CONCLUSION
Sans tenir compte des dogmes, des préjugés, des idées reçues, de l’enseignement officiel, de l'opinion générale, me basant uniquement sur les données des historiens orthodoxes qui, avec une évidente bonne foi, nous-ont conservé, sans en comprendre la nature, un grand nombre de faits réels, j'ai essayé d’appliquer à Ieschou bar-lossef la méthode des sciences naturelles, d'établir en partie son observation clinique.
Né entre la Mediterranæa et le lac de Tiberias, au fond d'une province montagneuse, boisée, peu fréquentée, sauvage, dans un pays de bon vin, à une époque où l'alcoolisme sévissait sur la peuplade juive, dans un bourg perdu dont les naturels étaient la risée des citadins ; fils d’un pieux charpentier et d’une dévote, frère d'un ascète rabougri et crasseux qui, suggestionné par lui, devint à son tour chef de secte et paya son fanatisme de sa vie, oncle d’un chef de secte qui eut le même sort, grand-oncle de rustres dont 1a naïveté et l’impuissance excitèrent la pitié des romains, comptant dans sa famille sept mystiques sur treize membres; petit de taille et de poids, délicat de constitution, ayant présenté une anorexis
de longue durée et une crise d’hématidrose, mort prématurément sur la croix d’une syncope de déglutition facilitée par l'existence d’un épanchement pleurétique vraisemblablement de nature tuberculeuse et siégeant à gauche ; ayant des idées d'eunuchisme, d’œdipisme et d’amputation manuelle, révélateurs de désirs sexuels ardents sinon de perversion sexuelle, au demeurant impuissant et stérile, [eschou bar-Iossef nous apparaît déjà comme un dégénéré physique et mental.
L'étude, dans un second volume, de ses connaissances, de ses idées, de son délire, de ses hallucinations, dans un troisième volume, de ses émotions, de ses sentiments et de ses actes me permettra de compléter le tableau.
On verra alors à quel aliéné typique, classique, :
évident l’humanité a sacrifié, depuis vingt siècles, tant d'art, tant d'énergie, tant de bonheur, tant de vies humaines !