Philippe, rimage mentale, Paris, Alcan
Il résulte des expériences que j'ai faites sur moi-même, if y a quatorze ans, que le haschich déforme les neurones sensoriels. Une déformation leate des neurones mnésiques, et par suite des images qu'ils contiennent, ne saurait donc nous surprendre (Binet-Sanglé. Aclion du haschich sur les neurones. Bévue scienlif^iue, 1901).
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gie; elles se répandront profondément dans la substance cérébrale et la colonie visuelle prendra un grand développement. C'est donc la perméabilité et l'entraînement des appareils sensoriels qui font les visiielSf les auditifs, les kinesthésiqaeSy les grands peintres, les grands musiciens, les grands virtuoses.
Bien plus, dans chaque colonie mnésique, des souscolonies s'organisent.
Les colonies visuelles et auditives comprennent des sous-colonies pour les images graphiques (cécité verbale) et auditives des mots (surdité verbale) et des notes musicales (amusie).
La sous-colonie auditive des mots se subdivise elle-même en petits groupes pour les diverses langues, les substantifs, leschifTres. Beattrie rapporte le cas d'un homme qui, à la suite d'un coup sur la tête, perdit tout ce qu'il savait de gîte ^ Piorry observa un malade qui avait perdu la mémoire des substantifs. Selon Linné, le botaniste Mauget avait une amnésie restreinte au mot « pimprenelle » '^.
Bien plus, — et le nombre élevé des neurones cérébraux (six cents millions d'après Meynert, beaucoup plus d'après Lionel Beale) légitime cette hypothèse, — il existerait un groupe neuronien ou un neurone spécial pour chaque lettre de l'alphabet. Forbes Winlow a noté la perte de la lettre F & la suite d'une maladie aiguë ^.
Cette étroite spécialisation des neurones est admise par Golgi. Il remarque que la structure intime de ces cellules varie de Tune à l'autre, et estime que chacune d'elles ne répond qu'à une ondulation spéciale.
Dans la colonie kinesthésique, il existe une sous-colonie
1. RIbot. Le8 maladies de la mémoire. Paris, Alcan, 1909, p. 114.
2. Lagardelle. La mémoire dans la folie. Saint-Maixent, 1870.
3. Forbes Winslow. On ihe obscure diseases of the brain and disorders of Ihe mlnd, p. 258*
pour la marche, une seconde pour la natation (isthme de l'encéphale), une troisième pour le parler (pied de la troisième circonvolution frontale), une quatrième pour le chant, une cinquième pour l'écriture (agraphie), une sixième pour le dessin, d'autres pour les diverses virtuosités et pour les gestes.
D'ailleurs il est certain que chaque image n'occupe qu'un petit nombre de neurones. En effet, on ne peut se représenter la totalité d'un boulevard qu'en rapprochant mentalement les images de chacune de ses parties ; d'où il appert que Timage de chaque partie n'occupe qu'une portion de la colonie visuelle ^ Celle-ci est composée de petites rétines mnésiques, qui ont chacune leur centre de vision nette.
La reconnaissance.
Le phénomène de la reconnaissance implique d'ailleurs la localisation précise des souvenirs.
Voici comment je comprends ce phénomène. L'objet qu'on perçoit pour la seconde fois donne lieu à un système d'ondulations nerveuses qui vient s'emboîter exactement dans l'empreinte laissée par la première perception.
Or la perception du non encore perçu est, en raison de la résistance vaincue, toute différente, par ses accompagnements internes, de la perception du déjà perçu. Autrement dit, la facilité avec laquelle une image déjà perçue pénètre dans le cerveau, la sensation interne de nonrésistance qui l'accompagne nous suggère que l'objet avait déjà fait son lit dans une de nos colonies mnésiques.