‹ La folie de Jésus (volume 2)Chapitre 73 sur 298 · Évangile selon Johanan dit Markos, IX · texte numérisé non relu

Évangile selon Johanan dit Markos, IX

L'aMBULOMANIE chez les DÉGÉ]NÉRÉS »t

Tel le Jnif errant de la légende, Ashavérus dit Isaac Lakedem,

« A travers monts et vaux et déserts et cités,

A travers les malheurs et les félicités,

Parmi les chocs sanglants des races, la bataille

De la vie où chacun prend la part qu'il se taille.

Parmi les cris, les pleurs, les espoirs, les regrets*, »

l'Israélite, devenu nomade, poursuit le rêve millénaire de la conquête du monde et échoue parfois à la Salpêtrière, où Henri Meige put l'observer :

« La physionomie de tous les névropathes voyageurs (de race juive; exprime la souffrance, la lassitude et le désespoir. Leur face est amaigrie, les pommettes saillantes audessus des joues creuses. Les rides du front sont remarquables. On les retrouve chez tous les malades et sur tous les portraits. Très longues, très profondes, elles se perdent en haut dans l'attache des cheveux, formant autour du front un triple ou un quadruple cercle. Au-dessus du nez, deux sillons, obliquement ascendants, sont l'indice de la fréquente contraction des sourciliers, les muscles de la douleur. L'œil est petit, triste, enfoncé, cerclé de rides qui s'enchevêtrent et le brident parfois en un clignement furlif. Le nez, tantôt long et busqué, plus souvent large, épaté comme il se voit fréquemment dans la race germanique. Un profond sillon sépare le nez et les lèvres des joues, gagnant les commissures qu'il abaisse et ajoutant encore à l'expression douloureuse. Ce portrait, on le voit, n'est pas celui d'un homme heureux. C'est un vieillard ridé qui jette un regard mélancolique sur les murs des cités auprès desquelles il passe. C'est celui d'un homme qui souffre et qui s'inquiète vivement de souffrir sans trouver de remède. Ce qui est surtout remarquable dans

1. Jean Richepin. Les Blasphèmes, Paris, Dreyfous, 1881, p. 119.

le faciès des névropathes errants, c'est la grande mobilité d'expression de leur physionomie. La richesse de leur mimique. est extrême et, de même qu'ils exagèrent les récits des souffrances qu'ils éprouvent, de même aussi ils accompagnent ces récits d'un luxe de grimaces et de gestes d'une infinie variété. La note dominante est l'expression douloureuse. Mais qu'une idée joyeuse, un espoir de guérir leur arrive soudain, aussitôt le masque change et devient radieux, pour être remplacé bientôt par l'ancienne tristesse, quand revient la pensée de la maladie obsédante ^ »

Presque tous les névropathes voyageurs de race juive sont des neurasthéniques, quelques-uns des hystéro-neurasthéniques.

Chez ces malades, « c'est l'impotence fonctionnelle du cerveau qui amène l'impossibilité de suivre une voie tracée, de continuer un travail entrepris. L'esprit vacille dans toutes les directions et se laisse entraîner n'importe où. Qu'une idée soit suggérée alors ou qu'elle germe spontanément sous forme d'impulsion, le malade s'y abandonnera tout entier et la suivra jusqu'à ce que la fatigue cérébrale l'en empêche. Or cette fatigue n'est pas longue à venir, car ces malades ne sont plus maîtres de leur énergie psychique. Ce sont de véritables abouliques. Aussi sont-ils perpétuellement indécis et mobiles. L'affaiblissement moral se traduit par les idées tristes et le découragement... La mémoire est souvent touchée, soit dans son ensemble, soit partiellement. Aussi les phénomènes dé dépression psychique tiennent une large place dans les troubles mentaux.

« Mais ils ne sont pas les seuls et, de même que l'hystérie s'ajoute à la neurasthénie, de même aussi les

1. Henry Meige. Étude sur certains névropathes voyageurs. Le Juif-Errant à la Salpêtrière, Thèse de Pari^, 1893, pp. 51-53.

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impulsions apparaissent au milieu de l'affaiblissement intellectuel. L'influence héréditaire joue, en cela, un grand rôle. Et c'est à ces nouveaux facteurs qu'on doit attribuer les brusques départs, les lointains voyages entrepris tout à coup sans raison plausible ou sous le couvert de prétextes irraisonnés ^ »

« Tous présentent un état mental spécial : ils sont obsédés constamment par le besoin de voyager, de se déplacer, besoin véritablement pathologique '^. » « Ils sont soumis à des impulsions irrésistibles qui les entraînent dans un vagabondage perpétuel 3. »

ce N'oublions pas qu'ils sont juifs et qu'il est dans le caractère de leur race de se déplacer avec une extrême facilité. Chez eux nulle part et chez eux partout, les israêlites n'hésitent jamais à quitter leur demeure quand il s'agit d'entreprendre une affaire importante'*. »

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