léhézUi, XVII, XXIV
l'imagination constructive 105
Le roi David, désirant posséder la femme d'un de ses sârs, Ouriya le Hitlhile, donna Tordre d'envoyer celui-ci, lors de la prochaine bataille, sur le front des troupes engagées et de l'abandonner aux coups de Tennemi.
L'ordre exécuté et Ouriya mort, il prit dans son harem la femme de sa victime.
Ce qu'ayant appris, le nabi Nathan se rendit auprès du roi, et lui conta la parabole suivante :
« Dans une ville, il y avait deux hommes, Tun riche et l'autre pauvre. Le riche possédait des brebis et des chèvres, ainsi qu'un bétail fort nombreux. Mais le pauvre n'avait qu'une petite brebis, qu'il avait achetée et nourrie ; elle grandissait chez lui, tout comme ses enfants, mangeait de sa part de pain et buvait de sa coupe, et sur son sein elle dormait. Elle lui était comme une fille. Un étranger entra chez le riche, qui ne put se résoudre à prendre une tête de son troupeau pour lui faire un festin. S'emparant de la brebis du pauvre, il l'apprêta pour son hôte. »
A ce récit, David, enflammé de colère, dit à Nathan :
ce Par la vie de lahvé ! c'est un fils de mort, Thomme qui a commis cet acte ! Il paiera quatre fois la brebis, pour avoir fait pareille iniquité et s'être montré sans entrailles ! »
— « Eh bien ! c'est toi qui es cet homme ! répondit Nathan. Voici ce que te dit lahvé, l'Ëlobim d'Israël : « Je t'ai oint roi d'Israël et t'ai sauvé de la main de « Schaoûl. A ta disposition j'ai mis la famille de ton maître « et j'ai fait tomber ses femmes sur ton sein. Je t'ai « donné Israël et lehouda et, si tout cela eût été trop peu, « j'aurais encore ajouté d'autres faveurs. Pourquoi as-tu « méprisé la parole de lahvé, faisant ce qui est mal à ses « yeux, tuant avec Tépée Ouriya le Hitthite, pour faire « de sa femme ton épouse ? Tu l'as fait mourir par le glaive « des BénêAmmon. Désormais Tépée sera toujours sur ta
« maison ! parce que lu as méprisé ma loi et que tu as <c pris pour toi la femme d'Ouriya le Hilthite K »
Le rabbi lehoschoua contait aux Juifs impatients du joug romain cette autre parabole, qui se retrouve dans les œuvres de La Fontaine :
« Un lion ayant mangé gloutonnement, un os s'arrêta à eon gosier. Très souffrant, il promit une grosse récompense à celui qui le lui ôterait. L'opération fut tentée et menée à bien par une grue au long cou, laquelle demanda ensuite son salaire. Mais le lion lui répondit ironiquement : « Eh quoi! N'es-tu donc pas satisfaite d'avoir pu « retirer ta télé saine et sauve d'entre les dents d'un lion ? »
« Contentez-vousdonc, concluait lehoschoua, d'être sortis des mains des Romains et sachez attendre avec plus de patience l'exécution de leurs promesses 2. »
Le bon La Fontaine nous donne cette fable comme étant de lui. Nous ignorons où il Ta prise : il n'est guère probable que ce soit dans la Giiémarâ de Babylone, Quoi qu'il en soit, ceci nous montre comment se transmettent les contes et les légendes, et doit nous faire hésiter avant d'attribuer à lescbou bar-Iossef toutes les paraboles des évangiles.
De ce que la parabole étailagréable aux sémites barbares, on ne saurait évidemment conclure que tout le monde, en Paleslina, au premier siècle de Tère vulgaire, s'amusait à en composer. Si lescbou bar-Iossef se plut à exploiter ce genre, c'est qu'il convenait à la tournure symboliste de son esprit. C'est aussi et surtout qu'il lui permettait de donner libre cours à ses espérances sans pouvoir être inculpé de complot ou d'hérésie.