Évangile selon Matthias, VII
On lit dans Le livre de Théoma l'israélite (Edimbourg, 1590) qu'« Iossef agissait envers-[eschou comme un père à l'égard de son fils. »
2. Il est possible aussi, comme le suppose Strauss (Nouvelle Vie de Jésus, 1, 252) « que les tendances dogmatiques aient fait éliminer de la tradition l'homme qui ne devait point être le père de Jésus.»
La mort et les funérailles du charpentier sont racontées longuement dans les apocryphes. 11 s’agit d’ailleurs de compositions purement littéraires et sans valeur historique.
Les juifs anti-chrétiens firent d'Iossof un rude soldat qui avait
MIAYAM
La mère d'Ieschou, Miryam ‘, était la digne femme du pieux charpentier galiléen.
fécondé Miryam alors qu'elle n’était encore que sa fiancée (Origénès. Contre Celsius, I, 32). C'était leur manière à eux d'expliquer l'opération du Saint-Esprit.
Par contre, les chrétiens essayèrent de corroborer cette dernière légende en prétendant que le charpentier nazaréen avait quatravingts ans, c'est-à-dire un âge où l'on est ordinairement impuissant, lorsqu'il épousa Miryam et qu'il était déjà père de quatre fils et de deux filles c'est-à-dire des frères et sœurs d'Ieschou mentionnés dans les évangiles et dont on faisait ainsi ses frères et sœurs de père. (Le Protévangile d'Iaäkob le donne comme «vieux» (IX). Aurélius Augustinus, Consens, évang. Il, 1; Origénès, Op. Il1, 462 ; Epiphanès, Contre les hérétiques. LI-1; Nicéphoros Callistos. Histoire ecclésiastique). On alla même jusqu'à donner un nom à la première femme d'lossef. Elle s'appelait, disait-un, Salomé et était apparentée à la famille d’[ohanan le Baptiseur.
Ce sont là autant de contes inventés pour les besoins de la doctrine et dont les évangiles canoniques ne font aucune mention. Ils se trouvent ou se trouvaient dans les apocryphes suivants :
Histoire d'Iossef le charpentier.
Histoire de la nativité de Miryam et de l'enfance du sauveur. Protévangile d'Iañkob.
Évangile de La Pierre.
En revanche, dans le Livre de Théoma l'israélite, il est bien spécifié qu'Ieschou est le fils d'Iossef.
L'église catholique fit d'Iossef un saint et fixa sa fèle au 19 mars. Puis, grâco aux peintres et aux statuaires religieux, le rude ouvrier galiléen, père de six ou sept enfants, se transforma en un chaste anachorète. vêtu d’une robe blanche et d’un manteau bleu, avec en main la palme ou le lys. C'est sous ce costume qu’il hante les rêves dos jeunes personnes assidues au catéchismo de persévérance.
1. On lit dans l'Évangile de la nativité de la sainte Miryam que le père de Miryam s'appelait Joachim et faisait partio de la tribu de Lévi. Les Arabes le nomment Amran (Coran, Ï, 53).
Edmond Stapfer nous la montre vêtue, àla manière des jolies nazaréennes, d’un large pantalon laissant voir le bas de la jambe et d’une robe aux manches ouvertes laissant voir les bras nus ; quelques pièces de monnaie brillent entre ses cheveux entrelacés.
Aidée de ses filles, elle nettoie la case de la famille, fait les lits, va à la fontaine avec sa cruche posée en travers sur sa tête, moud le grain, cuit le pain, va au marché, prépare le repas, procède à sa toilette et à celle de ses enfants, fabrique ou répare les vêtements de la famille.
Si elle ne fait pas exception à la loi qui veut que les femmes soient plus religieuses que les hommes elle est, plus qu'Iossef, assidue à la synagogue et empressée au pèlerinage ; et sans doute elle ne manque pas d’envoyer ses enfants auprès du cohène et de leur faire lire les versets de la bible copiés sur des bandes: de parchemin. |
Son affection pour Îeschou se révèle dans sa recherche obstinée du petit dromomane lors de Ia fugue de Hiérusalem et dans les tendres reproches qu’elle lui adresse à cette occasion. Déjà l'enfant délire et pas plus qu’lossef elle ne comprend ses paroles. |
Elle finit par s’apercevoir qu'il ne jouissait pas de sa raison *.
Émue par ses discours, ses actes, l'émotion popu-
1. Hiéronymus (Saint Jérôme), dans son traité Contre les Pélagiens (1152), nous a conservé un passage de l'Évangile des hébreux sur lequel j’attire l’attention. En voici la traduction littérale :
« La mère et les frères du seigneur lui dirent : « Iohanan le Baptiscur baptise en rémission des péchés ; allons nous faire baptiser par lui. » Mais il leur dit : « Quel péché ai-je commis pour aller
laire qu’il soulève, le titre de fils de David qui lui est décerné, redoutant pour lui le sort d’'Iehouda de Gamala, dont la fin tragique était encore toute fraîche dans les mémoires galiléennes, Miryam, accompagnée de ses fils, se met à la poursuite de l’aliéné, afin de s'emparer de lui et de Lui faire réintégrer le domicile maternel. |
« Informés de ses actes, dit l'évangéliste selon Markos, ses proches se mirent en route pour le saisir, car 1/s le disaient hors de sens. *
Ils le rejoignirent à Capharnaum.
Lorsqu'ils y arrivèrent, lesoi-disant Meschiach était dans une maison controversant avec des scribes venus de Hiérusalem.
Les scribes ou schoférim étaient chargés de conserver le texte de la loi de Mosché, de le recopier, de le traduire, de l’interpréter au point de vue mvystique et juridique. Ils remplissaient leurs fonctions à. l’école, à la synagogue, au sanhédrin.
Les sanhédrins étaient des: assemblées qui jouis-
me faire baptiser par lui, à moins peut-être qu’en disant cela je ne sois dans l’ignorance ? »
. Or, chez les Benè-Israél, les maladies étaient considérées comme Ja punition des péchés ct les prophètes, les nabis comme Iohanan le Baptiseur étaient avant tout des thérapeutes. Il est possible, sinon probable, que la mère et les frères d'leschou, qui Île tenaient pour fou, voulaient le conduire au Baptiseur dans un but curatif.
D'après un autre apocryphe La Prédication de Paul, c'est bien à leur sollicitation qu'il céda lorsqu'il se rendit auprès d'Iohanan. — Thascius Cæcilius Cyprianus, Œuvres, Édit. Rigalt, 142.