PAUL DIETRICH VON HOLBACH
(1723 — 21 janvier 1789.)
Paul Dietrich, baron d'Holbach, néàHeidelsheim, dans le duché de Bade, en 1723, se fixa de bonne heure à Paris.
Très riche, célèbre par les soupers fins qu'il offrait aux philosophes, il se fit aider par Diderot, Lagrange et Naigeon dans la rédaction de ses livres, où les audaces de la perscrutation allemande s'allient au bon sens, à la clarté et à l'esprit français.
L'un d'eux, publié sous le voile de l'anonymat, est intitulé Histoire critique de Jésus-Christ ou Analyse raisonnée des évangiles.
C'est un ouvrage d'importance. Pour la première fois depuis dix-huit cents ans, les biographies de leschou barlossef sont soumises à l'épreuve de la raison, dégagée de tout préjugé et de toute croyance.
Paul Dietrich décrit avec exactitude le caractère de leschou bar-lossef. 11 le montre orgueilleux, triste, haineux, vindicatif, tour à tour audacieux et pusillanime. A la page 175 du tome II, nous lisons cette phrase :
« Pilate s'aperçut aussitôt que c'était une affaire dans laquelle le fanatisme et la folie avaient la plus grande part. »
Et plus loin ce passage capital :
« Jésus put de très bonne heure être vraiment persuadé et de la noblesse de sa race et du merveilleux dont sa naissance avait été accompagnée. Ces idées ont pu influencer son ambition par la suite et peu à peu lui faire croire qu'il était vraiment destiné à jouer un grand rôle dans
DÉCOUVERTE DE LA FOLIE DE lESCHOU BAR-IOSSEF 305
son pays. Préoccupé de ces notions sublimes, il acheva de s'y confirmer et de s'enivrer de plus en plus par la lecture des prophéties obscures et par l'étude des traditions répandues dans son pays. Il est donc très possible que notre aventurier soit parvenu à se croire appelé par la Divinité et désigné par les prophètes pour être le réformateur, le chef, le Messie d'Israël. En un mot il fut un visionnaire et trouva des gens assez simples pour donner dans ses rêveries ^ »
Selon Paul Dietrich, ce visionnaire était, par surcroît, un imposteur et un « charlatan - » :
« Un mélange assez constant d'enthousiasme et de fourberie paraît constituer le caractère de Jésus ^, »
« Cet homme a pu être un fanatique, qui se crut réellement inspiré^ favorisé du ciel^ envoyé à sa nation ^ en un mot un Messie^ et, pour appuyer sa mission divine il ne fit point de difficultés d'employer les fraudes les plus propres à réussir auprès d'un peuple à qui il fallait absolument des miracles ^. »
Cette opinion ne peut se défendre que pour la cure de l'aveugle-né et la résurrection d'Eleâzar, thaumaturgies désespérées qui s'expliquent par l'indifférence des sophérim à l'égard des cures de névropathes dont se targuait leschou bar-Iossef. Quant à celles-ci, elles furent réelles, sincères et relèvent de la suggestion à l'état de veille. J'en ai fourni la preuve dès 1902 5.
1. Paul Dietrich von Holbach. Histoire critique de Jésus-Christ, t. II, p. 241-242.