PHYSIOLOGIE DE L'ACTIVITÉ MORBIDE
Des rapports qui existent entre les neurones sensoriels, sentimentaux, mnésiques et moteurs supérieurs il résulte que notre manière d'agir présente les plus grandes analogies avec notre manière de sentir et de penser.
Chez l'aliéné, à l'anomalie des sensations, des sentiments et des idées correspond une anomalie des actes.
L'activité du paranoïaque, systématisée et cohérente, «st en relation étroite avec son délire et sa passion vésanique. De même que la gourmandise, l'érotisme, l'avidité, l'ambition, la paresse, l'amour de la beauté ou l'amour de la pensée oriente dans un sens déterminé la vie de chacun de nous, détermine le choix de la profession, des relations et de la résidence, de même l'orgueil, l'amour, la haine ou la crainte pathologique se manifeste constamment dans les actes du paranoïaque, par l'intermédiaire des idées et des hallucinations. Le paranoïaque agit en vertu de son erreur primordiale comme si cette erreur était une vérité et ses actes, motivés, réfléchis, délibérés, prémédités, obéissent à un déterminisme opiniâtre. Toutefois cette pondération n'est pas, chez eux, constante. Comme tous les dégénérés, ces malades sont sujets aux impulsions.
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Les impulsions sont la conséquence d'une diminution de capacité du réservoir cérébral.
Plus un sujet possède de neurones mnésiques et plus ses actes sont mûris, mieux il sont adaptés à ses besoins et aux nécessités sociales. Mais que, dans Técorce, quelques chaînes de neurones ne se soient pas développées et il en résultera (Pénergie introduite dans le système nerveux restant la même) un phénomène de court-circuit sur les neurones existants, en particulier sur les neurones moteurs supérieurs. En même temps que la comparaison des mobiles et des motifs sera sans étendue et sans force, les actes revêtiront la simplicité, la soudaineté et la violence des réflexes. C'est ce qu'on observe chez le nouveau-né, que Wirchow appelle un « être spinal » et Dallemagne un « être sous-cortical », parce que son cerveau, de consistance gélatineuse, contient à peine quelques filaments nerveux. C'est ce qu'on observe chez l'enfant le sauvage, le barbare, l'ignorant, qui a les neurones mais non les tracés, l'idiot à l'encéphale de singe, le paranoïaque à l'écorce incomplète, l'hystérique aux neurones hypercontractiles, dont le moindre traumatisme, la moindre émotion, la moindre rétention de toxines génitales, la moindre absorption d'alcool bouleverse, en supprimant les contacts, la vie cérébrale. L'activité du somnambule a quelque chose d'inflexible parce qu'il n'y a chez lui qu'un mobile ou qu'un motif.
C'est en vertu du même processus que les actes deviennent impulsifs chez les sujets ayant subi une destruction partielle de l'écorce cérébrale et que certains animaux présentent, après la décapitation, une exagération des réflexes médullaires.
Chez l'idiot, qui dépense son énergie nerveuse dans la déambulation, la masturbation ou les tics, l'impulsion est de tous les instants. Pour qu'elle se produise chez le
paranoïaque ou chez Thystérique, il faut que l'infracérébralité constitutionnelle s'aggrave momentanément de la contraction d'un certain nombre de neurones. Cette condition est fréquemment remplie et c'est pourquoi Maudsley a pu écrire : « Il est de l'essence même de la folie d'être impulsive*. »
L'acte impulsif est précédé de phénomènes qui sont dus, les uns à l'intoxication provocatrice, les autres à l'excès de la pression nerveuse dans les centres : malaise, céphalée, tachycardie, anxiété précordiale, troubles vaso-moteurs, bouffées de chaleur à la tête, impatience, inquiétude, angoisse, délire, hallucinations.
Après quoi, une obsession apparaît, puis une volition. Les choses peuvent en rester là, comme il arrive chez ces dégénérés qui, se trouvant dans une gare, ont tendance à se jeter sous un train.
Mais, si la charge augmente sans que l'énergie nerveuse trouve dans l'encéphale une voie de dérivation, l'acte se produit, soudain, brutal, irrésistible, comme la contraction des cuisses de la grenouille sous Tinfluence de la décharge électrique.
Après quoi, la pression nerveuse étant tombée, les phénomènes cénesthésiques disparaissent. Au malaise, à l'angoisse font place un sentiment de satisfaction, de soulagement, de paix, de libération, une détente physique et morale complète'-.
Souvent l'impulsion est précédée d'un phénomène hallucinatoire, qui n'est que l'illustratiou de l'idée provocatrice : « Les apparitions, les voix, écrit Brierre de Boismont, sont l'origine d'une foule d'actes bizarres, de déterminations singulières, instantanées. Ainsi les ma-
1. Maudsley. Le crime el la folie. Paris, Germer-Baillière, 1876, p. 145
2. Pitres et Régis. Les obsessions el les impulsions. Paris, Doin, 1902, p. 297.
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lades de cette catégorie se prosternent à terre devant tout le inonde, se jettent au cou des personnes parce que Dieu leur a dit de les embrasser, vomissent des injures, lancent des mots piquants, frappent, blessent ou bien regardent fixement le ciel, le soleil... Les voix peuvent les pousser sans cesse au suicide, au vol, au meurtre, à l'incendie... Un aliéné entend une voix qui lui dit de se retrancher les organes de la génération, il les coupe et les jette par la croisée. Une fille obéit à la voix qui lui ordonne le meurtre de son enfant*... »
« Les hallucinations de l'ouïe, écrit Falret, sont celles qui poussent le plus souvent à Taction et Ton comprend aisément qu'elles entraînent, plus fréquemment que les autres, des déterminations et des actes, parce que les voix portent avec elles Tinjure, la menace ou le commandement, tandis que les autres hallucinations sont en quelque sorte bornées à leur objet *^. »
Quand Thallucination intervient, la haine vésanique passe ordinairement à l'acte par l'intermédiaire d'une hallucination auditive, la frayeur vésanique par l'intermédiaire d'une hallucination visuelle.
Cette association de l'hallucination et de l'impulsion ne saurait nous surprendre, caries deux phénomènes relèvent du même mécanisme, la formation d*un court-circuit dans l'écorce cérébrale.
Les impulsions vcsaniques sont surtout fréquentes au printemps. Il se produit alors, chez l'animal et chez l'homme, une hypersécrétion des glandes à sécrétion interne, comme les testicules ou l'ovaire. De là une autointoxication avec exaltation des sentiments, illumination des images, augmentation de Fidéogénèse et de l'activité.
1. Brierre de Boismont. Des hallucinaiions. Paris, Gcrmer-Baillière, 1852, pp. 567,668.