XVII. Une folle mystique s'exprimait ainsi
« Dans le bleu firmament tout constellé d'étoiles,
Où glissent les soleils, où la nuit tend ses voiles,
Où chaque astre è son tour poursuit son mouvement,
Où la gloire divine est un rayonnement,
La grande voix de Dieu, maître de la nature.
Se fit entendre à moi, sa pauvre créature.
0 mon fils, me dit-elle, si tu es éprouvé.
C'est que je jugeais bon que tu fusses sauvé ^. »
Certes ces productions ne sont point géniales; elles montrent du moins qu^on peut voir apparaître, au cours de lo folie, par Texaltation de la mémoire, de l'association des idées et de l'imagination, l'éloquence et le talent poétique.
Les accès intellectuels chez les mystiques enfants.
L'hypermnésie vésanique est fréquemment observée chez les enfants, surtout à Tâge de la puberté.
1 Laurent. Congrès des aliénistes. Nancy, 7* session.
2. Noël Guillon. Essai sur les hypermnésies. Thèse de Bordeaux, 1896.
3. Collection delà maison nationale de Charenton. Cité parAntheaume et Dromard. Poésie et folie. Doin, 1908, p. 260.
XVIII. Une fille russe, âgée de quatorze ans, atteinte de folie à la suite d*unc mission, observait en temps ordinaire un mutisme complet; mais, si on lui parlait des choses sacrées,» son teint s'animait, ses yeux devenaient brillants et sa figure avait quelque chose de céleste. Ce n'est pas tout. Elle conversait sur la religion avec une si grande facilité qu'on aurait juré qu'elle avait étudié la théologie. Un prédicateur n'aurait pas dit mieux qu'elle sur Dieu, sur les devoirs du chrétien, n'aurait pas répété avec plus d'habileté les objections qu'on lui opposait ^ »
L*épidémie cévenole, au cours de laquelle huit mille jeunes prophètes se manifestèrent, fournit, à cet égard, des exemples frappants :
XIX. « Un de mes voisins, dit Sarra Dalgone, dans le Théâtre sacré des Cévennes, avait une petite fille de huit à neuf ans, qu'il avait plu àDieu de mettre dans cet état, et je l'ai vue plusieurs fois pendant qu'elle avait ses inspirations... Elle se mettait aussitôt à discourir en français. Je suis très assurée qu'il lui aurait été impossible de parler à l'ordinaire comme elle parlait dans l'inspiration, et il est même très constant qu'elle ne se serait jamais avisée de s'exprimer autrement que dans le patois du pays; car on ne parlait pas plus français dans notre petit bourg que si nous n'eussions pas fait partie du royaume de France 2. »
XX. Au témoignage de Claude Amasson, un berger cévenol, « un pauvre imbécile », faisait, en français, lorsqu'il était en état de transe, les plus pathétiques discours. « Il citait, à propos, des passages de l'Écriture, comme s'il avait su la Bible par cœur. Je suis assuré qu'il ne savait pas lire '. »
XXI. Cavalier (de Sauve) dit d'un jeune garçon : « Il parla deux grandes heures avec une facilité merveilleuse, et il dit des choses si pathétiques et si excellentes que tout le monde fon-
1. Joseph Frank. Praxtos medicœ : demaniis. Cité par François Leuret, Fragments psychologie sur la folie. Paris, (Irochard, 1834, p. 344.
2. 3. Théâtre sacré des Céyennes. Londres, Roger, 1707, pp. 189, 151.
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dâit eti lârntë», ^l ftioi ftvec léd dulrea. PersoUde né dcribail^ j'en siiis sûr; les paroles que te pdlil serviteur de Dieu prononçait n*étaient pas endormantes; on n*en perdait pas une, car elles étaient toutes du sujet et toules proportionnées à la capacité du bon et simple peuple qui les écoutait, quoiqu'elles fussent toutes sublimes &t divines. Les deux heures passèrent comme deux moments. Et qui est Tenfant qui pourrait dire dés choses semblables ? Tout le monde assurait que ce petit garçon ne savait pas lire; mais, quand il aurait su lire, en vérité il n'était point capable, par lui-même, décomposer un pareil discours, ni de ie réciter, ni même d'avoir la hardiesse de parler en public et en français... Quelle merveille de voir un enfant timide et ignorant entreprendre d'enseigner un peuple ! prêcher dans un langage qu'il n'était pas capable de parler dans un autre temps ! s'exprimer magnifiquement ! fournir abondamment des choses excellentes et présider en évéque dans une assemblée de chrétiens 1 ! »
XXIL « J'étais présent, dit Guillaume Brugier, lorsqu'une fois la petite Suzanne Jonquet, qui était âgée de quatre à cinq ans, tomba dans des agitations à peu près semblables à celles du petit Boussique. Elle parla haut, distinctement, en bon français, et je suis sûr que, hors de l'extase, elle n'aurait pas parlé cette langue. Elle dit que la délivrance de l'Église était prochaine et elle exhorta beaucoup à l'amendement de vie ^. »
<k J'ai vu, dit Caladon, un grand nombre de ces inspirés de tout âge et des deu^sex^s... C'étaient tous deë gens sans malice, et en qui je tt'ape^cevais rien que je pusse soupçonner être de leur invention. Ils faisaieht de fort belles exhortations, parlant le français pendant la révélation '. n
1. Théâtre kacré des Cévennes. Londres, Roger, 1707, pp. 86-89.
2. Théâtre sacré des Cévennes ^ {). S6. S. Théâtre »acH des Cévennes^p. Uli
LES ACCi9 iNtâtl^fiCtltdLS 14^
LES AOOès INTEULEOTUCL8 CHEZ IE80H0U BAR-I088EF
Ce fut à Tâge de la puberté que leschou bar-lossef eut sdn premier accë^ d'exaltation intellectuelle. Oii se souvient en effet (Juë, lôrs de Isa fugUe de Hiérusalem -^ il avait aloi*ë dotize ërts — ^ ses parents le trouvèrent dans le temple,
« assis parrhî les docleurè, les écoulant et les interrogeant, émerûeillent par èon intelligence * et ses réponses tous ceux qui l'entendaient'^. »
Cet « émerveillement »« nous le retrouvons, dix-sept cents ans plus tard, chez des gens autremeht avertis que les sophérim de Hiérusal6m> ehez les professeurs de la faculté de médecine de Montpellier.
Bâville^ intendant de la province, leur ayant prescrit d'examiner les jeunes prophètes cévenols emprisonnés à Uzès, ils témoignèrent « être ravis en admiration de voir de jeunes personnes sans lettres prononcer des choses qu'elles n'avaient jamais apprises et citer la Sainte Écriture fort à propos ^ ». Quelque temps après, sans s'émouvoir autremeht de cette admiration collective, un médecin de génie, Boissier de Sauvage, rattachait à la pathologie mentale ces phénomènes alors universellement attribués à Tesprit de Dieu ou à Tesprit du diable.
Ce fut au cours d'accès analogues que leschou bar-lossef conta les paraboles et annonça le Royaume de lahvé, en