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CHAPITRE VI

LES tfAlMES

PHYSIOLOGIE DES HAINEë

La disposition à la haine, ce que j'appellerai le misisme (de {f-loo;, haine), est fonction de la composition ckitnique de l'organisme. Aussi y a-'t-il une relation étroite entre le inisisme et Tespèce^ la race, la constitution, le temjléroipent.

La haine à Tétat naissant (antipathie) s'observe entré espèces différentes (cheval et chameau^ chien et chat, fourmi et abeille) et entre individus d'une môme espèce (chevaux, chiens).

Chez rhoinnie, elle existe entre les raee$ (antipathie des Américains pour leâ nègres et les Japonais, des «fuifs pour les goïm, des Aryens pour les Juifs, des Arabes pour les Français). « Faites bouillir ensemble, disait Bugeaud, des Français et des Arabes, il se formera deux bouillons séparés. »

Les préjugés de race ne sont donc que la manifestation mentale de phénomènes chimiques qui dureront tant qu'il

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y aura dés races dans rhumanité. Les hDmnres intelligents, instruits, façonnés par la vie, peuvent Sominer ces sentiments antisociaux, les refouler, en rendre nulle la manifestation extérieure. Us peuvent clarifier leur être dans Tisoiement et le calme de la pensée : le moindre remous fera ^^emonler, comme une vase, les haines de race à la surface de leur conscience. Chez le vulgaire, elles troublent même la conscience morale. Combien d'hommes, corrects à Tégard de leurs congénères ou de leurs compatriotes, n'hésitent pas à se montrer insolents, brutaux, improbes ou ingrats à regard des hélérogénères ou des étrangers !

Dans une même race, l'antipathie existe entre les faibles et les robustes, les tristes et les gais, les humbles et les orgueilleux, les avares et les prodigues, les raisonnables et les passionnés, les apathiques et les actifs. Elle existe même entre les professions, parce que, dans le choix d'une profession, le caractère joue un rôle primordial. Elle existe surtout entre les religions et les sectes, et elle est ici d'autant plus vive que les doctrines en présence impliquent, de la part de leurs fidèles, un caractère plus difl'érent. Ribot^ cite l'antipathie des paKens de Rome, formalistes et procéduriers, pour les cultes de TOrient, artistiques et orgiaques. Il aurait pu citer aussi l'antipathie des catholiques, imaginatifs et sentimentaux, pour les protestants, ergoteurs et austères.

La constitution, le tempérament, le caractère se manifestent dans l'allure, l'altitude, le geste, la physionomie. Aussi l'antipathie peut-elle être immédiate, instantanée. Elle est, disaient les Concourt, « un premier mouvement et une seconde vue », seconde vue plus ou moins rapide, flair plus ou moins délicat, suivant les sujets et leur expérience des hommes.

1. Ribot. Problèmes de psychologie affective, Paris, Alcan, 1910, p. 110.

LES HAINBS

Au point de vue physiologique, ce que j'ai dit de l'affection peut s'appliquer à la haine.

La haine est une sensation interne, qui a pour théâtre une sous-colonie de neurones, un sous-réseau cérébral différencié. En eff'et elle se présente à la conscience comme un sentiment spécial, et elle se traduit, surtout dans son mode aigu, la colère, par des réflexes spéciaux : aspirations irrégulières, expirations violentes, bégaiement, bredouillement, renforcement et raucité de la voix, accélération et renforcement des battements du cœur, dilatation des vaisseaux des yeux qui s'exorbitent et s'illuminent (la rougeur de la colère commençant par les yeux, alors que celle de Tamour commence par le front et celle de la honte par les yeux et les oreilles), dilatation des vaisseaux des tempes, du cou, des fosses nasales pouvant aller jusqu'à Tépistaxis, du poumon pouvant aller jusqu'à l'hémoptysie, du cerveau pouvant aller jusqu'à l'hémorragie cérébrale, augmentation des sécrétions salivaire, biliaire, lacrymale, sudorale, contraction du sphincter des lèvres et des masséters, grincement des dents, dilatation des narines, plissement du front, fermeture des poings, agitation des bras, piétinement, marche, bondissements, tremblement. Tout cela implique un circuit nerveux et, par conséquent, des neurones sentimentaux nettement diff'érenci es.

Une autre preuve de l'existence du sous-réseaa misique est la transmission héréditaire de haines spéciales. Cette transmission ne peut s'expliquer que par la réapparition, chez le descendant, d'un groupe spécial de neurones. Lloyd Morgan dit d'un chien qui baissait les bouchers : « Chez son grand-père, son père et deux demi-frères la même antipathie était innée. Un d'eux se jeta, un jour, sur un homme qui entrait dans un hôtel, où son maître logeait. Celui-ci saisit son chien et s'excusa en disant qu'il ne l'avait

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VU agir ainsi qu'avec les bouchera. Le Burvânant déclara aussitôt que tel était son métier ^ »

L'accès de haine résulte d'un court-circuit sur ce sousréseau spécial. On peut le provoquer artiflciellement i Taide des alcools inférieurs, du haschich ou des agarics. Certains poisons organiques, comme le sperme, ont la môme action : les animaux castrés, tels que le bœuf et le mouton, sont inoifensifs^ alors que la moindre cause met le taureau ou le bélier en fureur. Les irritabilités du dys-^ peptique, de Taortique et du goutteux sont également des phénomènes toxiques.

Suivant la soudaineté, l'intensité, la durée et la réparti** tion du court-circuit misique, on a la mésintelligerice^ Vati' UpathiCf Vanimad version^ Vanimo$itéy le ressentiment y la rancune y Y exécration ^ V horreur ^ la colère ^ V emportement^ le courroux^ Y exaspération ^ la fureur ^ la rage.

Chez certains dégénérés, la sous-colonie de la haine est toujours sous pression, pression douloureuse qui exige une décharge, comme la pression sexuelle. « J'ai connu, écrit le naturaliste Virey, des hommes chez qui Tirasci* bilité (il veut dire la colère) était devenue un besoin. Ils cherchaient querelle à tout le monde, principalement à leurs amis, car ils exigeaient plus d'attentions de leur part que de tous autres^ Ils étaient très désappointés lorsqu'on refusait de contester avec eux; et leurs domestiques n'ignoraient pas qu'ils seraient brusqués davantage, s'ils ne prêtaient un léger élément pour faire dégorger la mauvaise humeur habituello à leurs maîtres ^ »

Certaines sensations, par exemple les sê^nsations internes engendrées par l'électricité atmosphérique, augmentent la colère en augmentant le dégagement du potentiel nerveux et rintensitc du court-^circuit. En revanche, celui-ci

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