PHYSIOLOGIE DE L'ACTIVITÉ NORMALE
Les actes résultent de la transformation, au travers de l'organisme, des mouvements du monde extérieur qui ont impressionné les organes des sens : frottements, pressions, chocs, ondulations lumineuses, sonores, thermiques, électriques, odorantes, sapides et surtout réactions chimiques produites par la digestion, l'assimilation et la désassimilation des aliments, les phénomènes de métabolisme.
Dans les bâtonnets et les cônes de la rétine, dans les
cellules ciliées du piano de Gorti, dans les cellules olfactives de Schultze, dans les cellules gustatives, dans les corpuscules tactiles de Pacini,de Ruffini et de Meissner, dans les corpuscules de la volupté, dans les arborisations des nerfs thermiques, dans les inextricables ramifications du sympathique affectées à la cénesthésie, les divers mouvements du monde extérieur se résolvent en un mouvement unique, V ondulation nerveuse^ susceptible de traverser les neurones ou d'y accumuler son énergie sans les altérer.
Dans son trajet le plus complet, l'ondulation nerveuse suit les nerfs centripètes, fait vibrer les neurones sensoriels, imprime ou réveille les souvenirs dans les neurones mnésiques, donne lieu à l'association des images et des idées, au jugement et au raisonnement, ébranle les neurones moteurs supérieurs, où elle détermine un état de conscience qu'on appelle la volition, s^engage enfin dans les nerfs centrifuges et provoque la contraction musculaire, par laquelle l'énergie, empruntée au monde extérieur, lui est restituée.
Toute sensation, toute image, toute idée n'est donc que le prélude d'une contraction musculaire.
Un aliéné aboulique disait à Esquirol après sa guérison : Cl Mon manque d'activité venait de ce que mes sensations étaient trop faibles pour exercer une influence sur ma volonté*. »
Aux yeux de Meynert, le souvenir est moteur.
Pour Bain, « l'idée est fait sous une forme plus faible. Penser, c'est se retenir d'agir 2 ».
Pour Alfred Fouillée, « l'idée est un acte à l'état naissant** ».
1. Cité par Ribot. Le< maladies de la volonté. Paris, Alcan, 1912, p. 50.
2. Bain. Les sens et V intelligence. Paris, Germer-Baillièrc, 1874, p. 298.
3. Alfred Fouillée. La psychologie des idées forces. Paris, Alcan, 1893.
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Pour Setchenoff, penser est un réflexe réduit à ses deux premiers tiers.
Féré* a démontré, par des expériences do laboratoire, « raction dynamogène )) des sensations. La preuve de son action nous est d'ailleurs fournie par l'observation journalière. L'image d'un bon plat fait se contracter les glandes salivaires : « L'eau nous en vient à la bouche. » L'image de la viande pourrie fait se contracter le diaphragme et provoque la nausée. Une scène erotique fait se contracter les muscles de l'érection. Une triste nouvelle fait se contracter les glandes lacrymales et couler les pleurs.
Les résidus des sensations, c'est-à-dire les images et les idées, possèdent également un pouvoir dynamogène. L'idée de la chute, chez une personne placée dans une position dangereuse, peut déterminer les contractions musculaires capables de la provoquer. Dans l'expérience de Ghevreul, l'idée qu'une balle de plomb, tenue au bout d'un fil, peut se mettre à osciller détermine les contractions nécessaires pour que cette oscillation se produise. Dans les séances spiritiques, la table où les assistants ont posé leurs mains traduit, par ses mouvements, les réponses que font mentalement aux questions posées un ou plusieurs des assistants, qui appuient sur la table sans en avoir conscience.
Comme les neurones à images et à idées, les neurones moteurs se laissent frayer par les ondulations nerveuses. Comme eux, ils sont doués de mémoire. Comme eux, ils se reproduisent chez le descendant avec leurs tracés. Le jeune chamois, à peine sorti du ventre de sa mère, la suit à la course et bondit avec elle de rocher en rocher. Les neurones moteurs sont disposés en pyramide. Les