‹ La folie de JésusChapitre 156 sur 171 · leschayahou, LVI. Traduction Ledrain · texte numérisé non relu

leschayahou, LVI. Traduction Ledrain

2. Évangile selon Lucanus, XXII. On lisait d'autre part dans l'Évangile des égyptiens : « Je suis venu pour détruire les œuvres

Les anciens juifs pleuraient, sanglotaient, poussaient des cris, s’abstenaient de vin et de toute boisson enivrante, s éloignaient des femmes, déchiraient leurs vêtements,s’habillaient d’unsac, laissaient pousser leurs cheveux, se couvraient la tête de cendre. Les encratistes, secte judéo-chrétienne des premiers siècles de l'ère vulgaire, ne buvaient ni vin, ni liqueur, et vivaient dans une continence rigoureuse, regardant même le mariage comme une luxure.

Les simples croyants s’en tiennent à ces signes de deuil. Mais aux dévots et aux fanatiques ces pratiques ne suffisent plus. 11 leur faut les macérations et les mortifications, le cilice de poil de chèvre ou de crin de cheval, la haire garnie de pointes, les flagellations à l’aide de chaînettes de fer, de cordelettes de chanvre ou de parchemin garnies de nœuds.

Ces pratiques se retrouvent dans toutes les religions, chez tous les fanatiques, depuis les ascètes chinois, hindous et égyptiens jusqu’à ce Pierre Damien et à ce saint Dominique l’Encuirassé qui, au ‘x siècle, introduisirent la discipline dans le monde occidental et servirent d'exemples aux confréries de flagellants des xm1° et xiv° siècles.

Ces demi-fous religieux sont encore dépassés par les aliénés mystiques qui pratiquent l’automutilation.

« C'est dans le délire religieux, dit Dagonet !, que l’on a observé les exemples de mutilations les plus inconcevables. >

de la femme, c'est-à-dire la concupiscence dont les œuvres sont la génération et la mort, » (Clémens (d'Alcxandria), Stromates, III, 9.) 1. Dagonet. Trailé des maladies mentales, p. 320.

MACÉRATIONS ET AUTOMUTILATIONS 271

Les fakirs hindous boivent de l’urine, fixent le soleil, restent immobiles pendant des années, exposés aux rayons de l’astre, le poing fermé de manière à ce qu'en poussant les ongles leur pénètrent dans la paume, se suspendent à des crampons aigus qui leur traversent les chairs, se font écraser par le char sacré pendant les fêtes de Jaggernaut.

Les lamas s'ouvrent le ventre.

Les derviches se font des plaies avec des couteaux et se brûülent au fer rouge.

Les aïssaouas mangent du verre pilé et des feuilles de cactus, se transpercent les joues avec des pointes de fer, passent leur langue sur des lames de fer rougies au feu, se font comprimer le ventre par une corde à nœud coulant, s’exposent aux morsures du scorpion ou du céraste.

Les convulsionnaires de Saint-Médard se faisaient rouer de coups, tirer aux quatre membres, suspendre par les pieds, crucifier, comprimer le ventre à l’aide d’une planche sur laquelle montaïient plusieurs personnes ou se plongeaient dans les flammes.

Le moine égyptien Schnoudi et le Père Lacordaire se firent crucifier. Ce dernier resta trois heures sur la croix:

Un cordonnier vénitien, Mathieu Lovat, parvint à s’y suspendre lui-même.

Les prophètes juifs mangeaient de la fiente ou se tailladaient les chairs avec des glaives.

Dans les premiers siècles de l'ère vulgaire les chrétiens fanatiques d'Asie-Mineure se pressaient en si grand nombre devant les tribunaux pour demander le martyre que les proconsuls étaient

obligés de les faire chasser par leurs soldats.

Les fous mystiques se mutilent d'autant plus aisément qu'ils sont fréquemment atteints d’analgésie.

« Il n’est pas rare, dit Cotard, de voir des individus atteints de délire partiel, surtout à forme religieuse, supporter volontairement des tortures horribles, se brûler,se mutiler sans que leur physionomie exprime la souffrance", »

Leurs procédés de choix sont la castration (eunuchisme), l'énucléation de l’œil (œdipisme), la combustion volontaire (scævolisme).

Profondément suggestibles, ils ont accepté cette idée, commune à toutes les religions, que la douleur humaine ou la privation d’un plaisir humain est douce au cœur des dieux et, pour leur être agréables, ils font de préférence porter la mutilation sur les parties du corps qui leur procurent les plaisirs les plus vifs.

Comme l’a fait remarquer Ball ?, l’immense majorité des mutilations mystiques intéresse les organes sexuels. |

Cela s'explique d'autant mieux que les fous religieux sont des dégénérés.

1. Cotard. Maladies cérébrales et mentales, p. 280. 2. Ball, Leçons sur les maladies mentales, p. 594.

Or, chez beaucoup de dégénérés, le désir sexuel est intense, fréquent, indomptable et sa satisfaction donne lieu à une volupté extrême. Aussi la provoquent-ils par tous les moyens, surtout par celui qui est à la portée de tous : la masturbation.

Certains d’entre eux s'émasculent même, en dehors de toute préoccupation religieuse, dans un but curatif, pour supprimer ces obsédants désirs.

Curling relate les observations suivantes :

Ün individu de viagt-deux ans se châtra pour se guérir de ses habitudes de masturbation :.

Un garçon cordonnier, grondé par son maître pour avoir fréquemment souillé ses draps de sperme, essaya de se châtrer ?.

Ua vieillard, pensionnaire d’un asile d’indigents,

allait être renvoyé pour avoir entretenu dans la maison même des relations sexuelles avec une idiote, lorsque, par désespoir et pour se débarrasser de ce qui avait causé sa perte, il s'enleva les testicules avec un rasoir *.

D’après Marach un maréchal ferrant, qui s’adonnait fréquemment au coït et à la masturbation, ayant entendu dire que la castration était un remède souverain, prit un rasoir et s’émascula complètement *,

Un instituteur des environs de Kiew viole et tue une petite fille de onze ans puis se châtre, pour se délivrer de besoins sexuels si impérieux qu'il était

1, Millant. La castration criminelle et maniaque, Th. de Paris, 1902. 2. Edimbourg medical and surgical Journal, 1837, p. 93.

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