‹ La folie de Jésus (volume 2)Chapitre 81 sur 298 · LES FUÛUE8 CHEZ LES DÉGÉNÉRÉS · texte numérisé non relu

LES FUÛUE8 CHEZ LES DÉGÉNÉRÉS

Le vagabondage survient parfois sous forme d'accès; c'est ce qu'on appelle les fugues ou les impulsions ambulatoires, La fugue est un vagabondage aigu, accidentel, transitoire, qui parfois ne fait que précéder le vagabondage chronique et habituel *.

Gomme les vagabonds d'habitude, les fugueurs sont des héréditaires ' : psychasténiques, hystériques, épileptiques ou aliénés. La cause occasionnelle de la fugue est une intoxication, le plus souvent une auto-intoxication. Joffroy et Dupouy citent deux cas de fugue coïncidant avec l'auto-intoxication sexuelle.

L'aura (céphalée, malaise, inquiétude, ennui, tristesse, insomnie, rêves, dépression anxieuse ou exaltation émotive) qui parfois précède la fugue est due à Taccumulation progressive des toxines dans l'organisme. Ces

1. Louis Coltu. Conlrihulion à Vélude des fugues. Thèse de Paris, 1907.

2. Ernest Schultze. Les fugues pathologiques. AUcgcmeine Zeilschrin fur psychiatrie, IX, 10 nov. 1903.

LES FUGUES Ul

toxines finissent par déterminer la contraction d'un certain nombre de neurones et une désagrégation cérébrale qui se traduit, d'une part par un phénomène de circuit interrompu portant sur les neurones mnésiques c'est-àdire par de l'obnubilation intellectuelle, d'autre part par un phénomène de court circuit portant sur les neurones moteurs supérieurs qui président à la marche. L'impulsion se produit alors et le sujet prend la route. Aussitôt la pression diminue dans les centres et le sujet éprouve une sensation de bien-être, d'euphorie, à laquelle se joint la joie de se sentir libre, de voir du nouveau, de jouir des beautés de la nature.

Le fugueur marche sans fatigue, parfois sans but, droit devant lui, très vite. « Il court, il se presse, il a hâte en quelque sorte d'user la force qui le pousse, de se délivrer de sa domination ^ » Et souvent, dans ce but, il ajoute aux excès ambulatoires des excès sexuels.

Les fugueurs « quittent tout, parfois à la stupéfaction de ceux qui ne connaissent pas leur mal étrange ; ils vont ainsi pendant des jours, pendant des semaines, rarement plus longtemps, puis une sorte de détente survient, la crise se calme et... ils rentrent dans la vie commune... Un certain laps de temps s'écoule, une nouvelle crise survient, pareille à la précédente et ainsi de suite '^ ».

La fugue dure quelques heures, quelques jours, quelques semaines, plusieurs mois.

Les hystériques, les épileptiques et la plupart des paralytiques généraux accomplissent leurs fugues en état second. Il n'en est pas de même des simples dégénérés. Ceux-ci se souviennent de tout ce qui, pendant l'accès, a impressionné leurs sens.

1 . Joffroy et Dupouy. Fugues et vagabondage. Paris, Alcan, 1909, pp. 134-137.

2. Dubourdieu. Dromomanie des dégénérés. Thèse de Bordeaux, 1894, p. 58.

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