‹ La folie de Jésus (volume 3)Chapitre 269 sur 410 · Évangile de Lucas, XII · texte numérisé non relu

Évangile de Lucas, XII

3. Toujours le nombre dix. Il est probable que pendant longtemps leschou bar-Iossef n*eul que dix apôtres.

de savoir comment chacun en avait trafiqué. Le premier vint y disant : « Seigneur, ta mine en a produit dix autres » (je t'ai recruté dix autres disciples). — « Courage^ bon ser- « viteury dit le maitrcy puisque tu as été fidèle en peu de « chose y tu dois avoir le gouvernement de dix villes. » (Les apôtres étaient destinés à gouverner les tribus d*[sraël.)

Le second se présenta disant : « Seigneur ta mine en a « produit cinq autres, » — « Alors, toi, lui dit-il aussi, do- « mine sur cinq villes. »

« Un autre se présenta, disant: « Seigneur, voici ta mine « que f ai tenue enveloppée dans un linge^car je t'ai craint a parce que tu es un homme rude (c'était en effet le carac- « tère de leschou bar-Iossef), réclamant ce que tu n'as point a placé, et moissonnant ce que tu n'as pas semé. » — « Je « te Juge d'après ta bouche, ô mauvais serviteur; tu sais u que je suis un homme rude, réclamant ce que je n'ai « point placé, et moissonnant ce que je n'ai pas semé. Pourvu quoi, alors, n'as-tu pas mis mon argent dans une banque^ « de façon qu'à mon retour je l'aie retrouvé avec usure? »

« Or il dit à ceux qui étaient présents : « Otez-lui la mine « et la donnez à celui qui en a dix. » — « Seigneur, lui dirent- « ils, il en a déjà dix ! » — « Car, je vous l'assure, celui qui <c a recevra encore; et à celui qui n'a pas, il sera enlevé ce « qu'il possède... Amenez en outre ces miens ennemis, ceux « qui n'ont pas voulu que je régnasse sur eux, et les tuez en « ma présence * / »

1. Évangile de Lucas, XIX. D'après Ëpiphanès, Tauteur de VÉvangile des ébionim mettait cette parole dans la bouche de leschou bar-Iossef: « Je suis venu pour abolir les sacrifices et, si vous ne cessez de sacrifier, la colère ne se retirera point L » (Épiphanès. Contre les hérésies.)

lesohou bar losaef et les riches.

Tant que leurs organes leur permettent de couler d'heureux jours, les riches consacrent peu de temps à la religion. Chez eux, l'apparition de la piété coïncide avec la sclérose de Testomac et des organes génitaux. Alors un grand mépris leur vient pour cette guenille qui ne se prête plus à leurs désirs. Ils aspirent à revêtir une forme nouvelle, à vivre une nouvelle vie et, changeant le cours de leurs spéculations, ils achètent des actions du Royaume des deux.

Le Royaume des deux est une valeur très aléatoire. Elle n^est pas admise à la cote. Elle est négociée par le Vatican. Car le Vatican est une maison de banque avec son gouverneur, le camerlingue, et ses régents, les chambriers. Le Vatican a accompli ce prodige d'écouler pendant vingt siècles, parfois à des prix exorbitants, des actions dont il ne produisait pas les titres, qui ne comportaient point de dividendes et dont tous les porteurs étaient à découvert. Par ses courtiers, missionnaires et prédicateurs, il a fait miroiter aux yeux des gogos, je veux dire des goïm, les richesses d'un pays de cocagne, situé en un point mal défini du firmament : jardin immense et délicieux, arrosé par la Fontaine de Jouvence, ombragé par PArbre de Vie et entretenu par des séraphins, des chérubins et des puissances, qui sont tous des harpistes distingués. Des peintres à sa solde, des peintres de génie, ont abondamment illustré les prospectus. Le Vatican promet à ses actionnaires de les ressusciter après leur mort, de leur faire pousser des ailes audessous des épomides et d'alléger leur corps de telle sorte qu'ils puissent s'asseoir sur les cumulus. Ainsi renouvelés^

ils contempleront la face du dieu des Juifs et, enivrés par des ariettes, des cavatines et des andantes, jouiront d'un repos et d'une félicité éternels.

Vainement les astronomes ont fait savoir que rien ne permettait de soupçonner l'existence du Royaume des deux. Les actions du Vatican n'en trouvent pas moins preneurs. Que dis-je? On se les arrache. Comme au temps de François Rabelais, les braves golm affluent dans l'Ile Sonnante, autour du Papegaut et de ses cardingaux. Pie X rend des points à Law^ et, en longeant la via délia Zecca^, qui conduit au magnifique musée du Vatican, j'ai songé à la rue Quincampoix.

Les monarchies, dont le christianisme est le plus ferme appui, encouragent, on le conçoit, cette singulière entreprise. Elles construisent les succursales de la banque chrétienne. Elles paient grassement ses employés et ses courtiers.

Le Vatican n'en paraît pas moins à la veille d'une catastrophe. Un à un, dans les pays les plus arriérés, les représentants du peuple se lèvent pour défendre la fortune publique.

Le gouvernement français a déjà mis la main sur un vieux fonds de réserve, qui représentait le travail immense des générations. Qui dira les fatigues, les tristesses et les angoisses que Jacques Bonhomme s'était imposées pour acheter quelque pauvre action du Royaume des deux ! Puisse le fruit de son labeur et de ses peines échapper aux bandouliers de la politique, aux francs-taupins de la finance, aux carroubleurs de la basoche, à tous les requins embusqués dans les sargasses de la Loi !

Or celui au nom duquel la banque vaticane fut fondée

1. John Lftw appartient k la catégorie des financiers utopistes. Uicn ne permet de le considérer comme un malhonnête homme.

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