Ibidem, p
4. Achille Foville fils. Les aliénés voyageurs el migrateurs. Annales médico-psychologiques, 1875.
5. JofTroy el Dupouy. Fugues et vagabondage. Paris, Alcan, 1909, p. 239.
Les sujets « atteints de folie des grandeurs, écrit Achille Foville fils, voyagent en pays étrangers dans l'espoir d'y obtenir la réalisation de leurs ambitions chimériques et de s'y faire rendre la justice qu'on leur refuse chez eux*. »
Sur 14 observations d'aliénés voyageurs rassemblées par cet aliéniste, 4 ont trait à des mégalomanes.
« Le mégalomaniaque en fugue est toujours un délirant. Poussé le plus souvent par une hallucination, il veut occuper une haute fonction ou une situation privilégiée à laquelle il a droit, faire connaître une naissance illustre, un titre héréditaire, entrer en jouissance de palais ou de domaines ou, plus généreusement, faire jouir des bienfaits de sa puissance ou de son influence les simples citoyens ou les chefs d'État. Dajis ces fugues, les idées de persécution voisineraient plus d'une fois avec les idées
de grandeur; on ne s'en étonnera pas, étant donné leurs rapports cliniques 2. »
L'AMBULOMANIE CHEZ LES THÉOMÉQALOINANES
Beaucoup de ces mégalomanes voyageurs sont des théomégalomanes.
« Ce qui caractérise, écrit Benjamin Bail, la première période de la folie religieuse, c'est une profonde incapacité de travail, qui se marie à une inquiète activité. Les malades fréquentent avec assiduité les exercices reli-
1-2. Achille Foville flis. Les aliénés voyageurs et migrateurs, Ktiiïa\es médico-psychologiques, 1875, tome XIV, p. 95.
l'ambulomanie chez les aliénés 101
gieux, suivent les missions; ils quittent leur famille et deviennent des membres inutiles de la société*. »
« La prophétomanie, écrit de son côté Henry Meige, ne va pas sans un besoin irrésistible de pérégriner'^. »
Pour JofTroy et Dupouy, « la fugue et le vagabondage des mystiques sont la conséquence de leur idée délirante de mission à remplir ^ ».
En effet les théomégalomanes prennent la route pour conquérir le monde à leur divinité. Presque partout ils sont accueillis par des injures, des sarcasmes, les menaces des inquisiteurs ou des policiers, mais, convaincus de la réalité de leur mission divine, ils repartent vers un nouveau but, dans la certitude du triomphe final. Ils sont ainsi condamnés, par Tincurabilité de leur passion vésanique, à un vagabondage qui ne prend fin que par l'internement, l'incarcération ou la mort.
L'activité de ces malades n'a pas un débit constant. Chez eux, les périodes de méditation, de contemplation, d'ascétisme, d'immobilité alternent avec les périodes de prosélytisme, d'apostolat, de manie ambulatoire, celles-ci souvent commandées par des hallucinations impératives.
Les 12 observations qui vont suivre permettront de se rendre compte de leur genre de vie.
I. Ashavérus apparut, croit-on, au quatorzième siècle. Son suraom. Isaac La Kedem, signifîe Isaac de l'Ancien monde. Ce suraom, qu'il s'était peut-être donné lui-môme, rappelle le mot de leschou bar-Iossef : « Devant qu' Abraham fut je suis. »
Ashavérus présentait d'autres points de ressemblance avec le
1. Benjamin Bail. Leçons sur les maladies mentales. Paris, Asselin, 1883, p. 470.
2. Henry Mei^e. Prophètes et thaumaturges au XIX* siècle. Journal des connaissances médicales, avril-mai 1896.
3. JofTroy et Dupouy. Fugues et vagabondage. Pairis, Alcan, 1909, p. 238.
i02 LA FOLIE DE JESUS
Nazaréen. L'esquisse que nous a laissée un graveur allemand du dix-septième siècle * rappelle, par le regard triste, le sourcil douloureusement contracté et la barbe inculte, le portrait byzantin du « Fils de THomme »,tel qu'il figure sur la couverture du tome III de cet ouvrage.
Ashavérus fut atteint de sitiophobie. « Pendant un mois, écrit Collin de Plancy, il s'obstina à repousser tout aliment*. »
(( Il se persuada souvent que lui-môme était le Messie immortel. »
Il avait des hallucinations et des extases.
Enfin il allait constamment de ville en ville, d*où son surnom de « Juif errant ».
II. En 1692, un autre fou, dont le nom ne nous est pas resté, prétendit être saint Jean l'évangéliste. Il se rendit de Paris, à Toulouse et de Toulouse à Bordeaux. On le chassa de Paris. On l'enferma à Toulouse. On le brûla à Bordeaux. Telle était, en ce temps-là, la destinée des fous mystiques *.