CHAPITRE IV
LIHAGINATION CONSTRUCTIVE
MÉCANISME DE L'IMAGINATION OON8TRUOTIVE
Les iniagf^s muésiques subissent dans le cerveau une élaboration qui est le plus souvent inconsciente. Elles sont brisées, disloquées, séparées ; les morceaux qui ne nous intéressent point sont éliminés, c'est-^-dire oubliés; le reste sert à agencer des images nouvelles que j'appelerai fabriquées. Si donc, les images fabriquées ne répondent, dans leur forme générale, à rien de réel, chacun de leurs détails est emprunté à la nature. L'homme ne crée rien, il cornpose, vérité élémentaire qu'oublient trop souvent les mathématiciens, les ingénieurs et les poètes. Les plus vertigineuses constructions des géomètres empruntent leurs éléments aux trajectoires des astres, aux cristaux, aux formes biologiques inférieures. Nos ingénieurs s'essaient péniblement à des caricatures de poissons et de volatiles antédiluviens, et les poètes édifient dans les nuages du rêve des palais sublimes qui ne tiennent debout que parce qu'ils louchent le sol. Relisons la légende d'Anlée.
La fabrication des images, travail nerveux, est soumise
iOâ LA FOLIE DE JÉSUS
aux lois de la mécanique. Elle s'accompagne d'une congestion du cerveau et d'une élévation de la température de la tête, que certains écrivains ou artistes, Rousseau, Bossuet, Grétry, Schiller, Milton, Descartes, Leibnitz, Rossini, ont essayé d'obtenir artificiellement. Rien ne prouve mieux qu'elle est une des conditions physiologiques de l'imagination constructive.
L'imagination constructive existe chez certains animaux dits créateurs : le termite, la fourmi, l'abeille, la guêpe, le castor et la plupart des oiseaux.
Elle est très développée chez Thomme primitif, fécond en mythes et en légendes et, conséquence obligée de la loi de Serres, chez Tenfant, qui est un petit homme primitif. Elle apparaît, chez lui, dès l'âge de trois ou quatre ans.
« Un enfant de trois ans et demi, écrit Ribot, voit un boiteux cheminant le long d'une route. Il s'écrie: «Maman, vois le pauvre homme avec sa mauvaise jambe ! » Puis le roman commence : « Il était sur un grand cheval, il est tombé sur une grosse pierre, il a heurté sa pauvre jambe, il faudrait trouver quelque poudre pour le guérir, etc.
« Une autre (cinq ans et neuf mois), ayant trouvé une pierre percée, inventa un conte de fées ; le trou était une belle salle habitée par des personnages brillants et mystérieux, etc. *. »
Il est autant de types imaginatifs qu'il est de types sensoriels, de caractères, de tempéraments, de bioprotéons humains.
Les images se systématisent, s'orientent, se polarisent, suivant nos sentiments, nos besoins, nos désirs, nos desseins, nos fins dernières. « Chacun perçoit le présent, revit le passé, et envisage l'avenir, en fonction de son humeur, obéissant sans le savoir à ses prédilections et à
1. Ribol. Essai sur l'imagination créatrice. Paris, Alcan, 1908, p. 97.
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ses goûts, arrangeant lexpérience et les choses du mom^e par un art involontaire dont ii ignore les 1< i^, et dont » a personnalité nous livre le secret ^ »
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LMMACIINATION OON8TRUOTIVK OHKZ IK80H0U BAR-IOSiET
Chez leschou bar-Iossef, les images gravitent autour de Terreur primordiale. Il s'efforce de rattacher à sa filiation divine et à sa messianité le troupeau qu'il rencontre, le champ de blé ou la vigne qu^il longe, le iiguier sous lequel il se repose au milieu du jour.
Elles sont vagues, du reste, ces compositions, inconsistantes et crépusculaires, sans traits pittoresques et sans couleur. Les personnages sont des ombres évanescentes, des croquis d'enfant sur un mur. Il n'est si médiocre littérateur qui voulût avoir écrit les paraboles. Qu'on lise, après la moins mauvaise^, un conte d'Edgar Poe ou d'Hoffmann ! D'Holbach leur préférait les fables de La Fontaine.
Evidemment l'homme qui les composa n'était ni un observateur, ni un penseur, tout au plus un imaginatif atteint d'asthénie.
Cette faiblesse de l'imagination créatrice chez le Fils d'Élohim concorde d'une part avec la simplicité de ses hallu* cinatioQS, d'autre part avec son altitude devant ses juges. Un homme d'une imagination vive, en évoquant le supplice qui l'attendait, eût trouvé d'autres paroles.
Aussi bien l'imagination du mystique est presque tou-