‹ La folie de Jésus (volume 3)Chapitre 119 sur 410 · II. Un malade d*Esquirol déclarait, après sa guérison · texte numérisé non relu

II. Un malade d*Esquirol déclarait, après sa guérison

« Mon imagination était si vive et si active que tous les objets venaient s'y peindre ou plutôt s'y graver en caractères de feu *. »

III. Un autre aliéné disait à François Leuret, qui le croyait en convalescence :

« Je ne suis pas tout à fait guéri ; j'ai encore trop d'esprit pour cela. Quand je me porte bien, il me faut huit jours pour écrire une lettre. Dans mon état naturel, je suis bête ; attendez que je le redevienne. »

1. Philippe Pinel. Traité médico-philosophique sur Valiénalion mentale Paris, Richard, an IX, p. 27.

2. François Leuret. Fragments psychologiques sur la folie. Paris, Crochard, 1834, pp. 287, 297.

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« Il in*e{»l arrivé plusieurs fois, ajoute cet aliéniste, de prendre une idée trop favorable de la capacité intellectuelle de quelques personnes, lorsque je n'avais pour les juger que la connaissance de ce qu'elles faisaient pendant leurs accès de manie... Tel malade qui m'avait frappé par ses discours et ses saillies n'était plus, après sa guérison, qu'un homme très ordinaire et bien au-*de$sQus de l'opinion que j'avais conçue de lui K »

Marcé esquisse la théorie du phénomène:

« Chez les sujets dont la surexcitation intellectuelle, au lieu d'être diffuse el de s'éparpiller sur une foule d'objels, se groupe autour d'une passion ou d'une idée prédominante, il peut arriver que le style s'élève à un éclat inaccoutumé, que les pensées, que les sentiments soient exprimés avec un entraînement, une éloquence que ne comporte pas le niveau intellectuel des malades, et qui s'évanouissent dès que la convalescence devient complète *, »

Un poète, Charles Nodier, était encore plus près de la vérité, a Les rayons si divergents et si éparpillés de rintellip^ence malade, écrit-il, se resserrent tout à coup en faisceau comme ceux du soleil sur une lentille^ et prêtent alors au discours du pauvre aliéné tant d'éclat, qu'il est permis de douter s'il a jamais été plus savant, plus clair et plus persuasifdans l'entière jouissance de sa raison ^. »

IV. Un aliéné nommé Larcé, ancien berger, composa une Théorie des inductions qui commence ainsi :

« Tout corps qui se meut dans un lieu quelconque le déplace en vertu de l'impénétrabilité de la matière... L'infini lui-môme a deux limites: Tinfinimcnt petit, absolu comme point de dé-

1, François Leurel. FragmtnU piychologigues sur la folie. Paris, Crochard, 1834, pp. 287, 297.

2. Marcé. De la valeur des écrits des aliénés. Paris, Baillière, 1864, p. 13. 8. Charles Nodier. Les bas bleus. 1846, p. 217.

part, comme premier terme activo-négatif d'une progression croissante, qui conduit à la seconde limite de Tinfini : rinfmiment grand, toujours relatif, parce qu'on peut toujours y ajouter un terme, c'est à-dire qu'il est susceptible d'un a? non déterminable quant au nombre de fois qu'il peut être ajouté <. »

V. Un maniaque, étudié par Sentoux, composa les strophes suivantes à Toccasion de la fondation, par Buonaparte III, de rUrphelinat du Prince Impérial :

« Malheur è Tenfant de la rue !

Il boit plus de pleurs que de lait.

Le froid mord son épaule nue Et toute grAce est disparue De son front au pâle reflet.

Il grandit comme un ver dans Tombre Et, serpent au soleil d'été.

Il se glisse et se môle au nombre Des hydres dont la haine sombre Envenime chaque cité.

Aussi plus de jeunesse oisive et vagabonde, C'est vers un atelier qu'il prendra son essor, Et celui qui rampait comme un reptile immonde Ira porter son miel à la ruche du monde, Utile abeille aux ailes d'or I

Quel sage bienfaiteur, quel Lycurgue intrépide, Réchauflant dans son sein la vile chrysalide, Ouvre le ciel à qui vivait dans le limon Et réalise ainsi la sublime chimère D'inspirer de l'amour à qui n'a pas de mère Le culte de Thounçur à qui n'a pas de nom ? »

Il n'y a rien, dans les évangiles, qui approche de ces derniers vers.

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