UN NOM CLÉRICAL
Celui que nous appelons Jésus s'appelait en réalité Jeschou. Ce nom provenait de la contraction du vieux nom juif lehoschoua, qui était devenu d’abord leschoua, comme chez nous Jehan est devenu Jean, et qu’on prononçait leschou.
Il signifie secours d’Iahvé, Iahvé étant ce dieu des juifs dont nous avons fait Jéhovah.
C'était donc un nom mystique, un nom clérical, comme en grec Theophilos (Théophile, ami de Dieu) ou Théodoulos (Théodule, esclave de Dieu), comme en français Dieudonné.
Ce nom, d’ailleurs très commun à l'époque, était de ceux que les parents dévots choïsissaient pour leurs enfants.
D'Ieschou les Grecs ont fait Jésous — c’est le nom que porte le nazaréen dans le texte grec original des évangiles — les latins Zesu ou Jesu, qu'on prononçait lesou ou Jésou.
Les gens du nord, qui évitent les fortes expirations, ont transformé en uw les où de tous les mots qu’ils empruntèrent au grec ou au latin. Le langage y a gagné en délicatesse et en distinction ; il y a perdu en sonorité et en ampleur. Le rude Ièsous est devenu le doux Jésus.
Les juifs ne connaissaient pas le nom de famille ou du moins ils ne l’'employaient qu’exceptionnellement, lorsqu'il s'agissait d’un personnage appartenant à une lignée illustre par sa dévotion ou par ses vertus, d’un de ces descendants de Lévi, de Rékab ou de Saddok, dont nous avons fait les lévites, les rékabites, les saddoukim ou sadducéens.
D'ordinaire, pour se distinguer entre eux, ils ajoutaient à leur nom particulier — nous dirions aujourd'hui à leur prénom — le nom particulier et unique de leur père, en intercalant entre les deux la particule bèn s'ils parlaient l’hébreu, ou la particule bar si, comme leschou, ils parlaient l’araméen, particules qui signifient l’une et l’autre « fils de ».
Chez eux Blaise Pascal fils d'Étienne Pascal se fût appelé « Blaise fils d'Étienne », le nom de famille n’existant pas.
Deux [eschou se distinguaient entre eux en ce que l’un par exemple était fils de Jacob (bar-Iadkob) et l’autre fils de Joseph (bar-lossef).
Jésus était un Jeschou bar-lossef.
Son père en effet s'appelait Iossef (Joseph). Sa mère s’appelait Miryam (Marie).
LA GALILÆA 63
LA GALILÆA
Jossef et Miryam habitaient cette province que l’affluence des syriens, des phéniciens, des arabes, des grecs et des romains avait fait surnommer Guelil ha goyim, le cercle des nations ou des étrangers (en latin gentiles), le cercle des gentils.
Du Guelil ha goyim, par abréviation Guelil ha, les grecs firent la Galilaia, les romains la Galilæa, les français la Galilée.
La Galilæa faisait partie de l’empire romain, de la province de Syria et de la tétrarchie d’Hérodès Antipas, petit royaume vassal analogue à la résidence do Tunis.
C'était, entre la Méditerranæa et le lac de Tibérias, une région montagneuse et boisée, rappelant les Vosges de Jeanne d'Arc, les Cévennes des prophètes camisards, le pays de Bernadette Soubirou.
Les communications y étaient difficiles et l’action civilisatrice de l’étranger ne sy était fait sentir que dans les points les plus accessibles. Partout ail-
leurs l’ignorance était profonde et la religiosité
intense, comme l'avait prouvé, avant Ieschou, la révolte du mystique Iehouda (Judas) de Gamala.
Le galiléen Iehouda de Gamala était une sorte de Raiïsuli qui, dans sa haine de l'étranger, du goy, de l'infidèle, de ce que les musulmans eussent appelé ces « chiens de palens », avait osé s'attaquer à l’autorité romaine. Il avait été mis en croix.
À Hiérusalem, où ils venaient pour la paskhâ (la pâque) et pour la fête des Huttes, les galiléens, qui parlaient avec un accent désagréable le patois araméen ‘, étaient considérés comme, à Paris, les paysans de la Basse-Bretagne, qui conservent dans la grande ville leurs amulettes et leur crédulité. L'expression de « sot galiléen » était devenue proverbiale *,
lossef et Miryam habitaient Nazareth *.
C'était, comme tous les villages galiléens, une agglomération de cases, avec des aires, des pressoirs, des puits et des tombeaux, parmi les figuiers, les
grenadiers, les oliviers et les cactus. Elle possédait
une synagogue, une fontaine, une place publique. Elle était étagée sur un amphithéâtre entouré de collines rocheuses et des ruisseaux, venus des ravins
1. Évangiles selon Markos XLV ; Matthias, XXVI. Actes des apôtres, II.