CHAPITRE PREMIER
HISTOIRE DE LA DÉCOUVERTE DE LA FOLIE DE lESCHOU BAR-IOSSEF
Il n'y a rien de nouveau sous le soleil.
Lorsque j'eus acquis la conviction que leschou bar-Iossef était un aliéné, je crus avoir mis la main sur le levier qu'Arkhimédès réclamait pour soulever le monde. Le tiers de l'humanité, me disais-je, est composé de chrétiens. L'organisation des nations aryennes est fonction de leurs croyances : tout repose encore sur la chrétienté. La chré* tienté repose elle-même sur la croyance en la divinité de leschou bar-Iossef. S'il est démontré que leschou barlossef ne fut qu'un aliéné, la religion, la morale traditionnelle, les trois églises chrétiennes, les dix-sept monarchies, les républiques pseudo-républicaines, tout se disloque, tout s'ébranle, tout croule et l'humanité, enfin délivrée de ses chaînes, peut s'organiser sur des bases nouvelles, sur la science et sur la raison.
Ah ! jeunesse î Mais qu'oserions-nous sans les illusions ?
Tout d'abord il me fallut en rabattre quant à la nouveauté de ma découverte.
Les recherches bibliographiques que je dus faire, pour étayer ma conviction et la faire partager aux hommes de science, me permirent de constater que la folie de les-
chou bar-Iossef avait été affirmée longtemps avant moi, par d'autres mêmes que par des aliénistes.
Mon seul mérite, si tant est que la notion du déterminisme et de l'interdépendance des forces permette de concevoir un mérite personnel, -fut d'approfondir la question, de l'étudier sous toutes ses faces, d'analyser chaque symptôme, de ne rien affirmer sans preuves et de n'apporter les conclusions qui vont suivre qu'après dix années de travail. J'ai eu la chance d'avoir une idée fixe, un sentiment durable, une passion.
Quant à l'efficacité de la vérité nouvelle, je ne tardai pas à me rendre compte qu'elle était de beaucoup inférieure à mes prévisions.
La vérité est comme le radium. Elle contient en elle, sous un petit volume, une grande réserve d'énergie, mais cette énergie rayonne avec lenteur et d'une manière insensible. Les hommes qui savent reconnaître la vérité ne sont pas nombreux. Ceux qui la respectent sont plus rares encore. Ceux qui s'emploient à la répandre au risque de compromettre leur situation, leur fortune ou simplement leur tranquillité, constituent vraiment l'exception. C'est dire combien il faut de temps à une vérité qui touche à la religion ou à la morale pour faire son chemin dans le monde.
Mais, dira-t-on, il y a la presse, il y a la feuille anonyme et légère qui emporte la semence et la répand sur les guérets. Ne nous exagérons pas l'influence de la presse. Elle ne crée pas l'opinion : elle la résout en formules. Elle ne la dirige pas : elle en est l'esclave, elle ne peut subsister sans lui obéir. Ce qui guide le lecteur dans le choix de sa gazette, ce n'est point le désir de découvrir la vérité et d'y conformer ses pensées, c'est le besoin de nourrir ses affections et ses haines, de fortifier ses erreurs, de s'innocenter à ses propres yeux. Le
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caractère, le tempérament et, en dernière analyse, la composition chimique, voilà ce qui oriente, cohère et agglutine les idées et voilà sur quoi s'édifie cette forteresse imprenable, faite des opinions de chacun et qui est l'opinion de tous.
L'évolution de l'opinion suit l'évolution de la race. Elle approche de la vérité quand la race s'améliore. Elle s'éloigne de la vérité quand la race dégénère, et ce ne sont point les linotypes et les machines Marinoni qui empêcheront les nations intoxiquées par l'alcool de verser dans le mysticisme, le monarchisme, le nationalisme ou l'anarchisme et de préparer, par les excitations de leurs chauvins et les violences de leurs démagogues, l'invasion, l'insurrection, la désorganisation sociale !
Le directeur d'un grand journal parisien me disait un jour : « Nous serons amenés par la force des choses à exposer vos idées sur Jésus de Nazareth. Pour le moment, Vopinion n'est pas mûre^ nous ne serions pas suivis et nous perdrions des lecteurs. »
11 avait tout à fait raison. Les journaux étrangers, journaux de monarchies et d'empires, qui ont essayé de répandre ma thèse, parce qu'ils en voyaient les applications politiques, n'ont pas réussi à la faire pénétrer dans la foule. Elle est restée à l'étage des psychologues et des médecins.
A l'obstacle qui consiste dans la lenteur de l'évolution cérébrale des foules il faut ajouter celui qui procède de la suggestion. Les erreurs imposées pendant l'enfance font en quelque sorte partie de la substance des neurones. £lles ressemblent à ces impuretés que les coquilles englobent au cours de leur développement. Trop souvent la logique ne peut rien contre elles.
« Pour la masse des hommes, écrit Herbert Spencer, la rigueur des raisonnements et l'accumulation des faits
sont impuissantes à détruire les convictions qui remontent à leur enfance K »
C'est donc avec lenteur que la vérité se répand dans le monde et c'est une tâche amère que celle du pionnier. 11 ne connaît guère que les joies de l'espérance, heureux si, épuisé par son travail solitaire, il rencontre, au seuil du sépulcre, pour leur passer la torche qui tremble dans sa main, quelques disciples reconnaissants.
La vérité que je me suis attaché à défendre commença à apparaître du vivant môme de leschou bar-Iossef . Ce fut d'abord une petite étincelle, un feu follet, une clarté furtive. C'est aujourd'hui, pour les moins aveugles, presque un météore, un flambeau.
LA MÈRE ET LES FRÈRES DE lESCHOU BAR-IOSSEF
leschou bar-Iossef fut considéré comme un aliéné de son vivant même et par ses propres parents. Nous lisons, en effet, dans V Evangile selon lohanan dit Markos que :
« sa mère et ses frères ^ informés de ses actes j.., se mirent en route pour le saisir ^ car ils le disaient hors de