Ibidem, p
4. Ribot. Les maladies de la volonté, Paris, Alcan, 1908, p. 14.
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acte à huit jours de distance et qui, ne se souvenant plus de Tordre donné, explique sa conduite par des motifs plus ou moins spécieux.
Nous voulons donc sans jamais savoir intégralement pourquoi et nous voulons d'une façon fatale, de par notre ^institution, de par les nécessités du milieu où nous sommes plongés. Cela est si vrai que Ton peut, si l'on connaît le caractère d'un homme, prévoir comment il réagira dans une circonstance donnée.
« Il ne dépend pas de la volonté d'un homme, écrit Letourneau, d'être nègre, blanc ou mongol et c'est cependant ce monde dans lequel l'a jeté la nature qui déterminera sa manière de sentir, de penser, par suite de désirer et d'agir^. »
« Nous voulons, écrit encore Dallemagne, toujours dans le sens de la plus petite énergie à déployer et de la plus stricte économie de nos forces. Les opérations de notre système nerveux ne font pas exception à la loi commune, et il est curieux de voir la mécanique moléculaire, dans la plus mystérieuse de ses incarnations, suivre les éternelles lois de la mécanique universelle^. »
« Si, par impossible, écrit Ribot, deux hommes étaient faits de telle sorte que leurs deux organismes fussent identiques comme constitution, que leurs influences héréditaires fussent rigoureusement semblables, si, par une impossibilité plus grande encore, l'un et l'autre recevaient les mêmes impressions physiques et morales au même moment, il n'y aurait plus entre eux d'autres différences que celle de leur position dans l'espace 3. »
En un mot — cette phrase lapidaire est de Spinoza —
1. Letourneau. Physiologie des passions, Paris, Baillière, 1863, p. 55.
2. Dallemagne. Physiologie de la volonlé. PariSi Masson, sans date, p. 6.3.
3. Ribot. Les maladies de la personnalité. Paris, Alcan, 1908, p. 65.
« notre illusion du libre arbitre n'est que l'ignorance des motifs qui nous font agir ».
Le libre arbitre, la spontanéité du moi, la volonté autonome ne sont donc qu'illusions.
Le moi n'est qu'un mot. Il désigne la portion consciente de notre être, portion inGme, commandée par la subconscience, Torganisme, le monde extérieur.
La volonté n'est qu'un mot : « l'appellation collective de ces manifestations spéciales nommées volitions^ ». Et la volition n'est qu'une sensation interne, la sensation d'une tension nerveuse dans les neurones moteurs supérieurs.
« La volonté n'est la cause de rien. Le « je veux » constate une situation, mais ne la constitue pas... Le « Je veux » est en lui-même dénué de toute efficacité pour agir-. »
La volition emprunte ses qualités aux neurones dont elle est le siège : stable, décidée, résolue, tenace si les neurones sont adultes et modérément contractiles, instable, indécise, défaillante, incertaine si ces neurones ont conservé la contractilité de l'enfance et de la jeunesse, comme il en est chez les hystériques et les hystéroïdes, lente et passant difficilement à l'action si les neurones sont altérés par Tâge ou la maladie.
L'illusion du moi autonome, née dans l'esprit des métaphysiciens, ces mystiques sans Dieu, pèse de tout son poids sur la société contemporaine. Il nous faut délibérément briser ce carcan, faire éclater ce corset de misère et, le cou libre, à pleins poumons, respirer i'air pur. L'homme est une machine, partiellement douée de conscience et qui s'imagine puiser en elle-même la force et la direction de ses mouvements, mais qui, en réalité, est actionnée par toutes les forces de l'univers.
1. Dallemagne. Physiologie de la volonlé. Paris, Masson, p. 53.
2. Ribot. Les maladies de la volonté. Paris, Alcan, 1912, pp. 79-81.
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Irresponsable de sa constitution, de son tempérament, de son caractère, du milieu où le hasard Ta plongé, l'homme est le jouet des événements, comme la planète où il respire est le jouet des astres. Pourquoi donc Texalter ou le maudire? L'acte le plus noble ou le plus odieux, la mort qu'on risque pour sauver son semblable, la mort qu'on donne pour le dépouiller, le scrupule qui réfrène, par une inhibition comparable à l'arrêt du cœur sous l'influence du pneumogastrique, une détermination criminelle, le geste du spéculateur qui signe la ruine d'un peuple, tous ces actes puisent leur énergie dans les profondeurs de l'organisme et sont aussi rigoureusement déterminés que le rebondissement de la balle lancée contre un mur.
Ils sont utiles ou nuisibles à la société, il ne sont pas aimables ou haïssables et, si l'on veut encourager les uns et réprimer les autres, c'est dans les profondeurs de l'organisme qu'il faut agir. L'éthique n'a qu'une efficacité illusoire. Elle doit être remplacée par l'eugénétique et l'hygiène sociale.