Régiç, léCs aliénéu peints par êux-mêmeê. L'encéphale
Les accès intellectuels dans les paranoïas.
VI. X..., âgé de trente ans, entre à Saint-Anne pour délire ambitieux avec excitation maniaque.
Ce malade, qui n'avait reçu qu'une instruction rudimentaire, se met à écrire, sous Tempire de sa psychose, des lettres, des mémoires et des poésies.
« Le fait le plus remarquable sous ce rapport, écrit Régis, est le suivant : Quelques jours après son entrée à l'asile, le malade s'est mis à écrire Thisloire entière du siège de Paris pendant la dernière guerre, ainsi que celle de la Commune. Aucun fait n'y manque, les moindres détails, anecdotiques ou techniques, les noms des officiers ou des soldats qui se sont distingués ou ont été tués dans telle ou telle afTaire, le nombre des troupes engagées dans telle autre, les forces respectives des combattants, les citations de proclamations, rien ne manque dans cet ouvrage que l'auteur injtitule : Mémoires d'un vrai Parisien. Or, pour écrire cette histoire si précise, si exacte jusque dans ses moindres détails, le malade n'a eu en main aucun livre, aucun document, ainsi que j'ai pu m'en assurer. Tout a été écrit de mémoire*. »
VII. Un autre paranoïaque composa ces vers qui ont le charme enveloppant d'un tableau de Millet :
« Le soleil est couché. Partout dans la campagne Les villageois nombreux suspendent leurs travaux ; Le bétail, à pas lents, descend dans la montagne ; La diligence passe au grand trot des chevaux.
Le ciel est pur, Tair est tranquille ; Les oiseaux gazouilleurs sont retournés aux bois ;
Dans le lointain fume la ville ; La nature d'un ton baisse sa grande voix. »
1. Régis. Les aliénés peints par eux-mêmes. L'Encéphale, 1882, p. 548.
VIII. Un mégalomane de l'asile de Sienne composa une poésie intitulée La nuit orageuse, où Ton trouve ce passage : « 0 nuit! rÉlernel ne t*a point créée pour les paisibles repos, pour les soupirs el les ravissantes causeries de deux âmes amoureuses, qui, errant entre ciel et terre, s'épanouissent dans une douce volupté comme la fleur modeste qui répand dans Tombre ses parfums suaves^ I »
Les accès intellectuels chez les fous mystiques.
Chez les mystiques, les neurones qui résistent le mieux aux causes tétanogënes et demeurent en expansion au milieu des autres cellules contractées, sont naturellement les plus actifs, les mieux entraînés, les mieux frayés par le courant nerveux, c'est-à-dire ceux où sont enregistrées les images et les idées religieuses. Aussi, dans la théomanie, Taccès d'excitation prend-il, à juste titre, le nom d'enthousiasme ou de délire ou de fureur prophétique.
IX. Le mystique Thomas de Villeneuve présentait des hallucinations visuelles, des hallucinations auditives verbales et des extases avec transfiguration. Immédiatement après ses extases, il parlait avec une telle éloquence que prêtres et laïques accouraient pour Tentendre *.
X. La prophétesse cévenole Isabeau Vincent avait des accès de somnambulisme pendant lesquels elle récitait de longs fragments de la Bible, improvisait des prières et prêchait avec éloquence ^. « Je croyais, dit l'avocat Gerlan, entendre parler quelque ange *. »