‹ La folie de JésusChapitre 35 sur 171 · Ernest Renan, Loc. cit. Introduction, XC · texte numérisé non relu

Ernest Renan, Loc. cit. Introduction, XC

pays montagneux, boisés, peu fréquentés, peu civilisés, riches en vins ;

Que les théomanes appartiennent le plus souvent à la classe ouvrière ;

Que l1 folie religieuse donne lieu à des épidémies familiales;

Que la folie religieuse à deux est un phénomène fréquent entre frères et que, dans ce cas, elle se présente avec des caractères différents et parfaitement déterminés chez le sujet actif et chez le sujet passif ?

Comment des conteurs, autres que des médecins et des aliénistes,eussent-ils pu savoir que les dégénérés mystiques sont en général faibles de constitution;

Qu'ils sont sujets à desanorexies de longue durée;

Qu'on constate parfois chez eux un phénomène connu sous le nom d’hématidrose ou sueur de sang et que ce phénomène, provoqué le plus souvent par la terreur et facilité par le froid, apparaît au milieu d’une crise d’agitation et d’angoisse et peut s'accompagner d’hallucinations ;

Que la tuberculose est fréquente chez les dégénérés mystiques ;

Que, si l’on perce d’un coup de lance, immédiatement après sa mort, un sujet atteint d’épanchement pleurétique de nature tuberculeuse, il sort par la plaie un mélange de sang et d’eau ;

Qu'un sujet atteint d’épanchement ne pourra porter une croix et que, si on le crucifie, il mourra plus vite qu’un sujet en bonne santé :

Que les crucifiés souffrent de la soif et que, si on leur donne à boire, on s’expose à les voir mourir

de syncope au moment où ils absorbent le liquide?

Comment des conteurs, autres que des médecins et des aliénistes, eussent-ils pu savoir que les fous religieux sont en général des ignorants, très suggestibles, appartenant à une famille dévote et nourris exclusivement de lectures religieuses ;

Qu'ils puisent dans ces lectures ou dans la suggestion verbale les idées à l’aide desquelles ils édifient leur délire ;

Qu'ils subissent parfois l’action d’un autre fou religieux, tel qu'Iohanan le Baptiseur (Jean-Baptiste);

Que les premiers symptômes de la folie religieuse se manifestent fréquemment à l’âge de la puberté ;

Que le théomane se croit l’instrument, l'agent de Dieu, parfois son fils ; qu’il peut se croire à la fois le fils de Dieu et le fils d’un autre personnage, tel que David, Dieu et roi tout ensemble, tout-puissant et immortel ;

Que les idées mégalomaniaques, telles que construire un temple en trois jours, calmer une tempête, revenir sur les nuées du ciel, instituer le royaume de Dieu et sauver le monde sont chez lui des conceptions fréquentes jusqu’à la banalité ;

Qu'il a souvent des hallucinations auditives et visuelles, les visuelles présentant ce caractère que les objets vus sont vus de bas en haut et entourés d’une lueur ?

Comment des conteurs, autres que des médecins et des aliénistes, eussent-ils pu savoir que la folie religieuse se développe le plus souvent sur un tèrrain mélancolique ;

Que le fou mystique est d’un orgueil extrême;

Qu'il n’aime que lui et ceux qui croient en lui ;

Qu'il haïit, d’une haïne farouche, ceux qui lui dénient sa nature divine ;

Que la contradiction sur ce point provoque chez lui des accès de colère au cours desquels il peut proférer des iniures ou se livrer à des violences, renverser des tables ou donner des coups de fouet ;

Qu’il est sujet aux idées de persécution et à la crainte, qu'il se croit entouré d’ennemis ou possédé du diable ;

Qu il se livre communément à des actes marqués au coin de la plus parfaite incohérence, tels que maudire un figuier ou tancer le vent ;

Qu'on constate fréquemment chez lui la réunion des symptômes suivants : É

Idées de domination ;

Idées de possession ;

Idées d’immortalité ;

Idées de destruction, par exemple idée de la fin du monde ;

Idées d'automutilation sexuelle :

Anxiété mélancolique ;

Syndrome connu sous le nom de syndrome de Cotard ;

Que le fou religieux abandonne le plus souvent son métier et sa famille et, sujet à des accès de dromomanie, erre à travers la campagne sans jamais rester longtemps au même endroit ?

Comment des conteurs, autres que des aliénistes, eussent-ils pu savoir que les fous religieux font souvent des prosélytes et arrivent parfois à fonder, s’ils sont dans de bonnes conditions de temps et de lieu

et si la police n'intervient pas pour les diriger sur un asile, des sectes ou des religions ?

Comment eussent-ils pu décrire avec une pareille exactitude les symptômes des maladies nerveuses et les caractères de leurs guérisons par la suggestion à l’état de veille ?

S1 les évangélistes sont des conteurs, ces conteurs sont assurément des neurologistes et des aliénistes au courant des acquisitions les plus récentes de la neurologie et de la psychiatrie contemporaines.

Or, à l’époque où furent écrits les évangiles, la neurologie et la psychiatrie n'étaient point nées.

Les évangélistes ne peuvent donc être des conteurs.

Ce sont,comme l’ont bien vu les Renan,les Strauss, les Albert Réville, les Edmond Stapfer, des historiens, des biographes ; ce sont à mes yeux de braves gens qui ont vu évoluer sous leurs yeux,sans en comprendre la nature, un cas de théomanie, un cas de folie religieuse et qui ont décrit naïvement ce qu'ils ont vu.

Réfractée au travers de leur cerveau simpliste, embuée de leurs opinions,de leurs conceptions et de leurs tendances, la vérité ne nous en arrive pas moins suffisamment claire pour qu'on puisse reconstituer la personnalité d’Ieschou bar-lossef.

La tâche est certainement plus facile que celle qu’entreprit Cuvier, lorsqu'il reconstitua les animaux antédiluviens à l’aide de quelques ossements.

Je m’efforcerai de la mener à bien en suivant pas à pas le texte des évangiles canoniques‘,en donnant,

1. Les passages des évangiles apocryphes qui peuvent être considérés comme véridiques sont mentionnés en note.

lorsqu'il y aura contradiction entre eux, la préférence à l’évangile selon Markos (Marc)et en mettant à contribution les acquisitions de la biologie.

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