‹ La folie de Jésus (volume 3)Chapitre 109 sur 410 · Évangile selon Lévi dit Matthia^ XX · texte numérisé non relu

Évangile selon Lévi dit Matthia^ XX

On trouve une variante de cette parabole dans la Guémard de Babylone, au traité des Berakhôth :

« Lorsque le rabbi Bon fut mort, le rabbi Sera s'approcha de lui et dit à l'assemblétf :

« A qui faut-il comparer le rabbi Bon ? A un roi qui loua beaucoup d'ouvriers pour sa vigne. Parmi ces derniers, il s'en trouva un qui surpassa les autres par son zèle et son habileté. Que fit le roi? Il le prit par la main et se promena avec lui. Le soir, le travail du jour achevé, les ouvriers vinrent pour recevoir leur salaire. Le plus habile reçut le salaire entier. Sur cela, ses compagnons s'indignèrent et commencèrent à murmurer :

« Comment, dirent-ils, nous avons travaillé toute la journée et celui- « ci n'a travaillé que deux heures, et le roi lui donne le salaire entier ! »

— tt Pourquoi réclamez-vous 7 répondit le roi. Celui-ci a plus fait en « deux heures que vous pendant toute la journée. »

De même le rabbi Bon a plus fail, plus appris, en vingt-huit ans, pour la thora, qu'un autre disciple en cent ans. »

Les talmuds étant absolument indépendant des évangile^, on est en droit de penser que leschou bar^Iossef et les tahnudistes ont puisé la parabole des vignerons à une source commune. Cette parabole ne serait donc point du Fils d'Élohim.

gique. Ces ébauches préraphaélites sont les illustrations de son délire* Toutes sont inspirées par sa passion vësanique. Non seulement il s'y met en scène, mais il y occupe toute la scène, il oc tire à lui la couverture », comme on dit en argot de théâtre ; il est toujours de ces saynètes le personnage principal. Toutes ont trait à sa filiation divine, à sa messianité, au royaume qu'il se propose de fonder dans les cieux, à la personnalité nouvelle qu'il s'est construite, à ce qui est devenu sa raison d'être et sa vie.

Imprécises et flottantes, elles se dégagent comme une fumée du foyer mental où se concentrait son ardeur. Elles sont comme l'ombre d'une autre parabole, celle-là puissamment bâtie, la transformation d'un charpentier de village en souverain de la terre et du ciel.

Ce mashal essentiel survécut à tous les autres. Comme si ses facultés mnémoniques et Imaginatives eussent éié en quelque sorte usées par sa folie, leschou bar-Iossef ne conte plus de paraboles à la (in de sa carrière. Nous n*en trouvons aucune dans l'évangile de lohanan bar-Zébadya, le biographe du déclin.

Si faible qu'elle fût, Pimagination n'en était pas moins, chez le fils du charpentier de Nazareth, la faculté prépondérante. Ainsi s'explique son goût pour la retraite et pour la solitude. « Loin de la foule », dans un « lieu désert », dans le silence do la nuit, dans le silence des montagnes, il édifiait^ avec amour, son royaume illusoire ; il jouait dans l'intimité de sa conscience son rôle de roi et de Dieu, il se livrait à la contemplation de son œuvre et à Tadoration de lui-même.

C'est assurément dans la solitude qu'il passa la plus grande partie des trente années qui précédèrent son entrée en scène. Cette période de « vie ignorée », de « vie cachée en Dieu » nous est signalée chez tous les mystiques, par exemple chez ce Francesco Mariconi qui, dès l'âge de

l'imagination CONSTRULTlVt: lliî

douze ans, se relirait dans la solitude, pour s'y livrer à la conleaiplation des choses célestes, et que nous retrouvons plus tard sur les flancs escarpés du mont Arverne.

« Les évangélistes, écrit Hollard, nous montrent Jésus recherchant la retraite, après même qu'il est apparu publiquement au peuple. Il y passe quarante jours après sou baptême et, bien souvent, nous le voyons se dérobera la foule, à ses disciples même et passer en quelque lieu écarté, parfois dans la solitude de quelque montagne, la nuit entière. Ne devons-nous pas supposer que ce besoin de profond recueillement, qui le poursuivait au sein même de sa tâche, était loin d'être nouveau pour lui et que, pour rechercher encore aussi assidûment la retraite, il fallait que dès longtemps il en connût la douceur et la force ^ »

Les passages suivants sont, à ce point de vue, caractéristiques :

« Au matin^ quand il faisait encore nuit^ il se leva, 50/-

tit et SE RENDIT DANS U^ LIEU DESERT, OU IL TBLV. Schiméôft et

ses compagnous coururent après lui et, quand its CeurenI trouvé, lui dirent :

« Tous te cherchent -. »

a En ces Jours-là, il advint que leschou se rendit sur une

MONTAGNE POUR PRIER^ ET Y PASSA LA BPtlT EN ORAISONS L »

Il priait, autrement dit il parlait k lah^é son père, il rimaginait dans la gloire du soleil, sur le trône splendide d'où il comptait lui-même juger le monde un jour. Que disje ? Il Ty voyait, iïs'y voyait avec lui. Il entendait la voix divine répondre à sa propre voix. Nul dowte que beaucoup de ces oraisons nocturnes n'aient commencé par des rêveries et fini par des hallucinations.

1. Ilollard. Essai sur te caractère de Jésus, Paris, Meyruci>, 18C6, p. cy.

Page 1