‹ La folie de Jésus (volume 3)Chapitre 194 sur 410 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Corame les autres sentiments, les affections sont des sensations qui ont pour théâtre, dans le réseau sentimental, un sous-réseau spécial de neurones.

Ce sous-réseau peut ne point se développer; on a alors r idiot ou Vimbécile affectif y qui peut être un intellectuel. C'est à cette catégorie de sujets qu'appartenaient, à ce qu'il semble, La Rochefoucauld et Helvétius.

Inversement, par suite d'un arrêt de développement de certaines régions du cerveau, le sous-réseau affectif peut être le théâtre d'un court circuit intense, et Ton a la sensiblerie.

Ce trouble cérébral ne se rencontre guère que chez les êtres faibles de corps et d'esprit. Il est fréquent aux époques de décadence. La grandeur de Rome a coïncidé avec la vigueur physique de ses fils, leur bon sens, leur amour de la raison et de la justice ; sa chute avec le triomphe de la charité individuelle, inique, absurde, antisociale,

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le plus grand obstacle au perfectionnement de l'espèce.

En résumé, chez les dégénérés, on constate, suivant la localisation de leurs agénésies cérébrales, tantôt TinaSectivite, tantôt la sensiblerie.

L^inafTectivité et la sensiblerie peuvent aussi apparaître sous Tinfluence de Tinvolution sénile ou d^une intoxication altérant ou détruisant un certain nombre de neurones.

Lewes parle d'une jeune fllle qui, à la suite d'une affec^ tion du foie, fut atteinte d'une aneslhésiede l'amour filial ^

Chez un magistrat observé par Esquirol, une aiîeclion du foie détermina également une inaffectivité complète. « Penser à sa maison, à son intérieur, à sa femme et à ses enfants absents Taffectait aussi peu qu'un théorème d'Euclide*. »

Par contre, la sensiblerie est fréquemment observée pendant la convalescence delà fièvre typhoïde.

Les neurones affectifs sont impressionnés, scmble-t-il, par certains produits cellulaires. En effet nous éprouvons, suivant les époques de la vie, les saisons de Tannée, les dispositions de Torganisme, un besoin d'affection qui est indépendant de tout objet.

Les neurones affectifs èont distincts des neurones hédoniques. Nous n'aimons pas uniqifcment ce qui nous procure du plaisir. Tel enfant chérit la mère qui le brutalise. Tel amant adore la maîtresse qui le torture.

C'est le fait d'une psychologie bien superficielle que réduire Taltruisme à un calcul inconscient. Les raisons en sont plus intimes, plus mystérieuses. Elles enfoncent leurs racines dans les profondeurs de notre être, dans la trame de ses cellules, dans ses édifices moléculaires. C'est encore la chimie biologique qui détient le secret de nos affections.

l . Lewes. Physical basis of mind. p. 827.

9. Esquirol, cité par Ribot. La ptychologie dei aeniinienis, Paris, Alcan 1908, p. 54.

Elles sont CD relation étroite avec la ressemblance constitutionnelle. De la fleur à Tanimal, de Tinsecte au mammifère, de riiétérogénère* au congénère, du compatriote au parent, la sympathie de Thomme augmente. Elle diminue en sens inverse. L'homme n'aime les dieux que parce qu'il les conçoit à son image ; il les aime d'autant plus qu'il les conçoit plus nettement- L'amour divin qui, chez les sujets dénués d'imagination, n'a point d^accompagnement organique, va, chez les mystiques hallucinés, jusqu'à l'orgasme vénérien.

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