Évangile de Lucaif II
sont les missions, ce sont les sermons véhéments, ce sont les prédications qui peignent en vives couleurs les calamités de l'Église. Nous avons vu, il y a deux ans, à la clinique, une jeune fille de mœurs très pures qui s'imaginait qu'elle était devenue la maltresse du diable depuis que son intelligence avait été profondément remuée par des sermons qu'elle avait entendus.
« Dans le nord de l'Irlande, en pays protestant, une épidémie de délire mystique se manifesta, il y a quelques années, à la suite de prédications destinées à amener un réveil religieux ; et, comme les jeunes filles et les enfants, qui fournissaient à l'épidémie le plus grand nombre de victimes, présentaient en même temps des phénomènes névropathiques divers, le peuple, qui n'y entend pas malice, donnait à cette maladie le nom de la religion hystérique (hysterical religion).
« Nous rencontrons ici le deuxième caractère fondamental de la maladie, elle est essentiellement épidémique et contagieuse, et l'histoire a conservé le souvenir des principales épidémies de ce genre qui se sont produites à des époques diverses.
« Mais, comme toutes les autres variétés du délire, la folie religieuse peut offrir deux formes principales : la forme expansive et la forme dépressive ^ A la théomanîe correspond la démonomanie.
« Sans doute le diable joue un grand rôle dans les préoccupations des saints. Ils se trouvent constamment en lutte avec lui ; ce n'est, il est vrai, que pour le vaincre et pour le chasser. Mais le rôle de Satan est tout autre quand il est le maître et quand il tyrannise ses victimes. Au délire qui prend cette forme on donne le nom de démonomanie...