;
3® Continuation des perceptions (bruit, lumière, excitation tactile) ou des opérations intellectuelles sous l'influence d'une passion, d'une préoccupation, d'une idée fixe, de perceptions en retour (hallucinations ').
L'insomnie est habituelle chez les névropathes, en particulier chez les hystériques et les aliénés.
<i L'insomnie, écrit Marvaud, ne fait presque jamais défaut dans la période d'acuité de toutes les formes de
1. Vismard. De Finsomnie, Thèse de MontpeUier. 1902. Pierre Janet. LinêomnU par idée fixe subsconciente. Presse médicale, 28 juillet 1897.
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l'aliénation mentale ^ » « L'insomnie, écrit Kéraval, est l'un des premiers symptômes de la folie ^. »
Certains aliénés restent des semaines, des mois sans dormir. Ils paraissent d'ailleurs résister mieux que les normaux à la privation de sommeil.
L'insomnie s'observe en particulier chez les monomanes ou paranoïaques. « Ces malades, écrit Esquirol, mangent beaucoup et dorment peu 3. »
C'est surtout à la première et à la seconde période de la folie systématisée qu'on observe ce symptôme. Pendant la première période, l'insomnie est due aux troubles de la cénesthésie et au travail cérébral qu'ils engendrent. Pendant la seconde période, à la rumination passionnée de l'idée fixe, qui souvent se projette au dehors sous forme d'hallucinations. <( Les hallucinés en général dorment mal dans l'état d'attention expectante où ils se trouvent, écrit Trénel... Mais c'est dans le cas d'hallucinations psycho-motrices que le réveil nocturne peut se montrer avec la dernière évidence en rapport avec les troubles de l'innervation motrice et sensorielle^. »
L'insomnie est particulièrement tenace pendant les paroxysmes de la paranoïa. « C'est ordinairement par l'insomnie, écrit Renaudin, que commencent les retours des accès périodiques^. »
L'insomnie a été signalée dans la mégalomanie.
« Dans la monomanie ambitieuse, écrit Edward Pepper, l'insomnie et la constipation sont opiniâtres. Des rêves
1. Angel Marvaud. Le sommeil el Vinsomnie, Paris, Baillière, 1881, p. 87.
2. Kéraval. Êiai physique des aliénés. Le sommeil. Revue de Thypnotisme, 1897.
5. Esquirol. Traiié des maladies mentales, Paris. Baillière, 1838, t. II, p. 29.
4. Trénel. Traitement de Pagitation et de Vinsomnie, Compte rendu du XIIl* Congrès des aliénistes français. Bruxelles, 1903, p. 7.
6. Renaudin. Sur C influence pathogénique de Vinsomnie. Annales médicopsychologiques, SI* série, t. III, p. 384 et suivantes.
troublent le sommeil, qui est incomplet et de plus en plus difficile ^ »
L'insomnie a été également signalée dans la paranoïa religieuse, surtout pendant la période hallucinatoire. Edward Pepper parle « de l'insomnie extatique des visionnaires'^ )>. Les paranoïaques mystiques, écrit Soliman Nagaty, « se lèvent pendant la nuit et s'abandonnent à leurs visions^ ». «Les âmes fort avancées dans l'oraison passive ou de quiétude, disait le père Falconi, éprouvent une chose fort surprenante, c'est qu'elles n'ont la nuit qu'un demisommeil^. » Cette insomnie est aggravée par le jeûne.
I. Le confiseur Makarios (d'Alexandria) (iv« siècle après leschou bar-Iossef) se relira dans le désert de Nitria pour s'y livrer à Tascétisme. Il n'absorbait que quelques bouchées de pain par jour. Pendant tout un carême, il ne mangea que le dimanche et des feuilles de chou crues.
II passa vingt jours et vingt nuits sans dormir. Il fut sanctifié.
II. La sainte Lidwine (de Schiedam) (i38o-i4 avril i433) était la neuvième enfant de parents pauvres. Elle était tuberculeuse et fut malade pendant trente-trois ans.
Elle mangeait extrêmement peu.
Elle avait des extases, des hallucinations scéniques et lumineuses, voyait les anges et conversait avec eux.
Elle avait aussi des hallucinations de transport. « Elle visitait souvent avec son ange les lieux saints... Une fois comme elle parcourait avec lui des lieux charmants et très éloignés, elle glissa en marchant et tomba sur le pied droit. Elle dit ellemême qu'elle avait eu parfaitement conscience de la douleur que lui avait causée cette chute... Une autre fois, comme elle vi-
1-2. Edward Pepper. De l'insomnie. Thèse de Paris, 1877, p. 36.
3. Soliman Nagaty. Contribution à Vétade de la folie religieuse. Thèse de Paris, 1886, p. 23.