Krafn-Ebing, Psychopalhla sexualis, p
à dix-huit ans, dans un collège ecclésiastique puis dans un grand séminaire jusqu'à vingt-quatre ans; il fut alors ordonné prêtre.
Son caractère est timide. Il a peu de fréquentations, peu d'amis. Il est aussi charitable que l'était leschou bar-Iossef. Enfant, il relâchait les souris capturées dans la maison de son père : ridée qu'on les donnerait aux chats le remplissait de pitié. Il est sujet à des colères violentes et brèves.
« Durant toute son existence, il profita des enfants avec lesquels son ministère le mit en contact »...
Son désir se portait toujours sur les garçons de moins de vingt ans, les « imberbes », les « éphèbes », disait-il. « C'était comme une impulsion; il éprouvait le besoin de les serrer contre lui, de les faire entrer en lui, pour ainsi dire, comme une femme peut désirer un homme. L'acte accompli, il n'éprouvait aucun remords^ ».
Donc les invertis de naissance sont des psychopathes héréditaires.
D'autre part, il résulte des recherches de Spassof que « presque toujours, on rencontre une anomalie sexuelle chez les aliénés ^ ». Sur 195 d*entre eux, examinés à ce point de vue, 176, soit 90,5 pour 100 en présentaient une.
L*uranisme est fréquent dans la folie systématisée. D'après Sander, la pédérastie et les perversions sexuelles caractériseraient la forme originaire de celte vésanie^.
A ce point de vue, la paranoïa religieuse, la folie de leschou bar-Iossef, mérite une mention spéciale.
« C'est surtout dans la paranoïa erotica et religiosa^ dit KrafTt-Ebing, que la vie sexuelle est amenée à un degré
1. Jacques Baruk, in Bulletin de la Société de médeciae d* Angers, Séance du 6 avril 1911.
2. Spassof. Contribution à V élude de f instinct sexuel et de ses transformations dans les maladies mentales. Thèse de Toulouse, 1901.
3. Sander. Ueber eine specielle Forme der primaren Werrùcktheit, Archiv fur Psychiatrie, 1868-1869, p. 887.
morbide, que même elle devient perverse dans certaines circonstances ^ »
« La paranoïa religieuse porte, dans la plupart des cas, sur la sphère sexuelle; elle se manifeste par un instinct sexuel d'une violence morbide et d'une précocité anormale. Le libido trouve sa satisfaction dans la masturbation ou dans Textase religieuse, dont Tobjet peut être la personne d'un prêtre ou de certains saints^. »
On se figure généralement que les homosexuels sont avant tout des luxurieux. Il n'en est pas toujours ainsi. Beaucoup, certes, en raison de leur indifTérence à l'égard des femmes, passent à tort pour des hommes chastes (tel ce Charles XII, roi de Suède, que les uranistes revendiquent comme étant des leurs) et cachent sous une apparence puritaine une lubricité extrême. Mais il en est d'autres qui ignorent complètement Tappétit sexueP.
L'amour platonique, cette forme pathologique de l'amour, existe chez les uranistes, avec son cortège d'abnégation, de dévouement et d'imaginations romanesques. Assurément il est rare ; il tient d'ailleurs en partie au goût spécial de l'inverti pour l'homme normal, peu disposé à se prêter à ses fantaisies. Il n'en existe pas moins. Il est des uranistes vierges. Moll suppose même, non sans apparence de raison, qu'il est des uranistes sexuellement innocents.
V. Le sujet de l'observation 1 1 de Krafit-Ebing éprouva, dès l'âge de sept ans, « une sympathie étrange pour les hommes, notamment pour un colonel. A Taspect de cet homme, il sentait comme un coup de poignard dans son cœur ; il embrassait le sol où le colonel avait mis le pied. A l'âge de dix ans, il tombe amoureux d'un député du Reischstag. Plus tard encore, il s'en-
1. 2. KrafiTtrEbing. Psyehopaihia sexualU, Paris, Maloine, 1896, p. 498. 3. Nftcke, Panizza, Aleirino.
flemmaii pour des hommes, mais cet enthousiasme était pure* ment platonique ^ »
VI. Le sujet de Tobservalion 12a, qui rêvait comme lescbou bar-Iossef de s*asseoir sur un trône, s'exprime en ces termes : « Je fus amoureux fou d'un très grand artiste dramatique, ensuite d*un employé d'une banque et d*uti de mes amis, deUx jeunes gens qui étaient loin d'être beaux et dé porter sur les sens. Cet amour était purement platonique et m'enttatnait par* fois à faire des poésies enflamméei)*. n
Vit. Le sujet de l'observation i32 était également atteint d'homosexualité platonique, «t L^amitié, Taccolade cordiale, un baiser lui suffisaient 3. »
Il y a tous les degrés dans ce genre d*amour :
VIII. Un sujet, étudié par Antheaume et Parrot, Antonio, fut élevé religieusement. A neuf ans, il fut aimé par un prêtre et forma le projet d'entrer chez les Dominicains. Lorsqu'on lui rap* pelle cet incident de sa vie, il manifeste une pudeur quasi-féminine.
« A seize ans, dit-il lui-même, je fus pris d'une passion folle pour un jeune garçon de onze à douze ans. Je guettais son passage dans la rue^ je pâlissais, ma gorge se serrait, mes jambes fléchissaient et il m'était impossible d'articuler une parole. Je prenai3 la fièvre, le désir m'assaillait et, seul, en pensant â lui, je m^excitais... J'aurais voulu le caresser, m'occuper de lui, le presser sur mon cœur, mais parfois à ce sentiment maternel et pur se mêlait une pointe de désir charnel... La société des jeunes filles ne m'attirait plus du tout alors. Je les traitais comme des camarades, et elles me répugnaient même si je pen-* sais au rapprochement sexuel... J'aime les jeunes et beaux garçons;... je suis plus pur en cet amour que tous les jeunes gens que je connais et qui sont tous coureurs de Clles^. v