‹ La folie de Jésus (volume 2)Chapitre 255 sur 298 · Évangile de lohanan bar^Zébadya, XII · texte numérisé non relu

Évangile de lohanan bar^Zébadya, XII

« Parmi les mutilations que s'infligent volontairement ces aliénés, Tune des plus fréquentes est la castration. L'un des plus zélés défenseurs du christianisme primitif^ Origène, nous en a donné l'exemple, et l'on sait qu'il existe en Russie une secte assez nombreuse, les skoptzi, pour lesquels l'extirpation, complète ou non, des parties génitales est un acte de foi.

« Il est une autre torture que les malades se plaisent souvent à s'infliger, c'est la crucifixion ; et, sous ce rapport, ils jouent tantôt un rôle actif, tantôt un rôle passif. Plus d'un aliéné a cloué ses propres enfants sur la croix. Plus d'un aliéné s'est crucifié lui-même et avec une ingéniosité perverse, après s'être servi de la main droite pour s'enfoncer les clous aux deux pieds et à la main gauche, a trouvé le moyen de se transpercer la main droite restée seule libre.

« Mais ce sont là des manifestations destinées le plus souvent à éveiller l'attention d'un public indifférent. Il n'en est pas de même du suicide, l'une des conséquences les plus fréquentes de la théomanie, ni de l'assassinat, auquel ces malades sont souvent poussés par une voix mystérieuse...

« Enfin, pour compléter la série de leurs délits, les aliénés religieux sont souvent poussés à mettre le feu.

<c On le voit donc, les malades de cette catégorie peuvent toujours être dangereux, surtout quand ils ont des hallucinations ; il est donc utile de les enfermer ; il n'en est pas moins vrai que plusieurs d'entre eux restent parfaitement inofl'ensifs jusqu'à la fin de leur vie, mais on a toujours raison de s'en défier.

« Au milieu de cette carrière triomphale, semée de visions célestes, et pendant laquelle les illuminés ne voient chez tous ceux qui contestent leur mission divine que des suppôts du diable et des serviteurs de l'enfer, il leur

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Il eut des idées de mutilation, des idées de castration, et il n'est pas sûr qu'il s'en soit tenu à l'idée et qu'il n'ait pas accompli l'acte qui devait plus tard illustrer Origénès et les Skoptzi.

Il frappa les marchands et les changeurs du temple avec un paquet de cordes, mais il les eût aussi bien frappés avec un bâton ou 'une hache si elle fût tombée sous sa main.

C'était donc un malade dangereux et il parut utile au grand sanhédrin de le mettre dans l'impossibilité de nuire.

Au milieu de sa carrière triomphale, semée de visions célestes, et pendant laquelle cet illuminé ne voyait chez tous ceux qui contestaient sa mission divine que des suppôts de Schatan (« V ivraie (les incrédules) ce sont les fils

arrive plus d'une fois, et c'est là un caractère important de la maladie, d'éprouver des accès violents de doute et de désespoir. Dieu les abandonne, Dieu ne les a jamais appelés. Le démon les assiège, ils ont un sentiment profond de leur propre indignité et se croient incapables d'accomplir la mission providentielle dont ils sont chargés. Ils redoublent alors de ferveur, de prières et de macérations, et bientôt les effets de ce régime se font sentir. Plus d'un mystique, privé momentanément de ses visions célestes, a fait renaître ses hallucinations en se livrant au jeûne, à l'abstinence et à l'exaltation. La folie reprend alors son cours ordinaire.

« La durée de la période d'état dont nous venons de parler peut être extrêmement longue. Elle couvre souvent une surface de plusieurs années.

<( Mais, placés dans des asiles ou entourés de conditions favorables^ ces malades, après un certain laps de temps, tendent à se calmer. L'insomnie disparaît, la santé s'améliore, l'esprit se repose et bientôt ils arrivent à une sorte de résignation paresseuse qui constitue la troisième période de la maladie.

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du Mauvais et V ennemi qui Va semée le diable^ ». « Vous (les pérouschim) êtes fils du diable et ce sont les désirs de votre père que ifous voulez accomplir ^ »), il lui arrivait d'éprouver des accès violents de doute et de désespoir (« Le Fils de l'Homme va être livré awx: mains des hommes, lesquels le mettront à mort'^f ». « Elohim! Elohim! pourquoi m^aS'tu abandonné^! »). Dans le désert de Judœa, le démon l'assiège et les propos dubitatifs qu'il lui prête (« Si tu es le fils d'Élohim^ ordonne que ces pierres deviennent des pains ^ ». « Si tu es le fils d* Elohim y jette-toi en bas^ (du temple) », témoignent qu'il eut le sentiment de son indignité et se crut incapable d'accomplir la mission providentielle dont il était chargé. Il redoubla alors de macérations, s'abstenant de nourriture pendant de longs jours, et l'on peut croire que ce jeûne, que cette abstinence, jointe à l'exaltation, fut pour beaucoup dans les hallucinations qui l'assaillirent pendant ce paroxysme.

La période d'état de sa folie dura au moins trois ans et elle ne fut interrompue que par sa condamnation à mort.

Parfois il dissimulait son délire de façon à donner l'illusion d'une rémission temporaire, d'une reconnaissance au moins partielle de ses erreurs. (Après avoir dit: « Qui me reniera devant les hommes^ moi aussi je le renierai devant mon père ^ », il disait : <( AV pensez point que je vous doive accuser devant mon père '^ » . Après avoir dit : « Qui n'accueille point ma parole a son juge; le

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