Féré. Sensation et mouvement, Paris, Alcan
inférieurs, ceux du bulbe, da cervelet et des gaDgHan& encéphaliques, commandent les mouvements simples. Les supérieurs, ceux de Técorce cérébrale, commandent les mouvements compliqués.
Ces derniers ne sont que des agents de réalisation. Us. n'entrent pas dans les détails de l'acte. Ils ne font qae diriger les ondulations nerveuses sur les neurones moteurs moyens et inférieurs. Les ondulations une fois parties, ils sont, quant aux résultats, dans une ignorance égale à celle du président Wilson lançant le courant électrique qui devait ouvrir l'isthme de Panama et faire communiquer les deux mers.
« Lorsque je veux mouvoir mon bras, écrit Dugald Stewart, soudain le mécanisme qui doit produire le mouvement s'arrange et entre en action ; je n'ai d'autre pensée que celle d'une fin à atteindre. Mais les moyens à l'aide desquels cette fin est atteinte ne sont ni combinés, par ma raison, ni soumis à mon examen. i>
Or, grâce aux anostomoses des neurones inférieurs entre eux, les ondulations nerveuses émanant des organes sensoriels peuvent ne pas suivre le trajet que je viens de décrire. Elles peuvent couper au plus court et passer des nerfs centripètes aux nerfs centrifuges sans toucher les neurones mnésiques et moteurs supérieurs. De là deux sortes de mouvements :
1<» Les mouvements sous-corticaux, simples, brusques, invariables, ne s'accompagnant d'aucun phénomène intel-^ lectuel. Ce sont des réflexes;
2« Les mouvements corticaux, compliqués, lents à se produire, variables comme les relations des neurones de l'écorce entre eux et s'accompagnant de phénomènes intellectuels. Ce sont les actes.
Tous nos réflexes ont commencé par être des actes. Dans le système nerveux primitif ou ganglionnaire.
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chaque ganglion était un petit cerveau. Puis les ganglions dorsaux se groupèrent de façon à constituer la moelle, dont les divers segments, pendant longtemps encore, réalisèrent des actes compliqués et conscients. Si Ton coupe en deux une mante religieuse et que Ton en renverse le tronçon supérieur, ce tronçon se retourne et reprend son équilibre. Les pattes postérieures d'une grenouille coupée en deux ou d'un triton décapité fuient ou repoussent, par des mouvements appropriés, l'agent qui les irrite. Le canard peut courir et voler après avoir été privé de sa tête. Russ (de Strasbourg), ayant amputé la tête d'un lapin avec des ciseaux mal affilés de façon à hacher les parties molles et à obturer les artères, vit l'animal, réduit à sa moelle épinière, s'élancer de la table de vivisection et parcourir la salle avec des mouvements réguliers*.
Chez les animaux supérieurs, la moelle, le bulbe, le cervelet agissent encore intelligemment, quoique d'une façon inconsciente. Est-il rien de plus intelligent que la déglutition, que la respiration, que l'éternuement et la toux, manœuvres protectrices des voies respiratoires, que la circulation, la sécrétion, les excrétions, l'éjàculation, l'accouchement et ces mouvements d'équilibre qui permirent à Blondin de traverser le Niagara sur une corde tendue ? Mouvements si intelligents et si compliqués que Tanatomiste et le physiologiste ne peuvent les reproduire au moyen de leur cerveau, bien qu'ils en connaissent le mécanisme, et sont obligés de donner carte blanche à leur système nerveux infracortical.
Le trajet des ondulations nerveuses qui provoquent les réflexes est actuellement composé de neurones mûrs» myélinisés, fixés, dès la naissance, dans leur forme et leurs relations. Mais, chez nos premiers ancêtres dans la
1. Prosper Dcspine. Élude scienlifique sur le somnambulisme. Paris, Savy,
série animale, il n'en était pas ainsi. Ces neurones se rapprochaient beaucoup plus qu'aujourd'hui de Tamibe, de Télément neuro-musculaire, du leucocyte, dont ils proviennent dans la série histogénique ; ils étaient amyéliniques, contractiles, doués de conscience. En les traversant sans cesse, l'ondulation nerveuse les a peu à peu frayés. Ils se sont, sous son influence, durcis, concrètes, immobilisés et ils ont contracté entre eux des relations immuables. Leurs molécules, disposées dans le sens de l'ondulation, n'opposent plus aujourd'hui d'obstacle à son passage et, par suite, ils ne sont plus le lieu d'aucun phénomène de conscience, car la conscience résulte d'un frottement : elle est comparable à la phosphorescence.
Ce phénomène de maturation se reproduit chez l'individu, comme il s'est produit dans Tespèce. C'est ainsi que la marche, la natation, la manœuvre de la bicyclette, la manipulation des appareils télégraphiques, de la machine à écrire, des instruments de musique, qui tout d'abord s'effectuent avec lenteur et s'accompagnent d'attention, de volition et d'effort, finissent par devenir aussi rapides qu'inconscients.
Un temps très long peut s'écouler, des heures, des jours, des mois, des années, entre l'impression sensorielle et l'acte correspondant, le sujet restant en état d'expectation ou de trêve armée. Cela tient à ce que le neurone est un accumulateur de force nerveuse. C'est môme l'accumulateur le plus parfait qui soit, celui qui, sous le plus petit volume, peut contenir le plus d'énergie. Quelle puissance d'accumulation suppose par exemple le travail d'un coureur cycliste entre ses deux repas ! C'est parmi les corps organiques voisins de la substance nerveuse qu'il faut chercher Télectrolyte de l'avenir.
Plus les neurones mnésiques sont nombreux, plus est
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long le trajet labyrinthique parcouru par les ondulations nerveuses entre l'impression sensorielle et la contraction musculaire, plus sont nombreuses les images et les idées qu'elle éveille en passant et plus l'acte est réfléchi, plus il tarde à se produire, mieux il est adapté à ses fins. Mais aussi, beaucoup de Ténergie recueillie par les sens se dépensant dans Tidéogenèse (qui s'accompagne d'élévation de température et qu'on peut appeler une selfinduction cérébrale), moins il comporte de travail musculaire. Le penseur exclut l'homme d'action : « penser c'est se retenir d'agir ». Chez l'enfant, dont la plupart des neurones sont des tables rases, toute sensation se transforme immédiatement en acte. L'enfant et ses analogues, le dégénéré, le sauvage, le barbare, l'adulte sans culture, ne sont que gestes et que cris. Puis, à mesure que l'écorce cérébrale s'enrichit de tracés nouveaux, on voit diminuer cette exubérance. De sensoriomotrice l'activité devient idéo-motrice sous l'influence de l'instruction. L'homme qui s'élève dans le monde des idées générales et des abstractions en arrive môme à ne plus agir que dans la limite nécessitée par la conservation de sa vie.
Le champ de notre conscience est limité dans l'espace et dans le temps. L'arc polyneurique suivi par le courant nerveux entre l'impression sensorielle et la contraction musculaire est en effet situé, presque tout entier, au-dessous du champ de la conscience. D'autre part, si l'acte tarde à se produire, ses antécédents mentaux, sensations et sentiments, images et idées, mobiles et motifs, sont oubliés en partie (si tant est qu'ils aient été pleinement conscients) au moment où se produit la détermination, cette résultante, ou la volition, ou la contraction musculaire. Autrement dit, nous n'avons jamais présents à l'esprit, au moment où nous exécutons
un acte, l'ensemble du phénomène nerveux dont il est l'aboutissant. Aussi ne nous rendons-nous pas compte de son origine extérieure ; aussi nous figurons-nous qu'il a son origne en nous-mêmes et que nous en sommes la •cause initiale, unique et déterminante.
Illusion profonde et source d'illusions !
Gomme le dit excellemment Dallemagne, « les motifs déterminants de notre activité consciente ne sont autres que ces poussées, ces effluves qui constamment se dégagent des centres inférieurs^ » et, « quand au sein des territoires les plus spontanés de l'écorce, une détermination surgit tout à coup sans rien trahir de ses origines, il n'y a là qu'une inconnue momentanée, due à l'imperfection de nos moyens d'investigation'^ ».
« Les processus cérébraux marqués de conscience, écrit-il encore, ne sont qu'une très minime partie de ceux qui se produisent dans ces régions supérieures où la conscience a coutume d'intervenir. Nous réfléchissons, associons, classons, synthétisons dans une mesure bien supérieure à celle que nous fournit la conscience. L'inconscient est autrement actif que le conscient. Quand la volonté éclate spontanément, cette spontanéité ne nous apparaît telle que par suite du caractère inconscient des opérations qui l'ont précédée 3. »
« Chaque volition, écrit Ribot, plonge jusqu'au plus profond de notre être : les motifs qui l'accompagnent et l'expliquent en apparence, ne sont jamais qu'une faible partie de sa véritable cause'». »
Autrement dit, l'homme normal est dans la situation de l'hystérique hypnotisé à qui l'on ordonne d'exécuter un
1. Dallemagne. Physiologie de la volonté, Paris, Masson, sans date, p. 60.